Le procès sur le meurtre d'Anna Politkovskaïa a connu mardi de nouveaux rebondissements avec la levée du huis clos et la révélation par l'avocat d'un des accusés que, selon l'accusation, le crime avait été ordonné par un homme politique en Russie.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Le juge a lui-même soulevé cette question, et il a été décidé que le procès serait ouvert» au public, a déclaré à des journalistes Me Mourad Moussaïev, l'avocat de l'un des quatre complices présumés du meurtre jugés devant un tribunal militaire de Moscou.

«Nous sommes satisfaits de la décision du juge de conduire le procès en public», a réagi peu après, devant la presse, Karinna Moskalenko, l'avocate des enfants de la journaliste assassinée.

M. Zoubov avait prononcé le huis clos le 19 novembre, après deux jours d'audience, affirmant s'appuyer sur une demande transmise par les jurés qui craignaient pour leur sécurité.

Mais l'un des jurés, Evguéni Kolessov, avait le lendemain démenti dans les médias que ses collègues et lui avaient présenté une telle demande et les jurés ont appelé à ce que les audiences soient publiques.

M. Kolessov a été exclu mardi du procès pour s'être exprimé dans la presse.

«Nous pouvons nous réjouir que les gens choisis (comme jurés) soient des citoyens dotés de courage civique», a commenté Sergueï Sokolov, rédacteur en chef adjoint de Novaya Gazeta, le journal pour lequel travaillait Anna Politkovskaïa, à l'antenne de la radio indépendante Echo de Moscou.

Le procureur a demandé que le juge Zoubov soit relevé de ses fonctions pour avoir prononcé illégalement le huis clos. Les avocats de la défense et de la famille de la victime s'y opposent, a indiqué Me Moussaïev.

«Le procureur, arguant des actions illégales du juge, a demandé qu'il soit exclu», a-t-il dit.

La décision à ce sujet doit être prise mercredi, selon l'avocat. Le Parquet, interrogé par l'AFP, s'est refusé à tout commentaire.

Sur le fond du dossier, Me Moussaïev a révélé que l'acte d'accusation désignait un homme politique non identifié en Russie comme le commanditaire du crime.

Le Parquet avait affirmé durant l'enquête que le meurtre avait été ordonné depuis l'étranger. Certains y avaient alors vu une accusation visant l'homme d'affaires russe Boris Berezovski, réfugié à Londres et bête noire du Kremlin.

«Au tribunal, dans les conclusions de l'accusation, ce n'est pas le cas, (il ne s'agit pas de) quelqu'un de si puissant, de si terrible, mais d'un acteur politique à l'intérieur du pays», a déclaré l'avocat, ajoutant cependant ne pas savoir «de qui il s'agit».

Il a ajouté que le «seul» motif du crime apparaissant dans l'accusation était «des reportages présentant de manière critique certains acteurs politiques».

Anna Politkovskaïa, une des rares journalistes russes à avoir dénoncé les atteintes aux droits de l'Homme en Russie, notamment en Tchétchénie, a été assassinée le 7 octobre 2006 dans le hall de son immeuble à Moscou.

Le procès de quatre participants présumés au meurtre s'est ouvert dans la capitale russe le 17 novembre devant un tribunal militaire, en l'absence du commanditaire et du tireur. Ce dernier serait en fuite à l'étranger.

Un agent du FSB (services de la sécurité intérieure), Pavel Riagouzov, est soupçonné d'avoir fourni l'adresse de la journaliste. Il comparait avec deux frères tchétchènes, Djabraïl et Ibraguim Makhmoudov, accusés d'avoir organisé la surveillance de la victime, et un membre de la police criminelle, Sergueï Khadjikourbanov.

Aucun des prévenus ne reconnaît sa culpabilité.