(Washington) Donald Trump avait conçu son réseau social, Truth Social, avec l’objectif d’en faire un forum de liberté d’expression et de partage d’idées sans filtre.

Publié le 7 septembre
Bill MCCARTHY Agence France-Presse

Six mois plus tard, une flopée de messages complotistes relayés par l’ancien locataire de la Maison-Blanche, suivant la perquisition de son domicile de Mar-a-Lago par le FBI, confirment la prolifération d’idées QAnon - une mouvance complotiste d’extrême droite - sur la plateforme en ligne.

Pire, une rafale de messages publiés par Trump le 30 août dernier sur son réseau social semble indiquer de nouvelles affinités du ténor républicain pour les franges complotistes de la société américaine, presque deux ans après sa défaite à la présidentielle contre Joe Biden.

Ce jour-là, Trump va jusqu’à repartager sur son compte la réponse à un « meme » relayant du contenu QAnon, une nébuleuse encourageant les théories du complot liant par exemple des personnalités du Parti démocrate américain comme Hillary Clinton à un réseau sataniste et pédophile.

« Trump a fait écho à ces théories par le passé sur Twitter, » note Mike Rothschild, auteur d’un livre sur les théories conspirationnistes QAnon, qui positionne Truth Social « en plein territoire MAGA (Make America Great Again) », le slogan préféré des radicaux pro-Trump.

À l’approche des « midterms » américaines, Truth Social pèse pourtant moins en termes d’influence politique que Twitter et Facebook du temps où le tribun y disposait de comptes officiels, désormais fermés.

D’abord, Trump peine à rassembler les foules sur sa nouvelle plateforme, où il dispose actuellement de seulement quatre millions d’abonnés. Il en avait 88,8 millions sur Twitter et 35,4 millions sur Facebook.

Ensuite, Truth Social n’a jamais vraiment décollé et se retrouve en position financière précaire. En juillet, il comptait 1,19 million d’utilisateurs actifs sur iPhone, selon des données fournies par le cabinet spécialisé data.ai, en contraste avec les 237,8 millions d’utilisateurs quotidiens que Twitter présentait lors de son dernier rapport financier.  

« La portée de ses messages est nettement moindre » sur sa plateforme, ajoute Mike Rothschild.  

Refuge de l’extrême

L’ancien président avait lancé sa plateforme en février comme alternative aux réseaux traditionnels, après un bannissement de Twitter et une suspension de ses comptes Facebook pour une durée de deux ans, suivant l’assaut du Capitole par ses partisans, le 6 janvier 2021, qu’il est accusé d’avoir encouragé.

Le réseau social se voit reprocher de relayer de fausses informations et de mettre en avant les idées QAnon poussant certaines plateformes à se méfier.  

Google a, par exemple, décidé la semaine dernière d’interdire le téléchargement de l’application sur Google Play, faute de modération suffisante.

NewsGuard, qui évalue les sources d’information en fonction de leur fiabilité, a trouvé 88 comptes partageant du contenu QAnon avec plus de 10 000 abonnés sur Truth Social, dont plus de la moitié étaient « certifiés » par Trump, et plus d’un tiers avaient été bannis de Twitter.

Trop peu pour décourager les utilisateurs de la plateforme majoritairement « trumpistes » explique David Thiel, chercheur au Stanford internet Observatory. Et tant pis pour l’impact finalement relatif de cet outil.

« Même si Trump dispose de ce mégaphone qui lui permet d’attirer l’attention sur n’importe quelle folle nouvelle, l’impact qu’elle aura sera une fraction de l’impact qu’elle aurait sur Twitter ou sur Facebook, » explique Jared Holt, un administrateur de recherche à l’Institut pour le Dialogue stratégique, un laboratoire indépendant de lutte contre l’extrémisme basé à Londres.

Pour Caroline Orr Bueno, une chercheuse de l’Université du Maryland, « les plus fervents supporters de Donald Trump le suivront peu importe où il ira. »

« Donc même si ces messages atteignent un nombre de personnes plus restreint, ceux qui continuent de le suivre représentent une part de son électorat plus extrême et plus encline à la violence », ajoute-t-elle.

Le contenu publié sur Truth Social est aussi régulièrement repartagé sur d’autres sites prisés par le cœur de son électorat comme Telegram et des forums d’extrême droite, ainsi que par des membres du parti républicain.

Truth Social n’a pas répondu dans l’immédiat aux questions de l’AFP.