(New York) La prédiction de Jamie Raskin place la barre très haut.

Publié le 6 juin
Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

Le 26 avril dernier, lors d’un discours à l’Université de Georgetown, le représentant démocrate du Maryland a affirmé que les prochaines auditions publiques du Congrès sur l’attaque du 6 janvier 2021 contre le Capitole feront « sauter le toit » de l’édifice.

Trois jours plus tard, cet ancien professeur de droit et membre de la commission spéciale de la Chambre des représentants chargée d’enquêter sur cet assaut en a remis une couche.

PHOTO STEFANI REYNOLDS, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Jamie Raskin, en février 2021

Nous avons maintenant des preuves démontrant la pire attaque politique présidentielle contre l’Union dans l’histoire américaine. Les auditions de la commission sur le 6-Janvier […] exposeront toutes les facettes de [cet] assaut contre notre démocratie et notre Constitution.

Jamie Raskin, représentant démocrate du Maryland, sur Twitter

Ces auditions télévisées, qui doivent s’étaler sur six jours, commenceront jeudi à 20 h, et prendront fin le 21 juin, également à heure de grande écoute, à moins d’un changement. Elles surviendront après une enquête de près de 11 mois au cours de laquelle plus de 1000 témoins ont été interviewés.

Composée de sept représentants démocrates et de deux républicains, la commission ne s’est pas seulement intéressée à ce qui s’est passé le jour de l’attaque. Elle s’est également penchée sur les efforts de Donald Trump et de ses associés pour faire pression sur des responsables fédéraux ou locaux, dont l’ex-vice-président Mike Pence, afin qu’ils renversent les résultats de l’élection présidentielle de 2020.

Le 2 mars dernier, dans le cadre d’une démarche auprès d’un juge de Californie, la commission avait déjà exprimé sa conviction que Donald Trump avait violé de multiples lois fédérales pour entraver le transfert du pouvoir, notamment en faisant obstruction au Congrès et en fraudant les États-Unis.

Si les auditions publiques le prouvent, elles pourraient avoir l’effet de la bombe évoquée par Jamie Raskin (notez le conditionnel). Sinon, elles seront un bide.

« Six mots glaçants »

La semaine dernière, la commission a promis de présenter durant les auditions publiques « des documents inédits » concernant le 6-Janvier. Elle n’a pas encore rendu publique la liste des témoins qui seront entendus en personne. Le site d’information Axios a cependant dévoilé que Michael Luttig, ex-juge fédéral, en fera partie.

Luttig, qui jouit d’une solide réputation chez les conservateurs, a conseillé Mike Pence dans les jours qui ont précédé l’attaque du Capitole. Il lui a notamment dit qu’aucun pouvoir constitutionnel ne lui permettrait, le 6 janvier 2021, d’empêcher le Congrès de certifier les résultats de l’élection présidentielle de 2020. Donald Trump et des membres de son entourage tentaient alors de convaincre le vice-président du contraire.

Même s’il ne fait pas partie des témoins attendus, Mike Pence devrait occuper une place importante durant les auditions.

Lors de son discours à l’Université de Georgetown, le représentant Raskin a d’ailleurs insisté sur un incident qui s’était produit pendant l’assaut du Capitole par des partisans de Donald Trump, dont certains scandaient « Pendez Mike Pence ! ».

L’incident est raconté dans le livre I Alone Can Fix It, des journalistes du Washington Post Carol Leonnig et Philip Rucker. Selon les auteurs, Tim Giebels, chef des agents des Services secrets assignés à la protection de Mike Pence, a invité ce dernier à plusieurs reprises à monter dans une limousine blindée garée sous le Capitole.

« Je n’entre pas dans cette voiture, Tim », lui a dit le vice-président, en évoquant sa crainte que le conducteur de la limousine décolle et l’amène Dieu sait où.

Selon Jamie Raskin, Mike Pence a prononcé là « les six mots les plus glaçants de toute cette affaire ».

Le représentant a ajouté que Mike Pence « savait exactement » ce qui se passerait s’il quittait le Capitole avant la certification des résultats de l’élection présidentielle.

« C’était un coup d’État dirigé par le président contre le vice-président et contre le Congrès », a-t-il ajouté.

À qui le rôle de témoin-vedette ?

Une figure inconnue du grand public pourrait tenir le rôle de témoin-vedette des auditions publiques, a révélé le Washington Post. Il s’agit de Cassidy Hutchinson, ancienne collaboratrice de Mark Meadows, dernier chef de cabinet de la Maison-Blanche sous Donald Trump.

PHOTO ALEX BRANDON, ASSOCIATED PRESS

Cassidy Hutchinson, à droite, quelques semaines avant l’élection présidentielle de 2020

Au cours de nombreuses dépositions, Hutchinson a décrit le rôle très actif de son ancien patron dans la campagne pour renverser les résultats du scrutin de novembre 2020. Elle a par ailleurs déclaré à la commission que Meadows avait fait remarquer à d’autres personnes que Trump avait indiqué qu’il était favorable à la pendaison de son vice-président après avoir appris que des émeutiers ayant pris d’assaut le Capitole s’étaient mis à scander « Pendez Mike Pence ! ».

La commission fera également entendre, par l’entremise de vidéos, des extraits de témoignages recueillis auprès d’Ivanka Trump et de Jared Kushner.

Peu importe les preuves qu’elle présentera, la commission n’a pas le pouvoir de porter des accusations contre Donald Trump ou des membres de son entourage. Elle pourrait cependant recommander au département de la Justice d’inculper l’ancien président ou toute autre personne. Une telle décision serait explosive.

Le Département, faut-il le rappeler, mène sa propre enquête sur le 6-Janvier. Après avoir inculpé près de 900 personnes pour leur rôle dans l’attaque du Capitole, dont 11 miliciens d’extrême droite pour complot séditieux, ses enquêteurs tentent de déterminer si Donald Trump ou ses associés ont eux-mêmes enfreint la loi en tentant de renverser les résultats de l’élection présidentielle de 2020.

Les auditions publiques sur le 6-Janvier pourraient peser sur la décision éventuelle du département de la Justice. Mais changeront-elles l’opinion d’une seule personne aux États-Unis sur la responsabilité de Donald Trump dans une attaque contre la démocratie américaine susceptible de se répéter en 2024 ?

La réponse pourrait décevoir Jamie Raskin, le représentant démocrate du Maryland.