(Atlanta) L’État conservateur de Géorgie et sa capitale Atlanta sont devenus une zone dangereuse pour Donald Trump, qui y a récemment subi des défaites politiques et fait face à une enquête sur ses allégations de fraudes électorales lors de la présidentielle américaine de 2020.

Publié le 27 mai
Frankie TAGGART Agence France-Presse

L’ancien président républicain a été mis en échec cette semaine dans sa stratégie de faire battre des élus du parti ayant refusé de renverser le résultat de l’élection dans cet État, remportée sur le fil par Joe Biden.

Le milliardaire républicain concentrait depuis un an et demi ses efforts pour tenter de prouver que l’élection présidentielle lui avait été « volée » en raison de supposées « fraudes massives », jamais prouvées.

Mais les trois candidats qu’il soutenait ont tous perdu mardi lors des primaires du parti, à plate couture pour le poste de gouverneur, signe que les électeurs ont sanctionné son ingérence dans les affaires de l’État.

Le 2 janvier 2021, il avait ainsi demandé au secrétaire d’État de Géorgie, Brad Raffensperger, de « trouver » assez de bulletins de vote en sa faveur pour renverser l’issue du scrutin de novembre.

Il y a quelques semaines, Fani Willis, la procureure du comté de Fulton qui comprend Atlanta, a mis en place un grand jury, chargé de déterminer s’il existe assez d’éléments pour le poursuivre en justice.

La procédure pourrait durer un an. Des dizaines de témoins ont été entendus et 30 personnes ayant refusé de témoigner devraient être assignées à comparaître.

« Sans valeur »

Dans son appel téléphonique à Brad Raffensperger, il avait assuré avoir enlevé la Géorgie avec des « centaines de milliers de votes » d’avance et, citant diverses théories du complot, avait demandé au secrétaire de l’État de « trouver 11 780 bulletins » en sa faveur, un de plus que la marge de sa défaite.

Le contenu de la conversation, révélé le lendemain par le Washington Post, avait suscité un tollé.

En février, Mme Willis annonçait l’ouverture d’une enquête sur les possibles pressions exercées par Donald Trump sur d’autres élus géorgiens, comme le gouverneur Brian Kemp et le procureur de l’État Chris Carr.

Dans une note publiée en octobre, des juristes du centre de réflexion Brookings Institution estimaient qu’il existait pour M. Trump « un risque important de poursuites pour des délits multiples » en Géorgie.

L’action de l’ex-président allait « bien au-delà du cadre de ses prérogatives » et ses arguments pour se défendre pourraient être considérés comme « sans valeur », selon la note.

Donald Trump a rejeté toute faute et dénoncé « des procureurs radicaux, malveillants et racistes » lors d’un meeting au Texas en janvier, poussant Fani Willis à demander des mesures de protection supplémentaires.

Face aux menaces de poursuites, l’ancienne vedette de télé-réalité s’est tournée vers l’opinion publique pour sauver ses chances d’une nouvelle candidature en 2024.

Mais là aussi, il a été mis en échec avec les larges victoires de Brad Raffensperger, Brian Kemp et Chris Carr.

PHOTO ELIJAH NOUVELAGE, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le candidat victorieux pour le poste de gouverneur géorgien Brian Kemp (droite), qui était soutenu par l'ancien vice-président Mike Pence (gauche).

« Aussi équitables que possible »

Cet État de 10 millions d’habitants sera l’une des clés de la prochaine présidentielle, mais les primaires de mardi semblent montrer que les électeurs sont fatigués des gesticulations de Donald Trump.

« J’ai voté pour lui, mais je n’ai pas aimé ces accusations contre notre État », a dit à l’AFP Elsa Douchanbe, une fonctionnaire à la retraite rencontrée lors d’un meeting du gouverneur Kemp.

Âgée de 78 ans, elle ne croit pas aux théories du complot autour de l’élection de 2020.

« Les élections ont été aussi équitables que possible », a-t-elle jugé. « Mon mari a travaillé pour les instances électorales et il les comprend. Et non, je ne pense pas qu’elles ont été volées. »

Reste à voir si les primaires de Géorgie préfigurent d’un mouvement national, mais ces dernières semaines ont en tout cas révélé les signes d’une perte d’influence du milliardaire sur le parti républicain.

Il a enregistré des succès marquants, comme la victoire de son ex-porte-parole Sarah Huckabee Sanders dans l’Arkansas, mais il a soutenu autant de perdants que de gagnants dans les différentes courses au poste de gouverneur.  

« Il y a une espèce de discours qui émerge sur la force du soutien de M. Trump qui ne faiblirait pas », a expliqué à l’AFP Nse Ufot, responsable de l’association New Georgia Project qui milite pour le droit de vote.

« Aussi mauvais dirigeants qu’ils soient selon moi, Brad Raffensperger et Brian Kemp ont démontré comment (les républicains) peuvent gagner sans le soutien de M. Trump dans un État comme la Géorgie », a-t-elle ajouté.