(Houston, Texas) Le congrès annuel de la National Rifle Association (NRA) – influent lobby pro-armes à feu des États-Unis – s’est tenu dans une ambiance surchauffée vendredi à Houston, au Texas. Un évènement controversé quelques jours après la tuerie qui a fait 21 morts dans une école primaire d’Uvalde, 500 kilomètres à l’ouest.

Mis à jour le 27 mai
Lila Dussault
Lila Dussault La Presse

L’Avenida de las Americas, au centre-ville de Houston, portait bien son nom vendredi. Elle séparait deux Amériques distinctes. D’une part, celle où des centaines de personnes se rassemblent pour magasiner des armes à feu en vente libre dans un centre de congrès de plus de 4000 mètres carrés – l’équivalent d’un grand Canadian Tire.

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Dans le Centre de convention George R. Brown, des stands d’arme à feu dernier cri se succèdent.

De l’autre, une foule en colère, dénonçant l’accès illimité aux armes et pleurant les milliers de victimes tombées sous les balles chaque année aux États-Unis. Une rage ravivée par le récent massacre de 19 enfants et 2 enseignantes dans une école primaire d’Uvalde, à plusieurs heures de route.

Rappelons que le jeune tireur de 18 ans portait deux fusils, dont un fusil d’assaut semi-automatique, et 375 cartouches. En 2020 aux États-Unis, 19 350 homicides et 24 245 suicides avec une arme à feu ont été recensés.

Le congrès de la NRA s’est déroulé dans le Centre George R. Brown, un bâtiment de verre protégé par une forte présence policière, dont des agents à cheval.

En face, dans le parc Discovery Green, une petite foule tenue derrière des barrières invective les participants au congrès, dans un vacarme de cris et de sirènes. « Leur sang est sur vos mains », hurlent-ils.

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Krista Cain participe à la manifestation devant la Convention annuelle de la NRA pour dénoncer le manque de restriction aux armes à feu dans l’État.

« Je suis ici parce que ces gens tiennent davantage à leurs fusils qu’aux droits de la personne ! », lance Krista Cain, âgée de 17 ans, debout au milieu de la manifestation. « Pas un de plus », peut-on lire en espagnol sur la pancarte qu’elle brandit.

Un peu plus loin, Todd Brannon, vétéran de la Garde nationale du Texas, s’insurge : « Ça ne marche pas, de n’avoir aucune restriction. On a un jeune de 18 ans qui est entré dans un magasin, qui a acheté un fusil et des munitions, sans aucune formation. C’est de la folie ! »

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Todd Brannon, un vétéran de l’armée texane, milite pour des restrictions dans l’accès aux armes à feu pour prévenir des tueries comme celle d’Uvalde.

De l’autre côté du miroir

De l’autre côté de la rue, les participants au congrès de la NRA – prévu de longue date – vont et viennent, achats en main. Certains s’arrêtent pour observer le rassemblement d’en face, impassibles. Beaucoup déclinent la demande d’entrevue de La Presse.

Pat Veldez, âgé de 65 ans, accepte de se prêter au jeu. « Nous sommes ici, au congrès de la NRA, pour voir ce qui se fait de nouveau [dans le marché des armes à feu], explique-t-il. Et pour exercer le deuxième amendement. » Cet article de la Constitution américaine reconnaît au peuple le droit de détenir et de porter une arme.

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Pat Veldez

Y ressent-il un malaise après la tuerie d’Uvalde ? Non, dit-il, car le jeune homme avait un problème de santé mentale. « Les humains ne font pas de mal à d’autres humains à moins qu’ils ne soient troublés », estime-t-il.

M. Veldez termine sa journée avec de nouveaux articles d’entretien pour son pistolet, acheté la veille.

Politiser le drame

L’ancien président Donald Trump a prononcé un discours au congrès de la NRA vendredi après-midi, diffusé en direct dans la salle d’exposition – vaste enceinte où se succèdent à perte de vue (ou presque) des stands d’armes à feu dernier cri. Devant les téléviseurs, des clients s’arrêtent entre deux achats pour y prêter l’oreille. À l’extérieur, un hélicoptère survole les lieux.

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Des participants assistent au discours de l’ancien président américain Donald Trump diffusé en direct.

« L’existence du mal dans notre société n’est pas une raison pour désarmer des citoyens respectueux de la loi », déclare l’ancien président, accusant dans la foulée les démocrates de politiser le débat. « L’existence du mal est la raison pour laquelle il faut armer les citoyens respectueux de la loi. »

Un peu plus tôt, Ted Cruz, sénateur républicain du Texas, a lui aussi prononcé un discours en faveur des armes à feu. Le gouverneur républicain de l’État, Greg Abbott, a décidé, de son côté, de ne pas se rendre au congrès. Il a plutôt organisé une conférence de presse à Uvalde.

De nombreuses vedettes country ainsi que le fabricant du fusil semi-automatique AR-15, arme utilisée par l’auteur de la tuerie d’Uvalde, ont aussi décidé de ne pas participer à l’évènement controversé.

Qu’est-ce que la NRA ?

Premier lobby américain des armes, la NRA est accusée de bloquer toute avancée législative majeure qui limiterait l’accès aux armes à feu aux États-Unis. L’organisation, fondée il y a plus de 150 ans, revendique plus de cinq millions de membres. Elle a dépensé environ 250 millions de dollars en 2020 et, malgré des revers essuyés ces dernières années, conserve une influence importante auprès des élus, notamment au Congrès. Elle a par ailleurs financé à hauteur de plusieurs millions de dollars les campagnes électorales de Donald Trump.

En savoir plus

  • 10 %
    Diminution du nombre de morts par arme à feu en Californie depuis 2005, soit depuis que l’État a instauré des lois plus restrictives
    Source : Los Angeles Times
    28 %
    Augmentation de morts par armes à feu au Texas pendant la même période où les restrictions se sont assouplies
    Source : Los Angeles Times