(Washington) Matthew War Bonnet n’avait que six ans quand il a été envoyé dans un pensionnat pour enfants autochtones financé par l’État fédéral américain.

Publié le 12 mai
Chris Lefkow Agence France-Presse

Battu, affamé et coupé de la culture de sa tribu Lakota, il a vécu dans cet établissement huit années « très douloureuses et traumatisantes », a-t-il raconté jeudi au Congrès américain lors d’une audience en vue de créer une commission d’enquête sur la question.

Son témoignage, et celui d’autres victimes de ce système de pensionnats pour enfants autochtones financés par l’État fédéral, intervient au lendemain de la publication d’un rapport très critique par le département de l’Intérieur, en charge aux États-Unis des affaires indiennes.

Ces milliers d’écoles avaient, entre 1819 et 1969, « un double objectif d’assimilation culturelle et de spoliation des territoires des peuples autochtones via l’éloignement forcé de leurs enfants », a asséné le département dans un communiqué.

Matthew War Bonnet et ses neuf frères et sœurs ont tous été envoyés à la même école, le pensionnat Saint Francis, dans le Dakota du Sud, dans le nord du pays.  

« Les châtiments corporels étaient fréquents. Les prêtres s’impatientaient souvent et nous punissaient en nous frappant avec une lanière en cuir ou une branche de saule », ou encore en les enfermant à l’extérieur par grand froid, a-t-il décrit devant les parlementaires.

« Un jour, je me suis attiré des ennuis et ma punition a été d’être séparé des autres enfants pendant dix jours et de ne recevoir que du pain et de l’eau pour toute nourriture. »

Les élèves étaient forcés de parler anglais et il est devenu « difficile de parler avec mes parents dans notre langue Lakota », a-t-il relaté.

L’État et les institutions religieuses « doivent rendre des comptes pour ce qui s’est passé dans ces écoles », a-t-il jugé.

« Toute ma vie »

« J’ai attendu toute ma vie de raconter cette histoire », a également confié lors de l’audience Jim Labelle, né en Alaska d’un père blanc et d’une mère Inupiaq.

« Nous avons perdu notre capacité à parler notre langage et à pratiquer notre chasse, pêche et cueillette traditionnelles », a-t-il énuméré. « Après dix ans (passés dans ces établissements, NDLR), je ne savais plus qui j’étais en tant que personne autochtone. »

« Ils ne nous ont jamais dit qui nous étions », a-t-il regretté. « J’ai appris l’histoire américaine, l’histoire du monde, les maths, la science et l’anglais, mais jamais qui j’étais en tant qu’Inupiaq. »

Lui aussi a dit avoir subi de cruelles punitions, racontant notamment avoir été aspergé d’eau glaciale par une lance à incendie.

« Il y a aussi eu des agressions sexuelles », a-t-il dit. « Ces écoles étaient des repères de pédophiles. »

Selon le rapport rendu public mercredi, au moins 500 enfants issus des minorités autochtones, d’Alaska et d’Hawaii sont morts dans ces pensionnats.

Les autorités s’attendent à ce que la poursuite des recherches mette au jour « des milliers ou des dizaines de milliers » de morts d’enfants autochtones dans ces pensionnats.

Le Canada est également confronté depuis 2021 à sa propre histoire de mauvais traitements infligés dans des pensionnats pour enfants autochtones gérés par l’Église catholique.

Des milliers n’en sont jamais revenus. En 2015, une commission d’enquête nationale avait qualifié ce système de « génocide culturel ».