(Washington) Coupés de leurs familles et de leurs cultures, des « dizaines de milliers » d’enfants des communautés autochtones des États-Unis ont été assimilés de force pendant 150 ans dans des pensionnats gérés par l’État fédéral, où ils étaient victimes de mauvais traitements, selon un rapport publié mercredi.

Mis à jour le 11 mai
Cyril JULIEN Agence France-Presse

« Alors que le gouvernement fédéral faisait avancer le pays vers l’Ouest, il exterminait, éradiquait et assimilait les Autochtones ainsi que les natifs d’Alaska et de Hawaii, leurs langues, cultures, religions, pratiques traditionnelles et même l’histoire de nos communautés », a affirmé Deb Haaland, la ministre de l’Intérieur qui gère les Affaires indiennes.  

Membre de la tribu Laguna Pueblo du Nouveau-Mexique, Deb Haaland est la première ministre autochtone de l’Histoire des États-Unis.

Elle présentait un premier rapport d’une centaine de pages sur le « système fédéral de pensionnats pour Indiens », un réseau de milliers d’écoles gérés par le gouvernement ou des institutions religieuses entre 1819 et 1969 et qui avaient « un double objectif d’assimilation culturelle et de spoliation des territoires des peuples autochtones », selon un communiqué.

« Pendant plus d’un siècle, des dizaines de milliers d’enfants ont été séparés de leurs communautés », a déclaré Deb Haaland.  

La ministre avait lancé une grande enquête en 2021 après la découverte au Canada de sépultures anonymes d’enfants autochtones sur les sites d’anciens pensionnats gérés par l’Église catholique. Depuis, plus d’un millier de tombes ont été identifiées par les Premières nations canadiennes.

Châtiments corporels

Le « système fédéral de pensionnat pour Indiens » a totalisé 408 écoles situées dans 37 États et territoires américains, dont 21 écoles en Alaska et sept à Hawaii, précise le rapport compilé par le bureau des Affaires indiennes.

Il « a déployé des méthodes systématiques militarisées d’altération d’identité pour tenter d’assimiler à travers l’éducation » les enfants de ces communautés autochtones, notamment en leur donnant un nom anglophone ou en leur coupant les cheveux.

Les écoles décourageaient ou empêchaient les enfants de parler leur langue et se concentraient sur l’enseignement technique ou le travail manuel « avec des perspectives d’emplois souvent sans rapport avec l’économie industrielle américaine, perturbant encore plus les économies tribales », selon le rapport.

Dans ces établissements, le règlement était souvent appliqué au moyen de punitions corporelles comme la flagellation, les coups et les entraves, ou encore le placement à l’isolement et la privation de nourriture, explique le rapport, ajoutant que les enfants plus âgés étaient forcés à punir les plus jeunes.

« Beaucoup d’enfants ne sont jamais revenus chez eux, chacun d’entre eux est un membre disparu de la famille », a rappelé Mme Haaland, visiblement très émue à l’évocation de ce pan de l’histoire américaine qui est encore ressenti comme un « traumatisme intergénérationnel » par les communautés autochtones.

Des sites de sépultures, identifiées ou anonymes, ont été ainsi découverts près de 53 pensionnats. Environ 19 de ces établissements « comptent pour plus de 500 morts d’enfants autochtones, natifs d’Alaska et de Hawaii », selon le rapport.

« Processus de guérison »

Le bureau va poursuivre son enquête pour déterminer le nombre total d’enfants ayant intégré ces écoles et le nombre total de sépultures dans le pays, puis identifier les enfants enterrés sur ces sites, a expliqué le ministre chargé des Affaires indiennes, Bryan Newland.

Les autorités, qui poursuivent leur enquête, s’attendent à découvrir « des milliers ou des dizaines de milliers » de victimes, a souligné M. Newland. « Outre les pensionnats, il y avait des asiles, des orphelinats, des dortoirs et des pensionnats non fédéraux ».

Deborah Parker, responsable au sein de l’organisation amérindienne NABS qui enquête sur ces pensionnats, a affirmé qu’elle continuerait de se battre « jusqu’à ce que les États-Unis répondent entièrement du génocide commis contre les enfants autochtones ».

Le Congrès national des Amérindiens (NCAI), principale organisation des nations tribales, a salué un rapport qui « marque une nouvelle ère de prise de responsabilités du gouvernement fédéral ».

Mais, a-t-il ajouté dans un communiqué, il reste encore beaucoup à faire pour « la vérité, la justice et la réconciliation ».

Pour Bryan Newland, « ce rapport n’est pas la fin du voyage, c’est le début » d’un « processus de guérison dans ce pays ».

Deb Haaland a elle souligné avoir le soutien du président Joe Biden. « Nous avons un gouvernement et un président qui comprend parfaitement les devoirs des États-Unis envers les tribus autochtones », a-t-elle dit.