(Washington) Préserver l’unité trouvée par les Occidentaux face à la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine et sonder leur posture face à la Chine : Joe Biden débute une semaine d’intense activité diplomatique qui le verra partir mercredi pour l’Europe.

Publié le 21 mars
Aurélia END Agence France-Presse

Le président américain s’est entretenu lundi pendant près d’une heure avec le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Olaf Scholz et les premiers ministres italien Mario Draghi et britannique Boris Johnson.

Les dirigeants ont exprimé leur « grande préoccupation face aux tactiques brutales de la Russie en Ukraine », selon un communiqué de la Maison-Blanche.

Les cinq hommes se retrouveront jeudi à Bruxelles pour une journée d’une intensité diplomatique peu commune.

En une journée, Joe Biden, ses homologues du Vieux continent et d’autres chefs d’État et de gouvernement de pays alliés enchaîneront un sommet de l’OTAN, un Sommet du G7 et un sommet de l’Union européenne, auquel le président américain est convié.  

« Le plus important pour le président, c’est l’unité », a fait valoir lundi sa porte-parole Jen Psaki, et Joe Biden recherche « une coordination dans la durée et une réponse unifiée face à l’escalade décidée par le président Poutine. »

Réfugiés

Il se rendra ensuite vendredi et samedi en Pologne, pays qui voit affluer par centaines de milliers des réfugiés ukrainiens.  

Son agenda prévoit pour l’heure seulement une rencontre avec son homologue polonais Andrzej Duda. Le reste de son programme reste à déterminer, mais Jen Psaki a d’ores et déjà souligné que la question des réfugiés serait « un élément clé » de cette visite.

Le président américain avait fait en début de mandat deux promesses de politique étrangère : réparer les alliances mises à mal par son prédécesseur Donald Trump, et se consacrer davantage à la rivalité avec la Chine.

La guerre en Ukraine a jusqu’ici permis à l’hôte de la Maison-Blanche de cocher la première case : les Occidentaux ont imposé à la Russie des sanctions économiques jamais vues, tandis que certains pays ont opéré des revirements stratégiques spectaculaires.

En ce qui concerne le « pivot vers l’Asie », Joe Biden est en revanche actuellement obligé de se tourner plutôt vers l’Europe – c’est la troisième fois qu’il s’y rend depuis son investiture. Mais l’assaut donné par le président russe Vladimir Poutine pourrait agir comme un révélateur du rapport de forces entre Washington et Pékin.

Les Américains s’inquiètent publiquement d’un possible soutien militaire et économique de la Chine à la Russie. Joe Biden a menacé son homologue Xi Jinping, lors d’un appel vidéo vendredi, de représailles s’il passait à l’acte.

Pari

Le président américain parie que la sévérité des sanctions contre la Russie fera réfléchir la Chine, deuxième puissance économique mondiale, dont les responsables, loin de condamner l’invasion de l’Ukraine, se refusent même à parler de « guerre ».

Mais le calcul de Joe Biden ne peut fonctionner que si les États-Unis et leurs alliés affichent face à Pékin la même unité que face à Moscou.

Or les enjeux économiques d’une potentielle escalade avec la Chine sont d’une tout autre dimension, dans un contexte mondial de flambée des prix de l’énergie et de certaines denrées alimentaires.

« Les États-Unis ne sont pas les seuls préoccupés par la proximité entre Chine et Russie, beaucoup en Europe s’en inquiètent aussi et nous nous attendons à ce que ce soit un sujet de discussion ces prochains jours », a assuré Jen Psaki.

Le président américain et ses alliés devront aussi décider comment maintenir, dans la durée, la pression sur Moscou. Quelles menaces les Occidentaux peuvent-ils encore brandir face au sanglant conflit qui se poursuit ?

Sur le plan économique, bien des cartouches ont déjà été tirées. Sur le plan militaire, les Américains se félicitent régulièrement d’avoir « galvanisé » l’OTAN, mais les options se réduisent et se complexifient.

Un récent incident impliquant justement la Pologne a illustré la limite fixée par les États-Unis eux-mêmes : ne rien faire qui provoquerait une confrontation militaire directe avec la Russie.

Varsovie avait proposé de confier aux Américains des avions de combat Mig-29, pour que ces derniers les livrent ensuite à l’Ukraine. Washington avait rejeté, plutôt sèchement, la proposition.