(New York) Un an après avoir donné à Joe Biden une victoire convaincante sur Donald Trump lors de l’élection présidentielle, les électeurs de la Virginie ont tourné le dos mardi au candidat de son parti au poste de gouverneur de leur État, élisant plutôt son rival républicain.

Publié le 3 nov. 2021
Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

Considéré comme improbable il y a quelques semaines à peine, ce verdict fera l’effet d’une gifle à Joe Biden, qui avait battu son prédécesseur par 10 points en Virginie, un des États où sa popularité a chuté de façon abrupte au cours des derniers mois. Et il plongera ses alliés du Congrès dans le doute, voire la panique.

D’autant plus que les électeurs du New Jersey ont refusé au gouverneur démocrate Phil Murphy la victoire relativement facile qu’annonçaient la plupart des sondages.

En Virginie, Glenn Youngkin, un homme d’affaires de 54 ans, a défait Terry McAuliffe, un ancien gouverneur de l’État âgé de 64 ans, en utilisant une stratégie qui risque d’être imitée par plusieurs candidats républicains à l’approche des élections de mi-mandat, qui auront lieu en novembre 2022.

Projetant l’image d’un bon père de famille, il a tenu Donald Trump à l’écart de la Virginie tout au long de sa campagne et courtisé à la fois la base républicaine et l’électorat plus modéré de la banlieue.

Il a réussi, pour ainsi dire, à résoudre la quadrature du cercle en se posant en défenseur des parents dans les batailles qui opposent certains d’entre eux aux écoles publiques sur diverses questions, dont l’influence de la théorie critique de la race dans l’enseignement aux élèves du primaire et du secondaire. Élaboré par des universitaires spécialistes du droit dans les années 1970, ce concept sert à examiner l’héritage de la suprématie blanche sur les lois et les institutions américaines.

Glenn Youngkin a promis de bannir cette théorie des écoles publiques, et ce, même si celles-ci ne l’enseignent pas. D’où l’accusation de son adversaire démocrate selon laquelle il a martelé ce thème pour exploiter l’anxiété raciale de l’électorat blanc.

Gaffe majeure

Cependant, Terry McAuliffe a aidé la cause du candidat républicain en commettant une gaffe majeure sur la question de l’éducation lors du dernier débat télévisé de la campagne. En faisant allusion aux efforts d’une mère pour interdire l’étude de Beloved, roman de Toni Morrison sur l’esclavage, il a déclaré : « Je ne pense pas que les parents devraient dire aux écoles ce qu’elles devraient enseigner. » Cette déclaration a réjoui Glenn Youngkin, qui l’a utilisée dans une publicité diffusée à satiété à la télévision.

PHOTO STEVE HELBER, ASSOCIATED PRESS

Terry McAuliffe, ancien gouverneur de l’État de Virginie

L’inquiétude des électeurs face à l’économie et leur lassitude face à la pandémie de coronavirus ont également joué en faveur du républicain, qui avait récolté 51 % des suffrages contre 48,3 % pour le candidat démocrate après le dépouillement de 95 % du vote. Le réseau de télévision américain CNN avait d’ailleurs déclaré Glenn Youngkin vainqueur, au moment de publier.

De toute évidence, Terry McAuliffe n’aura pas réussi à convaincre les électeurs qu’il n’y avait aucune différence véritable entre son rival et Donald Trump. Il ne manquera pas, par ailleurs, de voir dans sa défaite une conséquence de l’inaction des démocrates du Congrès sur les réformes économiques voulues par Joe Biden. C’est en vain qu’il a réclamé ces dernières semaines l’adoption par la Chambre des représentants d’un projet de loi bipartisan de 1200 milliards de dollars sur les infrastructures déjà approuvé par le Sénat.

Sa défaite pourrait avoir pour effet de détourner les démocrates modérés du Congrès de la réforme la plus ambitieuse de Joe Biden, à savoir un programme social et environnemental de 1750 milliards de dollars.

L’histoire se répète

D’un point de vue historique, l’élection de Glenn Youngkin n’est pas une surprise totale. Lors des 11 scrutins précédents pour le poste de gouverneur de Virginie, la victoire est allée 10 fois au candidat représentant le parti qui n’était pas au pouvoir à la Maison-Blanche.

Joe Biden a donc connu le même sort que tous les présidents américains depuis Jimmy Carter en 1977.

Les stratèges des deux partis et les commentateurs voudront néanmoins voir dans la victoire du candidat républicain un présage pour les élections de mi-mandat, qui mettront notamment en jeu les 435 sièges de la Chambre et le tiers des sièges du Sénat.

Ils évoqueront notamment ce qui s’est produit en 2009 après l’élection du républicain Bob McDonnell, alors que les démocrates contrôlaient la Maison-Blanche et les deux chambres du Congrès. Cette victoire avait précédé la dégelée subie par les alliés démocrates de Barack Obama lors des élections de mi-mandat de 2010. Ceux-ci avaient notamment perdu 63 sièges à la Chambre – et la majorité.

Mais la soirée électorale de mardi pourrait différer de celle de 2009 sur au moins un point. Il y a 12 ans, les républicains n’avaient pas seulement remporté l’élection pour le poste de gouverneur de Virginie, mais également celle pour le poste de gouverneur du New Jersey. Chris Christie avait défait le gouverneur démocrate de cet État, Jon Corzine. Or, au moment d’écrire ces lignes, le gouverneur démocrate Phil Murphy livrait encore une lutte serrée au républicain Jack Ciatterelli.