(New York) Il n’a pas soulevé l’hilarité générale, comme l’avait fait Donald Trump en 2018 en vantant son bilan de façon excessive à la tribune des Nations unies.

Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

Mais il n’a pas non plus reçu l’accueil chaleureux auquel il aurait pu s’attendre il y a quelques mois seulement.

À son premier discours devant l’Assemblée générale de l’ONU, Joe Biden a tenté de rassurer les alliés des États-Unis sur la fiabilité du leadership américain sur la scène mondiale, tout en les appelant à s’unir pour affronter les défis de l’heure, y compris la pandémie de COVID-19, les dérèglements climatiques et la Chine.

« Au cours des huit derniers mois, j’ai accordé la priorité à la reconstruction de nos alliances, à la revitalisation de nos partenariats et à la reconnaissance qu’ils sont essentiels à la sécurité et à la prospérité durables de l’Amérique », a-t-il déclaré, cherchant ainsi à se démarquer de l’approche de son prédécesseur.

S’exprimant sur un ton mesuré, le président a voulu présenter comme un tournant prometteur le retrait des troupes américaines d’Afghanistan, dont l’exécution chaotique et unilatérale a alimenté le mécontentement de plusieurs pays européens à l’égard de Washington.

PHOTO EVAN VUCCI, ASSOCIATED PRESS

Joe Biden, président des États-Unis

Nous avons mis fin à 20 ans de conflit en Afghanistan et, alors que nous clôturons cette ère de guerre sans fin, nous ouvrons une ère de diplomatie sans fin.

Joe Biden, président des États-Unis

« Aujourd’hui, nombre de nos plus grandes préoccupations ne peuvent être résolues ou même abordées par la force des armes. Les bombes et les balles ne peuvent nous défendre contre la COVID-19 ou ses futurs variants », a-t-il ajouté.

Un choix existentiel

Joe Biden n’a pas abordé l’autre dossier controversé qui a mis en furie le plus ancien des alliés des États-Unis : la négociation, à l’insu de Paris, d’un pacte de sécurité avec Londres et Canberra qui a torpillé un contrat de 60 milliards de dollars qui liait l’Australie à la France pour l’achat de 12 sous-marins.

Il n’a pas non plus mentionné nommément la Chine, dont la confrontation est l’une des pierres angulaires de sa politique étrangère. Mais il a fait allusion à ce pays en termes voilés à de nombreuses occasions au cours de son discours.

« Nous ne cherchons pas […] une nouvelle guerre froide ou un monde divisé en blocs rigides », a-t-il dit.

Pour autant, il a affirmé que les États-Unis et leurs alliés étaient placés devant un choix existentiel entre les valeurs démocratiques embrassées par l’Occident et leur rejet par des régimes « autoritaires », allusion à la Chine et à la Russie, entre autres.

L’avenir appartient à ceux qui donnent à leur peuple la possibilité de respirer librement, et non à ceux qui cherchent à étouffer leur peuple avec un autoritarisme de main de fer.

Joe Biden, président des États-Unis

Le président chinois Xi Jinping a pris la parole en fin de journée par vidéo. Il a fait valoir que les « différends entre pays doivent être traités par le dialogue et la coopération ».

Plusieurs heures avant cette intervention, Joe Biden a tenu une rencontre bilatérale à New York avec le premier ministre australien Scott Morrison.

« Les États-Unis n’ont pas d’allié plus proche ou plus fiable que l’Australie », a déclaré le président américain devant les journalistes.

Des Canadiens ont peut-être été surpris ou vexés par cette déclaration.

Une rupture de confiance

En fin de journée, Joe Biden a accueilli à la Maison-Blanche le premier ministre britannique Boris Johnson, l’autre partenaire de l’AUKUS, la nouvelle alliance qui fournira des sous-marins à propulsion nucléaire à la flotte australienne et qui permettra aux États-Unis d’étendre leur influence sur la zone Indo-Pacifique.

Le président américain doit s’entretenir au téléphone avec Emmanuel Macron dans les prochains jours pour tenter d’apaiser sa colère. Représentée à New York par le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, la France s’exprimera à la fin de l’Assemblée générale plutôt qu’au début, comme cela aurait été le cas si son président avait été présent.

En attendant, le chef de la diplomatie française a réitéré dès son arrivée à New York le mécontentement de son pays à l’égard des États-Unis.

« C’est la permanence de réflexes d’une époque que nous espérions révolue », a-t-il déploré lundi en comparant Joe Biden à son prédécesseur. « Le sujet est d’abord celui de la rupture de confiance entre alliés. L’alliance, ça veut dire la transparence, la prévisibilité, l’explication, se parler, ne pas se cacher. Tout ça nécessite des clarifications », a-t-il ajouté en précisant qu’il n’avait pas prévu de rendez-vous avec son homologue américain Antony Blinken.

Joe Biden, quant à lui, tiendra mercredi une rencontre virtuelle avec d’autres dirigeants au cours de laquelle il encouragera les pays producteurs de vaccins contre la COVID-19 à redoubler d’efforts pour produire et distribuer des doses qui font encore cruellement défaut aux pays pauvres.