(New York) « Le peuple américain mérite de connaître la vérité – que Nancy Pelosi porte la responsabilité, en tant que présidente de la Chambre, de la tragédie du 6 janvier. »

Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

La représentante de l’État de New York Elise Stefanik, numéro trois au sein de la hiérarchie républicaine à la Chambre, a proféré cette fausseté mardi dernier. Pendant qu’elle mentait ainsi, quatre policiers décrivaient la violence dont ils ont fait l’objet lors de l’assaut du Capitole des États-Unis par des partisans de Donald Trump.

« Ils disaient tous – tous : “Trump nous a envoyés.” Personne d’autre », a déclaré le sergent Aquilino Gonell pendant son témoignage en lever de rideau de l’enquête de la commission spéciale de la Chambre sur l’attaque du Capitole.

Comme tous les vérificateurs de faits l’ont expliqué par la suite, la sécurité du Capitole ne relève pas de Nancy Pelosi, mais du Conseil de la police du Capitole, composé des sergents d’armes de la Chambre des représentants et du Sénat ainsi que de l’architecte du Capitole.

De toute façon, la déclaration de la représentante Stefanik ne pouvait effacer celle de Kevin McCarthy, chef des républicains de la Chambre, faite le 13 janvier dernier, avant le vote sur la mise en accusation de Donald Trump pour incitation à l’insurrection.

« Le président porte une responsabilité dans l’attaque du Congrès par des émeutiers. Il aurait dû immédiatement dénoncer la foule lorsqu’il a vu ce qui se passait », avait déclaré le représentant McCarthy, tout en plaidant contre ce deuxième « impeachment » du président républicain.

PHOTO J. SCOTT APPLEWHITE, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Kevin McCarthy, chef des républicains de la Chambre, mardi dernier

Kevin McCarthy se tenait à la droite d’Elise Stefanik lorsqu’elle a imputé à Nancy Pelosi la responsabilité d’une attaque dont la démocrate a été une des cibles les plus recherchées avec l’ancien vice-président Mike Pence. Mais il s’est gardé de la corriger. Au contraire, il en a rajouté. Car il semble avoir conclu que son rêve de devenir président de la Chambre à la faveur des élections de mi-mandat, en novembre 2022, passe par un autre grand mensonge.

« Il y avait un tel amour »

On connaît le précédent, qui a contribué à l’attaque du Capitole et mené à plus de 550 inculpations : une fraude électorale à grande échelle a permis à Joe Biden de voler la présidence à Donald Trump.

Malgré l’absence de la moindre preuve, de nombreux électeurs et élus du Parti républicain acceptent aujourd’hui ce grand mensonge, par conviction ou par opportunisme. Certains d’entre eux, issus de la mouvance complotiste, croient même que Donald Trump effectuera un retour à la Maison-Blanche le 13 août. L’ancien président donne parfois l’impression de souscrire lui-même à cette théorie propagée notamment par Mike Lindell, alias « My Pillow Guy », l’un de ses alliés les plus ardents.

L’autre grand mensonge porte sur l’attaque du Capitole. Il vise à absoudre Donald Trump, ses partisans et le Parti républicain de toute responsabilité. En dépendent non seulement le succès des républicains à l’occasion des prochaines élections de mi-mandat, mais également l’avenir politique de l’ancien président, qui ne semble pas avoir renoncé à la Maison-Blanche.

Ni Donald Trump ni les élus du Parti républicain ne veulent être associés à une attaque contre la démocratie américaine, même s’ils y ont contribué à la face du monde, activement ou passivement. Aussi s’emploient-ils à réécrire ce qui s’est passé le 6 janvier dans l’espoir que leurs partisans croiront à leur version.

L’ancien président ne le cède en tromperie à personne. Voici ce qu’il a confié à Carol Leonnig et Philip Rucker, auteurs d’un nouveau livre sur sa présidence, I Alone Can Fix It : « Il y avait un tel amour à ce rassemblement, vous aviez plus de 1 million de personnes, elles étaient là pour une seule raison, l’élection truquée, elles avaient le sentiment que l’élection était truquée. […] C’étaient des gens pacifiques […] et j’ai mentionné le mot “amour”, l’amour dans l’air, je n’ai jamais rien vu de tel. »

La mission de Liz Cheney

Le représentant républicain de Géorgie Andrew Clyde, lui, n’a vu que des « touristes » parmi les émeutiers du 6 janvier.

« En regardant les images télévisées de ceux qui sont entrés dans le Capitole et ont traversé la salle des statues, on a vu des gens en ordre qui restaient entre les cordons pour prendre des vidéos et des photos. Si vous ne saviez pas que la séquence télévisée était une vidéo du 6 janvier, vous penseriez en fait qu’il s’agit d’une visite touristique normale », a-t-il déclaré en mai dernier.

Des photos ont par la suite montré le représentant Clyde en train de barricader la pièce où il se cachait avec d’autres collègues pendant l’insurrection.

D’autres représentants républicains, secondés par Donald Trump et les médias conservateurs, ont conféré le statut de martyre à Ashli Babbitt, ex-militaire et adepte de QAnon, qui a été abattue par un policier du Capitole au moment où elle tentait de franchir une porte dont la fenêtre venait d’être fracassée. D’autres encore, dont les Marjorie Taylor Greene, Matt Gaetz et Louis Gohmert, ont qualifié de « prisonniers politiques » les insurgés qui sont détenus depuis leur arrestation et inculpation.

Cette version du 6 janvier semble faire son œuvre. Un peu plus de la moitié des électeurs de Donald Trump voient l’attaque du Capitole comme une défense de la démocratie ou une expression du patriotisme, selon un sondage CBS News/YouGov publié le 20 juillet dernier.

PHOTO JIM BOURG, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Liz Cheney, représentante républicaine du Wyoming, mardi dernier

La représentante républicaine du Wyoming Liz Cheney veut s’attaquer à cette version qui menace selon elle la démocratie américaine. « Nous devons savoir ce qui s’est passé ici au Capitole. Nous devons également savoir ce qui s’est passé chaque minute de cette journée à la Maison-Blanche – chaque appel téléphonique, chaque conversation, chaque réunion avant, pendant et après l’attaque », a-t-elle dit lors de l’ouverture des travaux de la commission spéciale de la Chambre, dont elle est membre.

L’issue des prochaines élections de mi-mandat tiendra peut-être à la façon dont l’un des grands mensonges de l’ère Trump résistera à cet examen.