(Washington) En pleine résurgence de la COVID-19 aux États-Unis, en grande partie à cause du variant Delta, de plus en plus de responsables et d’élus républicains se joignent au concert d’appels à la vaccination, rejetant les théories du complot qui laissent des millions d’Américains sans défense face au virus.

Michael Mathes Agence France-Presse

Les cas graves et les décès, en hausse depuis plusieurs semaines aux États-Unis, concernent dans l’immense majorité des cas la population non vaccinée.

Et tandis que le gouffre idéologique entre démocrates et républicains ne cesse de s’élargir, la question des vaccins est devenue le nouveau champ de bataille politique aux États-Unis, les sondages montrant notamment que la proportion de démocrates vaccinés est bien plus importante que côté républicain.

Pendant plusieurs mois, certains conservateurs, sceptiques du rôle de l’État et intransigeants sur le maintien des libertés individuelles, ont tenu des manifestations anti-vaccins à travers le pays.

D’autres redoublent à présent d’efforts pour convaincre la population d’États conservateurs comme l’Arkansas, la Floride, ou le Missouri à se faire vacciner, au moment où ils observent une forte propagation du virus.

Jeudi, le numéro deux des républicains à la Chambre des représentants, Steve Scalise, s’est joint aux 18 élus de son parti étant aussi médecins pour appeler les Américains à se faire vacciner.

« Je fais très confiance [au vaccin], je l’ai moi-même reçu », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

PHOTO FOURNIA PAR STEVE SCALISE

Steve Scalise a publié une photo de lui alors qu'il recevait le vaccin contre la COVID-19.

Vacciné cette semaine après avoir hésité des mois durant, l’élu de Louisiane a expliqué : « Avec le variant Delta, j’ai eu envie d’avoir cette couche supplémentaire de protection. »

Mariannette Miller-Meeks, l’une des élus républicains également médecins, est apparue dans plusieurs messages de santé publique dans sa circonscription de l’Iowa, exhortant la population à se faire vacciner.

Pour Greg Murphy, entouré de ses collègues parlementaires médecins, « il n’y a pas un seul docteur ici qui ne veut pas que les gens se fassent vacciner ».

Leurs déclarations interviennent après celles d’autres hauts responsables, tel le chef de la minorité républicaine au Sénat Mitch McConnell, auteur mardi d’un appel direct aux Américains : « À tous ceux qui sont prêts à écouter : faites vous vacciner », a-t-il lancé, exhortant à ignorer « les conseils ostensiblement mauvais » qui circulent.

Ces mauvais conseils, fondés sur des affirmations sans fondements, ont amené des millions d’Américains à refuser le vaccin.

« Assez de gens sont morts »

Plusieurs gouverneurs républicains, dont certains s’étaient montrés très hostiles envers les mesures du gouvernement fédéral contre la pandémie, ont a leur tour lancé à leurs administrés un appel à se faire vacciner.

Dans l’Arkansas, l’un des principaux foyers épidémiques actuels, le gouverneur républicain Asa Hutchinson s’est lancé dans une tournée à travers son État conservateur, implorant les sceptiques à changer d’avis.

Le vaccin garde les gens en vie.

Asa Hutchinson, gouverneur républicain de l’Arkansas, sur Twitter

Certains animateurs de télévision au sein de médias conservateurs se sont joints à la tendance, même si leurs appels sont souvent bien plus subtils ou nuancés.

Sur Fox News, la principale chaîne de télévision conservatrice, accusée d’avoir versé dans le scepticisme anti-vaccin pendant des mois, le présentateur vedette Sean Hannity a ainsi changé son fusil d’épaule après avoir qualifié le virus de « supercherie ».

PHOTO FRANK FRANKLIN II, ARCHIVES ASSPCOATED PRESS

Sean Hannity

« Je ne peux pas assez le répéter. Assez de gens sont morts. Nous n’avons pas besoin de davantage de morts », a-t-il lancé durant son émission.

« Je crois en la science de la vaccination », a-t-il ajouté.

Mais les messages des responsables et personnalités conservateurs est souvent trouble. Plusieurs élus républicains refusent toujours de dire s’ils ont été vaccinés ou non.

Ronny Jackson, élu et ancien médecin personnel de Donald Trump lors de sa présidence, a essayé de suggérer que les élus démocrates aussi refusaient de révéler leur statut vaccinal.

Il a ainsi invité les médias à demander aux démocrates s’ils étaient vaccinés, mais s’est vu répondre par un journaliste que 100 % des élus démocrates de la Chambre des représentants avaient annoncé avoir reçu un vaccin.

D’autres républicains ont carrément exprimé leur opposition aux vaccins, provoquant des maux de tête pour les responsables du parti qui souhaitent voir un ralentissement de la propagation du virus.

L’élue au Congrès Marjorie Taylor Greene, fervente partisane de Donald Trump, a été suspendue de manière temporaire sur Twitter cette semaine pour avoir notamment écrit qu’il existait des milliers de « décès liés aux vaccins » et que le virus n’était pas dangereux pour les personnes en bonne santé âgées de moins de 65 ans. Deux affirmations fausses.