(Washington) La décision du Canada d’ouvrir ses frontières aux visiteurs américains entièrement vaccinés dès le 9 août n’a pas été suivie par la réciproque à Washington, mercredi : le département américain de la Sécurité intérieure prolonge d’au moins un mois, jusqu’au 21 août, les restrictions sur les voyages par voie terrestre depuis le Canada.

James McCarten La Presse Canadienne

En annonçant leur décision, qui touche aussi le Mexique, les responsables américains ont spécifiquement cité la propagation galopante du variant Delta. Ils promettent aussi de continuer à discuter de la question avec Ottawa.

Le département « est en contact permanent avec ses homologues canadiens et mexicains pour identifier les conditions dans lesquelles les restrictions peuvent être assouplies de manière sécuritaire et durable », indique-t-on dans un communiqué.

Le département de la Sécurité intérieure et l’agence des douanes et de la protection des frontières des États-Unis indiquent mercredi que le risque de transmission liée aux voyages continue de constituer une « menace spécifique pour la vie humaine ou les intérêts nationaux ».

Cette décision était toutefois largement attendue. Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, déclarait lundi que le secrétaire à la Sécurité intérieure, Alejandro Mayorkas, l’avait prévenu que les États-Unis ne suivraient pas l’exemple du Canada. Mais cette décision n’a rien fait pour apaiser les élus et les voyageurs américains, qui ont juré d’intensifier la pression sur la Maison-Blanche pour qu’elle suive l’exemple du voisin d’en haut.

Le représentant de l’État de New York Brian Higgins, qui représente la région de Buffalo, a qualifié la réticence des États-Unis d’« incompréhensible » et d’« arbitraire », à la lumière de ce que les autorités de santé publique disent sur l’efficacité des vaccins.

Des experts frontaliers affirment que l’administration de Joe Biden n’est probablement pas prête, en fait, à rouvrir l’autre frontière, avec le Mexique, compte tenu de la crise des réfugiés à cet endroit. L’administration américaine souhaiterait que les deux frontières soient rouvertes en même temps.

Comment prouver son statut vaccinal ?

Il y a aussi le problème du « passeport vaccinal » pour les quelque 57 % d’Américains admissibles qui sont pleinement vaccinés. La Maison-Blanche a déjà clairement indiqué qu’elle ne soutenait pas l’exigence d’attestations de vaccination aux États-Unis, un pays connu pour sa défense farouche des libertés individuelles.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, a quant à elle indiqué très clairement mercredi que, quelle que soit la décision prise, elle ne sera pas basée sur ce que fait le Canada. « Nous nous basons sur les conseils de nos experts médicaux et de la santé, pas sur les décisions d’autres pays. »

La décision américaine a également suscité de la grogne au nord de la frontière. Perrin Beatty, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Canada, a rappelé que la « feuille de route » bilatérale pour un partenariat transfrontalier renouvelé, publiée en février par le président Biden et le premier ministre Justin Trudeau, promettait une approche coordonnée fondée sur la science pour rouvrir les frontières.

« Moins de cinq mois plus tard, Washington semble avoir perdu sa copie », a estimé M. Beatty, notant l’incohérence dans l’approche américaine. « Il est difficile de voir en quoi le fait d’autoriser des Canadiens entièrement vaccinés à entrer aux États-Unis constitue une menace pour la santé publique lorsque les déplacements aux États-Unis sont illimités. »

Le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, qui a grandi à Windsor, en Ontario, juste en face de Detroit, admet qu’il est essentiel de suivre les meilleures directives en matière de santé publique, mais il soutient aussi qu’il faut proposer un plan détaillé et cohérent – absent selon lui de cette discussion.

Un récent sondage en ligne, réalisé avant l’annonce du gouvernement fédéral lundi, suggère que les Américains sont du côté du Canada, alors que les Canadiens, eux, ne sont pas aussi enthousiastes.

Le sondage, mené la semaine dernière par Léger pour l’Association d’études canadiennes, a révélé que 74 % des 1001 répondants américains étaient en faveur de la réouverture complète des frontières d’ici la fin août, contre seulement 48 % des 1529 répondants canadiens. Les experts en recherche et en méthodologie estiment qu’il est impossible d’attribuer une marge d’erreur à un sondage réalisé en ligne, puisque la méthode d’échantillonnage est non probabiliste.