(Washington) À l’approche du 20e anniversaire des attaques terroristes du 11 septembre 2001, les proches des victimes font pression sur les tribunaux pour qu’ils répondent à ce qu’ils considèrent comme des questions persistantes sur le rôle du gouvernement saoudien dans les attaques.

Eric Tucker Associated Press

Une poursuite qui accuse l’Arabie saoudite d’être complice a fait un grand pas en avant cette année avec l’interrogatoire sous serment d’anciens responsables saoudiens, mais ces dépositions demeurent sous scellé et les États-Unis ont retenu une mine d’autres documents considérés trop sensibles pour être divulgués.

Ce vide de l’information a exaspéré les familles qui, pendant des années, ont tenté de faire valoir que le gouvernement saoudien avait facilité les attaques. Des enquêtes antérieures ont mis en évidence les liens entre les ressortissants saoudiens et certains des pirates de l’air, mais n’ont pas établi que le gouvernement était directement impliqué.

« L’équipe juridique et le FBI, les agences d’enquête, peuvent connaître les détails de la mort de mon père et de milliers d’autres proches de familles, mais les personnes pour qui il est le plus important de savoir ne le peuvent pas », a déclaré Brett Eagleson, dont le père, Bruce, fait partie des victimes du World Trade Center. « C’est tourner le fer dans la plaie de toutes les familles du 11 septembre. »

Les avocats des victimes prévoient demander à un juge de lever une ordonnance de protection afin que leurs clients puissent accéder à des documents gouvernementaux secrets ainsi qu’aux témoignages de sujets clés interrogés au cours de la dernière année. Bien que les avocats des plaignants ne soient pas en mesure de discuter de ce qu’ils ont appris des dépositions, ils insistent sur le fait que les informations qu’ils ont recueillies font avancer leur prémisse de complicité saoudienne.

« Nous sommes dans une situation où ce n’est que maintenant, grâce aux documents que nous avons obtenus et à ce que nos enquêteurs ont découvert et aux témoignages que nous avons recueillis, que cet iceberg qui a été sous l’eau remonte à la surface », a indiqué l’avocat James Kreindler.

Le gouvernement saoudien a nié tout lien avec les attaques. Mais la question a longtemps intéressé les enquêteurs et est au cœur d’une poursuite de longue date à Manhattan au nom de milliers de victimes. Le problème a pris de l’ampleur non seulement parce que 15 des 19 pirates de l’air étaient saoudiens – tout comme Oussama ben Laden, le cerveau de l’attaque –, mais aussi en raison des soupçons voulant qu’ils ont dû avoir reçu de l’aide pour naviguer dans la société occidentale compte tenu de leur expérience minimale aux États-Unis.

Des documents publics publiés au cours des deux dernières décennies, y compris par la Commission sur le 11-septembre, ont détaillé de nombreux enchevêtrements saoudiens, mais n’ont pas prouvé la complicité du gouvernement.

Ils montrent comment les premiers pirates de l’air arrivés aux États-Unis, Nawaf al-Hazmi et Khalid al-Mihdhar, ont été accueillis et aidés par un ressortissant saoudien en 2000. Cet homme, Omar al-Bayoumi, qui les a aidés à trouver et à louer un appartement à San Diego, avait des liens avec le gouvernement saoudien, ont déclaré les enquêteurs. Juste avant qu’Omar al-Bayoumi ne rencontre les pirates de l’air, il a rencontré Fahad al-Thumairy, à l’époque un diplomate accrédité au consulat saoudien à Los Angeles qui, selon les enquêteurs, dirigeait une faction extrémiste dans sa mosquée. Omar al-Bayoumi et Fahad al-Thumairy ont quitté les États-Unis quelques semaines avant les attentats.

La Commission sur le 11-septembre, qui a rassemblé les comptes rendus les plus importants de la période précédant les attentats, a établi ces liens, mais a estimé qu’Omar al-Bayoumi était un « candidat peu probable pour une implication clandestine » avec des extrémistes islamiques. Il a déclaré que s’il était logique de considérer Fahad al-Thumairy comme un contact possible pour les pirates de l’air, les enquêteurs n’ont trouvé aucune preuve qu’il les a réellement aidés. Il a d’ailleurs nié l’avoir fait.

Plus généralement, la commission a déclaré en 2004 qu’elle n’avait trouvé aucune preuve que le gouvernement saoudien ou de hauts responsables saoudiens avaient financé al-Qaïda, bien qu’elle ait noté que des organisations caritatives liées à l’Arabie saoudite auraient pu détourner de l’argent vers le groupe.

En 2016, le dernier chapitre d’un rapport du Congrès sur les attaques a été déclassifié. Le document nommait des personnes qui connaissaient les pirates de l’air après leur arrivée aux États-Unis et les avaient aidés à obtenir des appartements, à ouvrir des comptes bancaires et à se connecter avec des mosquées. Il indiquait que certains pirates de l’air avaient des liens avec des personnes susceptibles d’être liées au gouvernement saoudien et avaient reçu du soutien de celles-ci, et que des informations provenant de sources du FBI suggéraient qu’au moins deux d’entre eux pourraient avoir été des agents du renseignement.

Mais il n’est pas parvenu à une conclusion sur la complicité, affirmant qu’il était possible que les interactions puissent révéler la preuve du soutien du gouvernement saoudien au terrorisme, mais qu’il y avait peut-être aussi des explications plus anodines pour les associations.

Le FBI a mené sa propre enquête, l’opération Encore, avec certains agents établissant un lien plus étroit.

Un ancien agent, Stephen Moore, a déclaré en 2017 qu’al-Qaïda n’aurait pas envoyé Nawaf al-Hazmi et Khalid al-Mihdhar aux États-Unis « sans une structure de soutien en place ». Le document indiquait que le FBI pensait qu’Omar al-Bayoumi était un « agent clandestin » et que Fahad al-Thumairy savait que les pirates de l’air « participaient à une mission complexe et planifiée ». M. Moore a dit avoir conclu que « du personnel diplomatique et du renseignement du Royaume d’Arabie saoudite a sciemment offert du soutien matériel aux deux pirates de l’air du 11 septembre ».

Les familles des victimes du 11 septembre espèrent prouver des allégations similaires.

Un porte-parole de l’ambassade saoudienne à Washington n’a pas répondu à un message sollicitant des commentaires. Les avocats du gouvernement saoudien ont refusé de commenter.

Andrew Maloney, un autre des avocats des plaignants, a déclaré qu’en plus d’obtenir une indemnisation pour les familles, ils espèrent que l’Arabie saoudite acceptera sa responsabilité et s’engagera à éradiquer le terrorisme.

« S’ils faisaient ces trois choses, ce serait une énorme victoire », a-t-il déclaré.

La poursuite a pris de l’ampleur avec la décision d’un juge, en 2018, d’autoriser les avocats des plaignants à mener une enquête limitée pour établir les faits.

Omar al-Bayoumi et Fahad al-Thumairy ont été interrogés ces dernières semaines, tout comme Musaed al Jarrah, un ancien responsable de l’ambassade saoudienne dont le nom, selon Yahoo News, a été révélé par inadvertance dans un dossier du FBI l’année dernière, suggérant qu’il était soupçonné d’avoir apporté son soutien aux pirates de l’air.

Le ministère de la Justice, quant à lui, a remis aux avocats des documents autrefois secrets, mais ils sont accompagnés d’une ordonnance de protection. Certaines informations restent entièrement cachées après que le ministère a invoqué un privilège de « secrets d’État » pour bloquer certains éléments considérés comme potentiellement menaçants pour la sécurité nationale.

« Tôt ou tard, ce procès va devenir grand public, et il va y avoir une énorme pression du public, et ils ne peuvent pas garder les choses secrètes pour toujours », a déclaré M. Eagleson.