(Washington) À une fête, devant un bar, à un concert… des dizaines de personnes ont été abattues ce week-end aux États-Unis, où les meurtres restent au plus haut, au moment où les Américains reprennent goût à la vie déconfinée.

Peter HANDLEY et Charlotte PLANTIVE Agence France-Presse

Avec une hausse de 30 % des homicides dans les grandes villes du pays, l’année 2020 fut l’une des plus meurtrières depuis un quart de siècle, sous l’effet de plusieurs facteurs croisés.

« C’était un mélange de situations explosives avec la pandémie, une perte de légitimité de la police, un grand stress économique, le tout combiné avec un élément accélérateur : des niveaux record de possession d’armes à feu », explique Jeff Asher, un ancien agent de la CIA devenu analyste en statistiques criminelles.

Mais « la mobilité est revenue » grâce à la campagne de vaccination massive, l’économie repart et les manifestations ayant suivi la mort de l’Afro-Américain George Floyd se sont tassées, permettant aux policiers de revenir à leurs missions classiques, note-t-il.

Malgré tout, la situation ne s’améliore pas, loin de là.

Il y a encore eu une hausse de 24 % des homicides au premier trimestre 2021 par rapport aux trois premiers mois de 2020, selon une étude du Council on criminal justice (CCJ) portant sur 34 des plus grandes villes du pays. « Cette hausse, supérieure à la normale saisonnière, est extrêmement troublante », soulignent ses auteurs.

Elle semble encore avoir empiré ces derniers jours, avec l’arrivée du beau temps et la multiplication des évènements en extérieur à la faveur de la levée des dernières mesures de confinement.

« Tous les jours, plus de cent personnes meurent et plus de 230 sont blessées par arme à feu. Les fusillades de ce week-end ajoutent à cette plaie », ont commenté les organisations Everytown et Moms demand Action, qui militent pour un meilleur encadrement des armes à feu.

« Cœur brisé »

Plus de 12 personnes ont été tuées de vendredi à dimanche rien qu’à Chicago, dont un adolescent de 15 ans abattu sous son porche et d’autres dans des parcs.

En Caroline du Sud, une jeune fille de 14 ans a succombé lors d’un concert clandestin en plein air, où une altercation a dégénéré en fusillade dans des circonstances encore floues.

« J’ai le cœur brisé à l’idée de ne plus recevoir de “Je t’aime Papa” par texto », a confié lundi son père Ronald Smith dans une lettre ouverte publiée par les médias locaux.  

« Les fusillades meurtrières ne se cantonnent pas aux quartiers pauvres. La violence et/ou l’ignorance ne se concentrent pas dans un seul endroit ou dans certaines communautés », a-t-il ajouté.

De fait, la hausse des homicides, du jamais-vu depuis le milieu des années 1990, n’a épargné aucune ville. Grandes et petites, démocrates ou républicaines, toutes ont été touchées, relève M. Asher.  

Pour lui, cela montre que les réformes de la police adoptées par certaines municipalités après les grandes manifestations de l’été ne peuvent pas être tenues responsables de la dégradation de la situation, contrairement aux propos de l’ancien président Donald Trump et de ses partisans.

« Il n’y a pas d’explication simple », insiste-t-il.

Il n’y a donc pas non plus de solution simple. Et les États-Unis abordent donc avec une forte appréhension le prochain week-end, qui est férié et traditionnellement entaché de violences lors de fêtes alcoolisées marquant l’arrivée de l’été.