(New York) Le maire de New York a annoncé qu’il prévoyait une « réouverture complète » de sa ville le 1er juillet tout en prédisant un « été extraordinaire ». Bien que son optimisme ne soit pas unanime, aucun doute possible : New York n’est plus la ville fantôme qu’elle était au début de la pandémie.

Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

Le vacarme d’un chantier de construction enterre presque la musique sortant des haut-parleurs qu’un danseur de salsa a installés en plein cœur de la zone piétonnière de Times Square. Des manifestants se promènent parmi la foule des touristes et des flâneurs en brandissant des affiches contre la répression en Colombie. Accompagné d’un caméraman, un journaliste de la chaîne Newsmax, micro à la main, demande aux uns et aux autres si Yoda, personnage de Star Wars, est un démocrate ou un républicain. Et le cowboy nu gratte sa guitare.

À son tout premier voyage à New York, Jeff Black, 23 ans, écarquille les yeux en observant ce spectacle aussi bruyant que coloré et grouillant.

« C’est assez fou de voir combien de personnes sont encore ici », confie l’étudiant de Traverse City, petite ville du Michigan, en ce 4 mai 2021, plus d’un an après que New York est devenu l’épicentre de la pandémie de coronavirus aux États-Unis.

« Comme je découvre la ville, j’ai l’impression d’une certaine normalité. Il y a juste beaucoup d’endroits intéressants, beaucoup de gens intéressants », ajoute-t-il.

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Christina Hansen, cochère à Central Park

Un peu plus tard, à Central Park, Christina Hansen donne de la moulée à son cheval, King, après avoir promené une famille asiatique à travers le poumon vert et fleuri de Manhattan à bord de sa calèche. Son regard est celui d’une cochère new-yorkaise qui en a vu d’autres.

« New York est en train de revenir », dit la femme de 40 ans coiffée d’un chapeau haut de forme. « Les gens sortent. Les gens sont heureux d’être ici, heureux d’avoir une certaine forme de normalité. L’attitude des gens a certainement changé. Les gens ont un meilleur moral. »

Avis aux détracteurs

Et Bill de Blasio fait tout pour entretenir ce sentiment. Le 29 avril dernier, le maire de New York a annoncé qu’il prévoyait une « réouverture complète » de sa ville le 1er juillet.

« Nous sommes prêts à ce que les magasins ouvrent, à ce que les entreprises ouvrent, à ce que les bureaux, les théâtres ouvrent, au maximum de leur capacité », a-t-il dit en évoquant le succès de la vaccination à New York, où 40 % des résidants sont pleinement vaccinés.

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New York permettra aux magasins, aux entreprises, aux bureaux et aux théâtres d’ouvrir au maximum de leur capacité.

Deux jours plus tard, il a retweeté un article de Bloomberg sur le « retour en force » de New York en ajoutant ce commentaire à l’intention de ceux qui avaient déjà écrit l’épitaphe de sa ville : « Désolé, les détracteurs. La ville de New York revient comme jamais auparavant ! »

Elle rouvrira également plus tôt que le maire de Blasio ne l’avait jugé prudent. Jaloux de ses prérogatives, le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, a annoncé lundi une réouverture du métro 24 heures sur 24 le 17 mai et une levée de la plupart des restrictions imposées aux commerces et lieux culturels le 19 mai.

Entre-temps, aucun doute possible : New York n’est plus la ville fantôme qu’elle était aux premiers jours de la pandémie. Les bouchons de circulation sont de retour, tout comme le bruit et les plaintes des citoyens qui l’accompagnent.

Les trottoirs sont également plus animés, mais pas autant que les grands parcs de la ville. Ceux-ci ont retrouvé leurs foules d’avant la pandémie, selon Orbital Insight, une société de données qui suit les mouvements des personnes et des marchandises.

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Elisabeth Fernandez à Bryant Park

Elisabeth Fernandez ne s’en plaindra pas. « Je suis heureuse de voir la ville rouvrir », dit la jeune femme de 27 ans en se prélassant au soleil à Bryant Park, îlot de verdure situé au cœur de Manhattan. « Même s’il y a des gens qui sont encore inquiets, je suis très optimiste. Les choses s’améliorent. »

Les riches reviendront-ils ?

Cet optimisme n’est cependant pas universel. Sam Abulawi, fleuriste de 45 ans, fait partie des New-Yorkais qui s’inquiètent de l’effet de certains changements provoqués par la pandémie.

« De nombreuses personnes riches ont quitté New York », déplore le commerçant, dont la boutique se trouve à quelques pas seulement du célèbre Flatiron Building.

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Sam Abulawi, fleuriste de Manhattan

« Elles sont remplacées par des gens de la classe moyenne qui ont été attirés par la baisse des loyers. Je n’ai rien contre ces personnes, mais elles ne sont pas aussi bonnes pour nos affaires que les riches. Les riches peuvent dépenser jusqu’à 700 $ par semaine pour des fleurs. Reviendront-ils ? Avec tous les sans-abri que l’on voit désormais dans les rues, je n’en suis pas sûr. »

Sam Abulawi dit avoir réussi à survivre à la pandémie grâce à ses ventes en ligne et à son service de livraison à domicile. Mais il précise que le commerce en ligne a eu raison de la plupart des boutiques de vêtements du voisinage, y compris celles ayant pignon sur la 5Avenue. « La pandémie a été très dure pour les commerçants de détail », dit-il.

David Isaac, propriétaire d’une boutique de vêtements pour femmes, peut en témoigner. Il dit avoir survécu à la pandémie pour une seule et unique raison : il n’a pas eu à payer le prix normal de son loyer. « Si je devais payer le prix normal, je devrais fermer boutique demain », dit-il.

Il estime à « au moins deux ans » le temps dont il aura besoin pour retrouver son chiffre d’affaires d’avant la pandémie. Depuis mars, ses affaires ont augmenté de « 5 à 10 % ».

Dort-il mieux ? « Oui, je dors de 5 à 10 % mieux », répond-il, mi-figue, mi-raisin.

« Je suis très optimiste »

En attendant la réouverture des grands théâtres de Broadway, prévue en septembre, et le retour éventuel des employés de bureau dans les tours vides de Manhattan, le secteur de la restauration est peut-être celui qui connaît le plus fort rebond à New York ces jours-ci.

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Les terrasses aménagées à l’extérieur des restaurants à la suite de la pandémie sont bondées.

Depuis le retour du beau temps, les terrasses aménagées à l’extérieur des restaurants à la suite de la pandémie sont bondées. Les clients sont également beaucoup plus nombreux à manger à l’intérieur, une des conséquences de la vaccination.

« Nous avons entendu à maintes reprises des gens dire : “Nous venons d’avoir notre deuxième dose il y a deux semaines jour pour jour et nous sommes sortis pour fêter ça” », raconte Jacques Gautier, chef propriétaire de Palo Santo, restaurant du quartier de Park Slope à Brooklyn, quelques heures avant d’accueillir ses premiers clients de la soirée.

Ce jour-là, le restaurateur natif de Washington a offert à sa clientèle un service de livraison à domicile pour la dernière fois depuis mars 2020. Ce service, qui lui a permis d’affronter la pandémie sans avoir à mettre à pied un seul employé, n’est plus nécessaire à sa survie.

Ç’a été très bon pour nous depuis un mois environ, dit-il. J’ai l’impression que nous sommes revenus à des chiffres presque normaux.

Palo Santo, restaurateur

Partage-t-il l’optimisme du maire de Blasio, qui a prédit à New York un « été extraordinaire » ?

« Si les affaires que nous avons réalisées au cours des deux derniers mois sont une indication, je dirais que oui, je suis très optimiste, répond-il. Nous avons vraiment vu beaucoup de nos clients revenir. Et ç’a été très bon pour nous. »