(Berlin) Les États-Unis ont tourné mardi la page de leurs relations acrimonieuses avec l’Allemagne sous Donald Trump en annonçant le déploiement de troupes supplémentaires dans le pays et en mettant en sourdine le différend autour du gazoduc Nord Stream.

Mathieu FOULKES
Agence France-Presse

Pour sa première visite en Allemagne, le nouveau secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, n’est pas venu les mains vides.

« Aujourd’hui, je suis heureux d’annoncer que nous allons augmenter la présence des forces américaines en Allemagne », a-t-il déclaré aux côtés de son homologue allemande, Annegret Kramp-Karrenbauer.

« Environ 500 militaires américains supplémentaires » seront postés dans la région de Wiesbaden (ouest) « dès cet automne », a détaillé le premier chef afro-américain du Pentagone.

Effectifs en cybersécurité

Ces effectifs, qui se consacreront essentiellement à la cybersécurité et à la sécurité spatiale, « témoignent de notre engagement envers notre partenaire et envers l’OTAN », a-t-il ajouté.

Ce déploiement est significatif au moment où les alliés élaborent leur réponse à la menace accrue de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine. Après l’Allemagne, Lloyd Austin est d’ailleurs attendu à Bruxelles, avec le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken, pour des consultations avec l’OTAN, sur la situation aux frontières ukrainiennes.

L’annonce de Washington rompt aussi avec la présidence de Donald Trump qui n’avait cessé de critiquer le manque d’implication financière de l’Allemagne pour sa sécurité et au sein de l’OTAN.

« C’est une excellente nouvelle que non seulement le président (Joe) Biden ait annoncé que les plans de retrait étaient abandonnés, mais qu’au contraire, ces troupes ici en Allemagne soient renforcées », a salué la ministre allemande qui y voit « un signe très fort d’unité ».

M. Trump, qui reprochait à l’Allemagne de ne pas suffisamment participer au budget de l’OTAN et de ne pas financer sa propre défense, avait décidé sans concertation en juillet 2020 de redéployer hors d’Allemagne environ 12 000 soldats.

Plusieurs villes, comme Grafenwöhr (Bavière), la principale base américaine en Europe où Elvis Presley donna un concert pendant son service militaire, dépendent de la présence de milliers de soldats pour faire tourner leur économie.

La présence militaire américaine en Allemagne est un pilier de la défense de l’OTAN depuis la Seconde Guerre mondiale.  

Mais depuis la fin de la Guerre froide, leur présence a diminué. Dans toute l’Allemagne, elle est passée de quelque 200 000 soldats en 1990 à 34 500 aujourd’hui.

Les visées de M. Trump avaient d’autant plus surpris que les Américains ont lourdement investi ces dernières années pour moderniser leurs bases, d’où les soldats sont envoyés en mission en Irak ou Afghanistan.

Les armées de pays membres de l’OTAN s’y entraînent aussi régulièrement.

Menace de sanctions

Cette annonce apporte une nouvelle preuve du réchauffement des relations entre les États-Unis et l’Allemagne, pressée de tourner la page Trump.

L’ancien président avait fait depuis 2016 de Berlin un de ses boucs émissaires, accusé aussi d’écouler trop de voitures aux États-Unis ou d’acheter son gaz à la Russie.

Le secrétaire américain à la Défense a ainsi promis que l’Allemagne « continuerait à être un partenaire important en matière de sécurité et d’économie » des États-Unis « dans les années à venir ».  

« Le renforcement de nos relations avec l’Allemagne est une priorité absolue de l’administration Biden-Harris », a-t-il déclaré.

Le projet controversé Nord Stream 2 de gazoduc entre la Russie et l’Allemagne, en voie d’achèvement et auquel les États-Unis sont opposés, ne devrait ainsi plus ternir cette relation.

« Nous avons exprimé notre opposition à cet accord et à l’influence qu’il confère à la Russie. Mais nous ne laisserons pas cette question se mettre en travers de la formidable relation que nous avons avec l’Allemagne », a promis M. Austin, général de l’armée de Terre à la retraite.

Le nouveau gouvernement démocrate a toutefois averti ces dernières semaines que « toutes les entités impliquées » dans la construction du gazoduc, dont de nombreuses entreprises allemandes, seraient sanctionnées par les États-Unis si elles ne se désengageaient pas « immédiatement » du projet.

Alors que Berlin doit trouver un arrangement pour ne pas renoncer au gaz russe tout en apaisant les États-Unis, la ministre allemande a suggéré mardi une piste : faire « dépendre » la quantité de gaz acheminée par le futur gazoduc du « comportement » de la Russie.