(Washington) Le président Joe Biden va dévoiler jeudi des mesures ciblées visant à limiter la prolifération des armes à feu aux États-Unis, où les fusillades sont un fléau récurrent que les gouvernements successifs ont jusqu’à présent été impuissants à endiguer.

Sebastian Smith
Agence France-Presse

Le démocrate va annoncer six décrets, qui restent de portée réduite, « pour faire face à l’épidémie de santé publique liée à la violence par arme à feu », a indiqué un des responsables de la Maison-Blanche.

Parmi ces mesures, une nouvelle règle visant à « arrêter la prolifération des armes fantômes », qui sont fabriquées de manière artisanale et n’ont pas de numéro de série.

Les règles concernant certaines armes de poing équipées d’un accessoire stabilisateur attaché au bras du tireur, un dispositif utilisé dans une récente tuerie dans le Colorado, devraient aussi être durcies.  

Le président veut aussi davantage soutenir les agences impliquées dans la lutte contre les violences et demander le premier rapport global sur le trafic d’armes à feu aux États-Unis depuis 2000.

« Premières » étapes

Mais, sachant pertinemment qu’il n’est actuellement pas en position de faire adopter au Congrès des actions plus audacieuses sur ce sujet ultra-sensible, M. Biden devra se contenter de micromesures.  

Par conséquent, aucune grande avancée n’est à attendre sur le sujet de la vérification des antécédents judiciaires ou psychologiques des acheteurs d’armes ou sur les ventes libres de fusils d’assaut, souvent utilisés dans les tueries.

Le responsable de la Maison-Blanche a souligné que ces mesures, que M. Biden doit dévoiler aux côtés de son ministre de la Justice Merrick Garland, n’étaient que de « premières » étapes.

Le président doit aussi annoncer la nomination de David Chipman, un partisan du durcissement des lois sur les armes individuelles, à la tête de l’ATF, l’agence fédérale qui régule les armes à feu.

Signe de l’absence d’unité politique sur ce sujet hyper sensible, l’ATF n’a pas eu de directeur confirmé par le Sénat depuis 2015.

Joe Biden, défenseur de longue date d’un meilleur encadrement des armes à feu, a promis pendant sa campagne d’agir sur ce front. Une série de fusillades ces dernières semaines a accentué la pression pour qu’il passe à l’action.

Sujet clivant

Après des tueries en Géorgie puis dans le Colorado en mars, il a demandé au Congrès d’interdire les fusils d’assaut et d’adopter une loi pour mieux vérifier les antécédents des acheteurs, mais les courtes majorités démocrates dans les deux chambres compliquent le passage de textes sur ce sujet très clivant.

En 1994, alors sénateur, Joe Biden avait participé à l’adoption d’une loi interdisant les fusils d’assaut. Mais la mesure n’était valide que dix ans et n’a jamais pu être renouvelée après 2004 compte tenu de l’opposition des élus républicains à ce qu’ils perçoivent comme une violation d’un droit constitutionnel.

L’ancien président Donald Trump, qui a reçu des dizaines de millions de dollars de la NRA, le puissant lobby des armes à feu, pour ses deux campagnes présidentielles, a au contraire par le passé assuré être le plus fervent défenseur du droit des Américains à détenir une arme.

Les armes à feu ont fait plus de 43 000 morts, suicides inclus, aux États-Unis en 2020, selon le site Gun Violence Archive. L’organisation a dénombré 611 « fusillades de masse » -qui comptent au moins quatre victimes-en 2020, contre 417 l’année précédente.

Et depuis le 1er janvier, plus de 4000 personnes ont déjà été tuées par une arme à feu.

Mais de nombreux Américains restent très attachés à leurs armes et se sont même précipités pour en acheter davantage depuis le début de la pandémie, et encore plus lors des grandes manifestations antiracistes du printemps 2020 et des tensions électorales de l’automne.

« La violence par armes à feu fauche des vies et laisse dans son sillage des traumatismes durables au sein des habitants chaque jour dans ce pays, même quand cela ne fait pas la une des informations du soir », a souligné la Maison-Blanche dans un communiqué.