(New York) Il a grandi dans la maison où a été tourné The Truman Show, film dans lequel l’acteur Jim Carrey tient le rôle d’un homme dont tous les faits et gestes sont retransmis en direct à la télévision.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

« Je sais que le monde entier est une scène, surtout quand on a tous des téléphones munis de caméra », écrit le représentant républicain de Floride Matt Gaetz dans Firebrand – Dispatches From the Front Lines of the MAGA Revolution, livre publié en septembre dernier.

Ces jours-ci, ce sulfureux trumpiste a peut-être l’impression de jouer dans une version réelle de la série télévisée House of Cards, où la politique est synonyme de corruption sous toutes ses formes.

Selon les médias, l’élu de 38 ans, fils d’ex-président du Sénat de Floride, fait l’objet d’une enquête du département de la Justice pour une violation des lois fédérales sur le trafic sexuel. Il est soupçonné d’avoir eu une relation sexuelle avec au moins une adolescente de 17 ans, dont il aurait payé les déplacements entre plusieurs États. Il est également suspecté d’avoir consommé de l’ecstasy avec des femmes payées pour avoir des relations sexuelles avec lui.

Matt Gaetz nie toute action illégale.

Mais ses démêlés avec la justice mettront à l’épreuve l’un des principes qui semblent guider une nouvelle génération de parlementaires républicains.

Outre Matt Gaetz, cette génération inclut les Marjorie Taylor Greene, Lauren Boebert et Madison Cawthorn, entre autres. Leur priorité n’est pas de légiférer, mais d’occuper l’espace médiatique le plus vaste possible.

« C’est impossible d’être banni [cancelled] si vous êtes sur toutes les chaînes », écrit Matt Gaetz, habitué de Fox News, dans Firebrand. « Pourquoi amasser des fonds électoraux pour diffuser des pubs sur les chaînes d’information quand je peux faire les manchettes ? Et si vous ne faites pas les manchettes, vous ne gouvernez pas. »

Les premiers signes

Ce phénomène n’a pas commencé avec Matt Gaetz, élu pour la première fois à la Chambre des représentants des États-Unis en 2016 après avoir siégé pendant six ans à la Chambre des représentants de Floride. Dans On the House – A Washington Memoir, l’ancien président de la Chambre John Boehner se souvient d’en avoir observé les premières manifestations en 2010.

PHOTO MARY F. CALVERT, ARCHIVES NEW YORK TIMES

John Boehner, ancien président de la Chambre des représentants des États-Unis

En parlant de la nouvelle couvée de représentants républicains élus cette année-là, il écrit, selon un extrait de son livre (en anglais) publié sur le site de Politico : « On pouvait voir que [certains d’entre eux] ne faisaient pas attention parce qu’ils ne pensaient qu’à la manière de collecter des fonds en s’indignant ou à la manière de passer à Hannity ce soir-là. Ronald Reagan avait l’habitude de dire que s’il obtenait 80 % ou 90 % de ce qu’il voulait, c’était une victoire. Ces types voulaient 100 % chaque fois. En fait, je ne pense pas que cela les satisferait, car ils ne voulaient pas vraiment de victoires législatives. Ils voulaient des sujets clivants, des complots et des croisades. »

Depuis 2010, la situation n’a fait qu’empirer. Après avoir tenté de miner la présidence de Barack Obama en mettant en doute son éligibilité, des républicains s’attaquent désormais à la démocratie même en niant la validité de l’élection présidentielle de 2020.

Et Matt Gaetz est au premier rang de ce combat, ce qui fait de lui l’un des élus préférés de Donald Trump.

Mais ce n’est pas le seul combat qui l’intéresse. L’un des chapitres de son livre est intitulé « Sexe et argent ». Pour dénoncer une certaine forme de corruption, il raconte comment il a abouti au sein de deux commissions importantes de la Chambre : « J’ai parlé franchement à mes donateurs de la façon dont les choses fonctionnent apparemment à Washington, et ils ont convenu que je devais jouer le jeu. J’ai rapidement amassé 150 000 $, soit le double de ce qui était demandé, et je me suis retrouvé non seulement à la commission des Forces armées, mais aussi à la commission judiciaire. »

L’argent était destiné, semble-t-il, à la caisse électorale du Parti républicain.

« Pas un moine »

Matt Gaetz est aussi direct en parlant de sexe.

« J’ai une vie sociale active, et c’est probablement plus facile à l’ère de Trump, écrit-il. Nous avons déjà eu des présidents “pères de famille parfaits”, après tout, et beaucoup de ces hommes ont vendu notre pays, même si leurs femmes étaient heureuses pendant tout ce temps. Si la vie de famille des politiciens n’est pas ce qui compte vraiment pour les électeurs, c’est peut-être une bonne chose. Je suis un représentant, pas un moine. »

Mais il reconnaissait l’importance d’exercer une certaine prudence à Washington.

On dit que Washington a la plus forte concentration d’espions et de prostituées de la planète. Donc, même si vous ne pensez pas que Washington est très tentant, vous devriez rester sur vos gardes, de peur de vous faire séduire dans un but ou un autre.

Matt Gaetz, dans son livre

Il n’était peut-être pas aussi prudent dans son fief. Pendant plusieurs années, Matt Gaetz a entretenu une relation étroite avec Joel Greenberg, ancien assesseur fiscal du comté de Seminole. Âgé de 36 ans, Greenberg a été inculpé l’été dernier pour harcèlement et trafic sexuels d’enfants. Durant les derniers mois de l’administration Trump, ce dossier a mené le département de la Justice à lancer une enquête pour déterminer si MM. Gaetz et Greenberg avaient payé pour avoir des relations sexuelles avec des femmes, dont au moins une adolescente de 17 ans.

Selon Politico, cette enquête a incité le procureur général des États-Unis William Barr à refuser tout contact avec Matt Gaetz. Donald Trump n’a pas été aussi circonspect, l’invitant notamment à la Maison-Blanche en décembre dernier. Mais il n’a pas dit un mot à son sujet depuis les révélations médiatiques de la semaine dernière sur l’enquête le visant.

Se peut-il que l’ancien président ait à « bannir » son protégé ?