(New York) Que Donald Trump se rassure. Le tribunal de Facebook ne peut l’envoyer en prison, contrairement à d’autres qui pourraient s’intéresser à son cas au cours des prochains mois. Mais sa décision très attendue concernant le sort de l’ancien président sur Facebook et Instagram risque de peser sur son avenir politique.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

Les juges

Le 21 janvier dernier, Facebook a confié à son nouveau Conseil de surveillance la responsabilité de se prononcer sur sa décision de suspendre Donald Trump de ses réseaux sociaux pour une période indéterminée après l’assaut du Capitole des États-Unis. À partir de cette date, le tribunal d’honneur composé de 20 personnes avait 90 jours pour décider si le groupe de Mark Zuckerberg doit maintenir le bannissement de l’ancien président – et pour combien de temps – ou y mettre fin. Le verdict est ainsi attendu au plus tard fin avril. Facebook a créé ce conseil de surveillance en octobre dernier pour examiner les plaintes découlant du retrait de certaines publications sur Facebook et Instagram. En font partie Helle Thorning-Schmidt, ex-première ministre du Danemark, Tawakkol Karman, Prix Nobel de la paix en 2011, Alan Rusbridger, ex-rédacteur en chef du Guardian, et plusieurs autres personnalités et juristes d’envergure, dont l’ancien juge conservateur Michael McConnell. Cinq membres du conseil sont chargés du dossier Trump. Ils ont déjà ouvert une consultation publique pour permettre aux citoyens et aux associations de participer à la réflexion. Leurs conclusions seront examinées par l’ensemble du tribunal, dont la décision finale sera publiée sur le site du conseil. Facebook s’est engagée à se plier à la décision de son conseil.

Les critiques

Le nom de l’association se veut ironique : « le Véritable Conseil de surveillance de Facebook ». Il exprime un scepticisme certain au sujet de l’indépendance du tribunal du groupe de Mark Zuckerberg, dont chaque membre recevra une rémunération annuelle dans les six chiffres pour 15 heures de travail par semaine. Mais le scepticisme n’est pas le seul point de vue de l’association. Composée de critiques bien connus de Facebook, dont l’ancien président de l’Estonie Toomas Hendrik Ilves, celle-ci s’oppose également au retour de Donald Trump sur Facebook et Instagram. « Notre message est simple : annuler le bannissement de Trump serait une invitation à la violence, à la haine et à la désinformation qui coûtera des vies et sapera la démocratie », écrit l’association dans une lettre. « Certains peuvent dire que c’est une question de liberté d’expression. Ils ont tort. » « Donald Trump peut faire des interviews. Il peut aller sur Fox News. Il peut rédiger des articles d’opinion ou envoyer des courriels. Personne n’a le “droit” inhérent d’utiliser une plateforme de réseaux sociaux pour répandre la désinformation et inciter à la haine encore et encore ou faire amplifier son message par des algorithmes. »

Les sympathisants

« Un acte de censure inacceptable. » « Un précédent qui sera exploité par les ennemis de la liberté partout dans le monde. » Le 9 janvier dernier, le critique du Kremlin Alexeï Navalny utilisait ces mots dans une série de tweets pour dénoncer le bannissement à vie de Donald Trump de Twitter. « Chaque fois [que les dirigeants autoritaires] auront besoin de faire taire quelqu’un, ils diront : “C’est une pratique courante, même Trump a été bloqué sur Twitter” », a-t-il gazouillé. La critique de l’opposant russe s’appliquerait sans nul doute à une décision semblable du Conseil de surveillance de Facebook. Chez les conservateurs américains, et encore plus chez les partisans de Donald Trump, une telle opinion va de soi. Ces jours-ci, les géants de l’internet tels Twitter, Facebook et Google y sont accusés de contribuer à une « culture du bannissement » qui sévit contre les tenants de la droite aux États-Unis. Le philanthrope Bill Gates, un des mentors de Mark Zuckerberg, est d’accord avec eux sur au moins un point : Facebook doit mettre fin au bannissement de Donald Trump. « Il y a des gens qui veulent voir des débats autour des points de vue [de Trump] », a-t-il dit récemment.

Les transfuges

Chassés de Facebook et de Twitter, ou convaincus que de « vrais » débats ne pouvaient plus avoir lieu sur ces réseaux sociaux, de nombreux partisans de Donald Trump, y compris des extrémistes, en ont adopté de nouveaux. Ceux-ci ont pour nom Gab, Telegram, MeWe et Parler, entre autres. Parler, faut-il préciser, a annoncé son retour en ligne le 15 février dernier après avoir été éjecté de l’App Store et du Google Play Store, puis débranché par Amazon Web Services, après l’assaut du Capitole. Les géants des technologies avaient invoqué des « menaces de violences » ou des « activités illégales » pour justifier leurs décisions. Au moment d’être débranché, Parler revendiquait 20 millions de membres. Les règles de ces sites ne sont pas aussi strictes que celles de Twitter ou de Facebook. Contrairement à ces réseaux sociaux, MeWe, par exemple, n’interdit pas les thèses du mouvement complotiste QAnon. Des menaces de violences proférées par des membres de milices d’extrême droite passent par ailleurs entre les mailles de sa modération. Reste à voir quel effet le retour de Donald Trump sur Facebook et Instagram aurait sur ses partisans qui ont abandonné ces réseaux sociaux par perte d’intérêt. Au moment d’en être banni, l’ancien président comptait environ 35 millions d’abonnés Facebook. Une bonne base pour lancer une autre campagne présidentielle.