Jackie Kennedy, Laura Bush, Michelle Obama : elles n’ont jamais été élues mais n’ont pas manqué d’influence, surpassant parfois leur mari en popularité. Jill Biden, première « First Lady » titulaire d’un doctorat et première à vouloir continuer de travailler hors des milieux politiques pendant qu’elle vivra à la Maison-Blanche, laissera sans doute elle aussi sa marque.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

À la convention nationale démocrate d’août dernier, lorsque son mari est devenu le candidat du parti pour l’élection présidentielle, Jill Biden a pris la parole dans une classe de l’école secondaire où elle a enseigné. Elle y a livré un message empreint d’empathie pour les parents privés de ressources scolaires en temps de COVID-19.

Elle a aussi abordé son arrivée dans la vie de Joe Biden, devenu veuf après la mort de sa première femme dans un accident de voiture dans lequel sa fille a aussi péri et ses deux garçons ont été blessés. La femme de 69 ans a dressé un parallèle entre son expérience et l’unité du pays.

« Comment rend-on son intégralité à une famille brisée ? De la même manière qu’on rend son intégralité à une nation, a-t-elle dit. Avec de l’amour et de la compréhension. Avec des petits gestes de bonté. Avec de la bravoure. Avec une foi inébranlable. On est là les uns pour les autres, dans les grands gestes et les petits. Encore et encore. »

PHOTO ALEX EDELMAN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Joe Biden et sa femme à l’église St. Joseph de Wilmington, au Delaware, le 18 décembre dernier, date anniversaire de la mort de sa première femme Neilia et de sa fille Naomi dans un accident de voiture en 1972.

L’appel à la réconciliation des différences, Jill Biden le lancera sans doute encore après la prestation de serment de son mari, le 20 janvier prochain, dans un climat houleux.

Fonction

Le rôle de première dame des États-Unis n’est pas défini de manière précise. La fonction n’en a pas moins d’importance, disent les spécialistes.

« Les premières dames ont eu un rôle très influent dans les communications et dans la portée sociale [des messages] de la présidence », indique MaryAnne Borrelli, professeure au Connecticut College.

L’auteure du livre The Politics of the President’s Wife rejette l’idée d’un rôle purement symbolique et rappelle que la première dame fait équipe avec le président pour faire avancer des causes.

  • Michelle Obama s’est impliquée, comme première dame, dans la lutte contre la malbouffe et l’obésité infantile.

    PHOTO DOUG MILLS, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

    Michelle Obama s’est impliquée, comme première dame, dans la lutte contre la malbouffe et l’obésité infantile.

  • Melania Trump a été plutôt discrète, mais elle n’a pas été la moins engagée, précise MaryAnne Borrelli, s’impliquant notamment dans des causes pour le bien-être des enfants.

    PHOTO ARCHIVES REUTERS

    Melania Trump a été plutôt discrète, mais elle n’a pas été la moins engagée, précise MaryAnne Borrelli, s’impliquant notamment dans des causes pour le bien-être des enfants.

  • Laura Bush, femme de George W. Bush, s’est particulièrement engagée dans les collectes de fonds. L’ancienne enseignante avait notamment à cœur les questions touchant l’éducation.

    PHOTO ANDREW CUTRARO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

    Laura Bush, femme de George W. Bush, s’est particulièrement engagée dans les collectes de fonds. L’ancienne enseignante avait notamment à cœur les questions touchant l’éducation.

  • L’engagement politique de Hillary Clinton alors qu’elle était première dame lui a valu bien des critiques.

    PHOTO GREG GIBSON, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

    L’engagement politique de Hillary Clinton alors qu’elle était première dame lui a valu bien des critiques.

  • Jacqueline Kennedy demeure une image forte aux États-Unis, notamment pour sa résilience et son style. Hôtesse aguerrie, elle a revu la tenue des repas officiels à la Maison-Blanche pour favoriser les discussions.

    PHOTO CECIL STOUGHTON, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

    Jacqueline Kennedy demeure une image forte aux États-Unis, notamment pour sa résilience et son style. Hôtesse aguerrie, elle a revu la tenue des repas officiels à la Maison-Blanche pour favoriser les discussions.

  • Eleanor Roosevelt, femme de Franklin Delano Roosevelt, a été première dame des États-Unis de 1933 à 1945. Féministe engagée, partisane du mouvement des droits civiques, multilatéraliste convaincue, elle redéfinira le rôle de première dame en lui accordant une dimension politique et médiatique. Elle jouera un rôle déterminant dans la création de l’ONU et la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

    PHOTO TIRÉE DE WIKIMEDIA COMMONS

    Eleanor Roosevelt, femme de Franklin Delano Roosevelt, a été première dame des États-Unis de 1933 à 1945. Féministe engagée, partisane du mouvement des droits civiques, multilatéraliste convaincue, elle redéfinira le rôle de première dame en lui accordant une dimension politique et médiatique. Elle jouera un rôle déterminant dans la création de l’ONU et la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

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Michelle Obama, par exemple, a fait de la santé son cheval de bataille, luttant contre la malnutrition et l’obésité infantile en invitant les Américains à mieux s’alimenter et à bouger davantage. Sur le plan politique, le président Barack Obama tentait de son côté de réformer le système de santé pour assurer un meilleur accès aux soins.

« C’était très bien coordonné avec le programme politique du président », note Mme Borrelli.

Militaires et éducation

Jill Biden a été « seconde dame » pendant huit ans, lorsque son mari des 43 dernières années était le vice-président de Barack Obama. Dans une entrevue avec le magazine People en 2016, Michelle Obama avait témoigné de l’assiduité de sa comparse, qui continuait à corriger les travaux de ses élèves lors de leurs déplacements, ayant conservé son poste d’enseignante.

Les deux femmes ont travaillé ensemble notamment pour le soutien aux familles de militaires. Cette cause est chère au cœur des Biden, les deux fils du président désigné ayant servi dans l’armée. Il est fort probable que la future première dame continuera à s’impliquer dans cette cause.

PHOTO ANDREW HARNIK, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Jill Biden en campagne pour son mari l’automne dernier

Elle devrait aussi poursuivre son travail pour défendre l’éducation et l’importance des établissements communautaires d’enseignement postsecondaire.

Elle pourrait utiliser les relations forgées au fil de ses nombreuses années comme femme de sénateur pour faire avancer sa cause, croit Kate Andersen Brower, journaliste et auteure du livre First Women.

Si elle veut que quelque chose soit fait – et elle va faire de l’éducation une priorité – elle va probablement parler à des membres du Congrès. On va la voir être plus politique que, par exemple, Melania Trump.

Kate Andersen Brower, journaliste et auteure

Elle devra cependant garder un équilibre dans son engagement politique, puisque la droite et une frange des électeurs n’aiment pas voir les premières dames trop impliquées directement dans l’arène politique, note Mme Andersen Brower, citant l’exemple de Hillary Clinton.

La décision de Jill Biden de conserver son emploi d’enseignante est inhabituelle. « Elle sera une première dame révolutionnaire », dit Mme Andersen Brower, qui pense qu’il est important que les gens voient que la femme d’un président peut garder sa profession.

Alors que la crise de la COVID-19 sera au cœur du début du mandat de son mari, son implication dans le milieu scolaire avec toutes les difficultés de la pandémie envoie un message fort, croit Mme Borrelli, qui ajoute que les premières dames sont souvent des modèles pour le reste de la population.

Docteure en éducation

Le titre de Jill Biden, qui a un doctorat en éducation, a aussi fait couler beaucoup d’encre. En décembre dernier, le Wall Street Journal a publié un texte d’opinion de Joseph Epstein l’appelant à laisser tomber le « Dr » devant son nom, jugeant son usage trompeur puisqu’elle n’est pas médecin. Plusieurs personnalités ont réagi, y voyant notamment une forme de sexisme.

« Elle a travaillé fort pour ce titre et je ne pense pas qu’elle devrait être critiquée, estime Kate Andersen Brower. Je pense que c’est inutile. Si c’est comme ça qu’elle veut qu’on s’adresse à elle, on devrait s’adresser à elle comme ça. »

PHOTO GEORGE WIDMAN, AP

Jill Biden et son mari en 1987, alors que le sénateur du Delaware venait d’annoncer sa candidature à la présidentielle de 1988.

Elle n’est pas la première épouse d’un président américain à avoir fait des études supérieures ; Michelle Obama et Hillary Clinton sont toutes deux avocates. Mais elle est la première titulaire d’un doctorat.

Pour MaryAnne Borrelli, la réaction contre l’usage du titre reflète, d’une certaine manière, le rôle des femmes dans la société américaine.

« Le parcours universitaire des femmes aux États-Unis n’a pas été facile, rappelle-t-elle. Il y a encore une situation aux États-Unis où, pour plusieurs femmes – et même pour plusieurs hommes, en fait –, faire des études supérieures n’est pas une option. Nous avons une société qui s’ajuste encore à l’idée de femmes instruites. »

Une situation à laquelle la future première dame voudra certainement s’attaquer.

N.B. : L’usage du titre de docteur diffère en français et en anglais. Règle générale, La Presse utilise le titre de docteur avant un nom, employé absolument, pour les médecins, les dentistes et les vétérinaires, ou dans le cas des membres de certains ordres professionnels (en respectant les conditions du Code des professions du Québec). Pour les titulaires d’un doctorat, le terme docteur est utilisé après le nom de la personne.