Le règne de Trump a commencé par le Muslim Ban. Signe très clair que, pour Washington, la menace terroriste qu’il fallait combattre en toute priorité était la menace djihadiste.

Rima Elkouri Rima Elkouri
La Presse

Le règne de Biden commence au lendemain d’une attaque mortelle contre les élus du Capitole, qui rappelle que la menace intérieure du terrorisme d’extrême droite a été sous-estimée bien qu’elle soit plus grande.

Les États-Unis ont ainsi pu empêcher des étrangers ordinaires, suspects par association, d’entrer au pays simplement parce qu’ils venaient du « mauvais » pays. Mais ironiquement, ils n’ont pas pu empêcher de « bons » Américains d’extrême droite, dont le nom se trouvait pourtant sur la liste de surveillance des terroristes du FBI, d’entrer au Capitole le 6 janvier.

PHOTO CAROLYN KASTER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Des sympathisants de Donald Trump marchent vers le Capitole, qui a été pris d’assaut le 6 janvier dernier.

Combattre cette menace, alimentée par le pyromane en chef Donald Trump, constitue un défi extrême pour l’administration Biden. Un défi parmi d’autres, tout aussi colossaux – comme la pandémie qui a déjà emporté près de 400 000 Américains.

On peut faire un parallèle entre les deux, comme l’observait la Dre Bandy X. Lee, auteure du best-seller The Dangerous Case of Donald Trump et psychiatre à l’Université Yale, en entrevue avec mon collègue Nicolas Bérubé cette semaine. Car en propageant le mensonge voulant que l’élection ait été truquée, le président et ses alliés républicains en ont fait une dangereuse vérité alternative, créant une situation aussi incontrôlable que l’est la pandémie. « Une fois que le virus s’est propagé sans contrôle, c’est difficile d’intervenir », disait la Dre Lee, experte en prévention de la violence.

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Comme le coronavirus, le virus de la haine menant à la terreur d’extrême droite n’a pas été suffisamment pris au sérieux par la Maison-Blanche. Mais alors que Joe Biden peut au moins mettre sur pied un plan de vaccination pour combattre la COVID-19, il n’existe aucun vaccin contre cet autre virus.

Prévenir ? C’est possible, notamment en mettant au pas les réseaux sociaux qui font de la haine un fonds de commerce.

Guérir ? C’est plus complexe quand on a si longtemps ignoré la maladie et ses ravages.

Même si le FBI reconnaît que le terrorisme intérieur est une plus grande menace que le terrorisme djihadiste sur le sol américain, une certaine banalisation du premier perdure, expliquait cette semaine William Braniff, expert en terrorisme à l’Université du Maryland, dans une entrevue avec l’AFP.

Exemple : alors qu’un Américain peut être arrêté et poursuivi en justice s’il fait l’apologie en ligne du groupe armé État islamique, le même Américain ne risque rien s’il discute avec un groupuscule néonazi bien de chez lui, et ce, même s’il est en train de se constituer un arsenal !

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L’assaut du 6 janvier a mis en lumière de façon troublante cette banalisation de la menace d’extrême droite. Le Washington Post a révélé jeudi que la majorité des émeutiers pro-Trump du Capitole qui se trouvaient sur la liste de surveillance des terroristes du FBI sont de présumés suprémacistes blancs dont la conduite par le passé a tellement alarmé les enquêteurs que leurs noms avaient été précédemment inscrits dans la base de données nationale sur le filtrage des terroristes.

Comment expliquer que des douzaines de personnes officiellement « sous surveillance » aient été aussi peu surveillées ? Comment expliquer qu’elles aient pu entrer dans le Capitole comme dans un moulin, sans se buter à de robustes mesures de sécurité ?

C’est d’autant plus stupéfiant que tout indique que l’attaque du 6 janvier n’avait absolument rien d’improvisé. Selon le Washington Post, le FBI avait en main un rapport de renseignement interne sur les discussions sur l’internet concernant les plans d’attaque du Congrès. Ce n’était pas exactement une manifestation costumée pacifique qui a mal viré.

« Cessez d’appeler cela une marche, ou un rassemblement, ou une manifestation. Allez-y, prêts pour la guerre. Nous aurons notre président ou nous mourrons. Rien d’autre ne permettra d’atteindre cet objectif », lit-on dans les discussions qui ont précédé l’attaque.

Des documents judiciaires confirment que ces menaces étaient très sérieuses. Les militants pro-Trump qui ont pris d’assaut le Capitole cherchaient à « capturer et assassiner des élus », estiment des procureurs américains. Ils s’appuient notamment sur les propres paroles de Jacob Chansley, le conspirationniste QAnon et militant d’extrême droite déguisé en chaman à cornes lors de l’assaut qui fait partie des émeutiers arrêtés.

J’écris « émeutiers », mais il serait plus juste de parler de « terroristes intérieurs », comme l’a fait Joe Biden.

Le FBI définit le terrorisme intérieur comme des « actes violents et criminels commis par des individus et/ou des groupes pour atteindre des objectifs idéologiques découlant d’influences internes, telles que celles de nature politique, religieuse, sociale, raciale ou environnementale ».

Alors que le terrorisme des suprémacistes blancs, trop souvent banalisé, se fait plus menaçant que jamais, il reste à le prendre au sérieux, lui et ses pyromanes.