(Washington) Donald Trump a consacré mardi sa dernière visite de président au mur « anti-migrants » qu’il avait promis, en 2016, d’ériger à la frontière sud des États-Unis. S’il vante une « promesse tenue », la réalité est plus nuancée.

Agence France-Presse

Une promesse de campagne

« Je vais bâtir le plus grand mur que vous ayez jamais vu. Ce sera un mur Trump, un mur magnifique », avait promis Trump pendant la campagne présidentielle de 2016.  

PHOTO CARLOS BARRIA, REUTERS

Donald Trump a signé une plaque en son honneur posée sur le mur États-Unis–Mexique à Alamo. au Texas.

La barrière, le long des quelque 3200 kilomètres de la frontière avec le Mexique, devait, selon lui, protéger le pays des migrants irréguliers, criminels et trafiquants de drogue.

Le Mexique « paiera pour le mur, à 100 % », même si les Mexicains « ne le savent pas encore », promet-il alors.

« Promesse faite, promesse tenue », a assuré mardi la Maison-Blanche, alors que Donald Trump se rendait au Texas pour marquer l’achèvement de plus de 700 kilomètres de ce mur.

En fait, un tiers de la frontière avait déjà un mur ou une barrière avant son arrivée au pouvoir et il s’agit principalement d’améliorations ou de renforcements des structures existantes.

Une vingtaine de kilomètres

Les autorités ne fournissent pas le détail, mais, selon les médias américains, seule une vingtaine de kilomètres concernerait de nouvelles constructions.  

Prolonger le mur est en effet plus complexe, car il faut récupérer des terres qui appartiennent généralement à des entités privées, ce qui constitue un casse-tête légal.  

Les travaux ont commencé sur 300 km supplémentaires et 240 sont en phase de préconstruction, selon le ministère de la Sécurité intérieure.

Plus qu’un mur, il s’agit généralement de barrières métalliques équipées de matériel technologique (lumières, caméras…) pour repérer les mouvements des migrants irréguliers.

Le président désigné Joe Biden a dit qu’il n’y aurait « pas un kilomètre de plus construit » sous son mandat. Il n’a pas précisé s’il interromprait les chantiers engagés.

Aux frais du contribuable

Le Congrès a débloqué plus de 5 milliards depuis 2016 pour le financement du mur.

Mais les démocrates, qui ont repris le contrôle de la Chambre des représentants à mi-mandat, n’ont pas voulu octroyer davantage de fonds à ce projet. Le bras de fer a provoqué 35 jours de fermeture partielle de l’administration fédérale au tournant de 2018-2019, un record.  

Finalement Donald Trump a contourné le Congrès en puisant directement dans le budget du Pentagone. Le ministère de la Défense a alloué au total près de dix milliards de dollars au projet.

« Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le trafic de drogue, les franchissements de frontière et la contrebande ont diminué dans les zones où les barrières existent », affirmait en octobre le ministère de la Sécurité intérieure.

Pour quelle efficacité ?

Après un pic en 2019, les arrestations à la frontière ont bien chuté en 2020, mais il est difficile de démêler l’impact de la pandémie, celle du mur et des autres restrictions migratoires.

Quant au trafic de stupéfiants, selon les experts, il transite majoritairement par les points d’entrée officiels (ports, aéroports, postes-frontière).  

Pour le reste, le mur a tout de même poussé les trafiquants à emprunter des voies d’accès plus faciles à repérer, comme des tunnels ou des bateaux au large de la Californie du Sud.