(Sydney) L’invasion du Congrès des États-Unis par des manifestants pro-Trump porte un coup très rude à l’image internationale des États-Unis qui se posent volontiers en phare de la démocratie, suscitant consternation chez ses alliés et railleries chez ses adversaires.

Andrew BEATTY
Agence France-Presse

À la vue du spectacle d’un groupe de partisans du pouvoir en place prenant d’assaut un parlement pour demander l’annulation d’une élection, les diplomates américains se précipitent généralement sur les ordinateurs pour rédiger des communiqués de condamnation.

Mais après le chaos observé au Capitole, les rôles se sont inversés et ce sont les capitales étrangères qui ont lancé des appels au calme, voire mis en garde leurs ressortissants, comme l’Australie qui s’est inquiétée d’un « potentiel de violence » aux États-Unis.

Un comble pour un pays qui depuis plus d’un siècle ne cesse à chaque épreuve de vanter les vertus de sa démocratie, célébrée par l’ancien président américain Ronald Reagan comme une « ville qui brille sur la colline ».

Voilà longtemps que cette image ne fait plus l’unanimité. Mais après quatre années de présidence Trump, il a fallu quelques heures pour que les États-Unis tombent complètement de leur piédestal.

Au point que l’ex-président américain George W. Bush lui-même se soit ému d’un spectacle digne d’une « république bananière ».

À l’étranger, certains ont invoqué des évènements historiques pour tenter de prendre la mesure de l’invasion sans précédent aux États-Unis du symbole de la démocratie américaine.

Condescendant ou narquois

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas l’a comparée à l’incendie du Reichstag pendant la période nazie, quand le journal italien La Repubblica faisait un parallèle avec la « Marche sur Rome » de Benito Mussolini.

Au-delà du choc, beaucoup s’inquiètent de l’impact durable de cet évènement sur l’image de la première puissance mondiale.

« Les Américains ne doivent pas se faire d’illusion », avertit à l’AFP Ben Rhodes, ancien conseiller diplomatique de Barack Obama. « Les images d’aujourd’hui, comme la présidence Trump, altéreront de façon permanente la façon dont les États-Unis sont perçus dans le monde. »

« Ce qui est tragique, c’est que cette atteinte à la démocratie se produit au moment où le populisme progresse sur tous les continents. »

L’empathie était tout sauf unanime après le chaos au Capitole. Il a pour certains pays été l’occasion de prendre une revanche sur les États-Unis, avec un ton parfois condescendant, ou parfois franchement narquois.

Singeant les communiqués qui émanent bien souvent de Washington, le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Jorge Arreaza a fait part de sa « préoccupation » après ces violences, en appelant les États-Unis à prendre le chemin de « la stabilité et la justice sociale ».

De son côté, le président iranien Hassan Rohani y a vu la preuve que la démocratie occidentale est « fragile et vulnérable ».  

Et au lendemain d’un vaste coup de filet dans les milieux pro-démocratie hongkongais qui a été condamné par Washington, le quotidien nationaliste chinois Global Times a fanfaronné en affirmant que les « bulles de “démocratie et liberté” éclataient ».

Difficile de « faire la leçon »

Mike Gallagher, élu républicain du Wisconsin, ne pouvait que se lamenter : « Si nous croyons que les autres pays ne nous regardent pas en ce moment, si nous croyons que le Parti communiste chinois n’est pas en train de rigoler, alors nous nous mentons à nous-mêmes. »

Certains alliés des États-Unis comme le ministre irlandais des Affaires étrangères Simon Coveney ont bien cherché à atténuer la portée de l’évènement en soulignant que le problème venait de Donald Trump et ne reflétait pas ce qu’est la démocratie américaine.

« Il faut appeler cela par son nom : une attaque délibérée de la démocratie par un président en exercice et par ses partisans », a-t-il dit.

Mais même ceux qui pensent que les États-Unis peuvent se relever rapidement des années Trump s’inquiètent du fait que la capacité du pays à porter dans le monde les valeurs de la démocratie et de l’État de droit soit irrémédiablement entamée.

« Ce n’est pas seulement qu’il va falloir du temps avant que nous soyons à nouveau crédibles dans la défense de l’État de droit », avertit l’ancien diplomate américain Richard Haass.  

« C’est aussi qu’il faudra du temps pour persuader nos alliés qu’ils peuvent compter sur nous, ou pour pouvoir faire la leçon aux autres sur le fait qu’ils ne seraient pas suffisamment stables pour avoir l’arme nucléaire. »