« Où sont-ils ? » a demandé un partisan de Donald Trump à une foule d’une dizaine de personnes errant dans les couloirs du Capitole, portant des drapeaux de Trump et frappant aux portes.

Mary Clare Jalonick, Andrew Taylor, Lisa Mascaro et Calvin Woodward
Associated Press

« Ils », ce sont les législateurs, les membres du personnel et d’autres, qui se cachaient sous des tables et ailleurs, priaient et constataient de très près les fruits de la division de leur pays.

Des coups de feu ont été tirés. Quatre personne ont été tuées. Un drapeau de Donald Trump était accroché au Capitole. La gracieuse Rotonde puait les gaz lacrymogènes. De la vitre était éclatée.

Mercredi, les espaces du sanctuaire de la démocratie américaine, les uns après les autres, ont été souillés par les occupants du Congrès.

Les émeutiers, des partisans de Donald Trump, ont occupé la chaise du président du Sénat, les bureaux de la présidente de la Chambre et l’estrade du Sénat, où l’un d’eux a crié : « Trump a remporté cette élection ».

Ils se sont moqués de leurs dirigeants, posant pour des photos dans le bureau de la présidente de la Chambre Nancy Pelosi, l’un des occupants avait ses pieds appuyés sur son bureau, un autre était assis au même siège que le vice-président Mike Pence avait occupé quelques instants auparavant pendant les travaux pour certifier le vote du collège électoral.

PHOTO MANUEL BALCE CENETA, AP

Des émeutiers pro-Trump dans le Capitole

Cette journée a commencé par une autre tentative futile du président Donald Trump de s’accrocher au pouvoir alors que le Congrès se réunissait pour certifier la victoire du président élu Joe Biden. Cela s’est transformé en scènes de peur, d’angoisse et de stupéfaction qui ont laissé un rituel primordial de la démocratie américaine en lambeaux.

Donald Trump a dit à ses partisans réunis en matinée à l’Ellipse, au sud de la Maison-Blanche, qu’il les accompagnerait pour « marcher sur le Capitole », mais il ne l’a pas fait.

« Si vous ne vous battez pas comme en enfer, vous n’aurez plus de pays », a-t-il déclaré. « Laissez sortir les faibles », a-t-il poursuivi. « C’est le temps de montrer votre force. »

Son avocat, Rudy Giuliani, a déclaré à la foule : « Faisons un procès par le combat. »

Ce qui s’est passé mercredi n’était rien de moins qu’une tentative de coup d’État, a déclaré la représentante démocrate Diana DeGette, du Colorado. Le sénateur Ben Sasse, un républicain du Nebraska et un fréquent critique de Donald Trump, a déclaré : « aujourd’hui, le Capitole des États-Unis-le plus grand symbole de l’autonomie gouvernementale au monde-a été saccagé pendant que le chef du monde libre se blottissait derrière son clavier. »

AP

Le sénateur républicain du Nebraska Ben Sasse

Ben Sasse a poursuivi : « Les mensonges ont des conséquences. Cette violence était le résultat inévitable et affreux de la dépendance du président à créer la division. »

Les autorités ont finalement repris le contrôle à la tombée du jour.

Des officiers lourdement armés ont commencé à utiliser des gaz lacrymogènes dans un effort coordonné pour amener les occupants à se déplacer vers la porte, puis ont passé au peigne fin les couloirs. Ils ont repoussé les manifestants plus loin devant le Capitole et sur la pelouse, dans des nuages de gaz lacrymogène.

Des séquences vidéo ont également montré des agents laissant les occupants sortir calmement par les portes du Capitole malgré les émeutes et le vandalisme. Une douzaine d’arrestations seulement ont été effectuées dans les heures qui ont suivi la reprise du contrôle par les autorités. Ils ont déclaré qu’une femme avait reçu une balle dans la poitrine à l’intérieur du bâtiment pendant le chaos, elle a été emmenée à l’hôpital où son décès a été constaté.

PHOTO SHANNON STAPLETON, REUTERS

Une douzaine d’arrestations seulement ont été effectuées dans les heures qui ont suivi la reprise du contrôle par les autorités.

Très tôt, certains à l’intérieur du Capitole ont appréhendé le problème en regardant par les fenêtres. Le représentant démocrate Dean Phillips du Minnesota a examiné la foule croissante sur le terrain peu de temps après que Donald Trump se soit adressé à ses partisans, alimentant leurs griefs au sujet d’une élection que lui et eux disent avoir gagnée, contre toute preuve.

« J’ai regardé par les fenêtres et j’ai pu voir à quel point la police du Capitole était dépassée », a déclaré Dean Phillips. Les partisans de Donald Trump affrontaient les policiers qui les aspergeaient de gaz poivré pour tenter de les retenir.

Cela n’a pas fonctionné. Des foules de manifestants sans masque coiffés de casquette et tuques MAGA ont démoli des barricades métalliques au pied des marches du Capitole. Certains dans la foule criaient « traîtres » alors que les officiers tentaient de les retenir. Ils sont entrés par effraction dans le bâtiment.

Des avertissements ont retenti : en raison d’une « menace de sécurité externe », personne ne pouvait entrer ou sortir du complexe du Capitole, selon l’enregistrement. Une forte détonation a retenti lorsque les policiers ont fait exploser un colis suspect pour s’assurer qu’il n’était pas dangereux.

Il était environ 13 h 15 quand le représentant du New Hampshire Chris Pappas, un démocrate, a déclaré que la police du Capitole avait frappé à sa porte et « nous avait dit de tout laisser tomber, de sortir aussi vite que possible. »

« La rapidité avec laquelle les forces de l’ordre ont été submergées par ces manifestants était époustouflante », a-t-il déclaré à l’Associated Press.

Peu après 14 heures, le sénateur républicain Chuck Grassley de l’Iowa et le vice-président Mike Pence ont été évacués du Sénat alors que les manifestants et la police criaient devant les portes.

PHOTO ANDREW HARNIK, AP

La police a évacué la chambre à 14 h 30, saisissant les boîtes de certificats du collège électoral à leur départ.

« Les manifestants sont dans le bâtiment » ont été les derniers mots captés par un microphone diffusant une émission en direct du Sénat avant qu’il ne s’éteigne.

La police a évacué la chambre à 14 h 30, saisissant les boîtes de certificats du collège électoral à leur départ.

Dean Phillips a crié aux républicains : « C’est à cause de vous ! »

Le représentant Scott Peters, un démocrate de Californie, a déclaré aux journalistes qu’il était dans la Chambre des représentants lorsque les manifestants ont commencé à la prendre d’assaut. Il a déclaré que les agents de sécurité ont exhorté les législateurs à mettre des masques à gaz et les ont rassemblés dans un coin de l’immense pièce.

« Quand nous sommes arrivés de l’autre côté de la galerie, du côté républicain, ils nous ont tous fait descendre, on pouvait voir qu’ils repoussaient une sorte d’agression », a-t-il dit. « Ils avaient mis un meuble contre la porte à l’entrée au sol depuis la rotonde, et ils avaient retiré leurs armes ». Les officiers ont finalement escorté les législateurs hors de la chambre.

Peu de temps après avoir reçu l’ordre de mettre des masques à gaz, la plupart des représentants ont été rapidement escortés hors de la chambre. Mais certains membres sont restés dans les sièges de la galerie supérieure, où ils étaient assis en raison des mesures sanitaires.

Avec un groupe de journalistes qui avaient été escortés de la zone de presse et des employés du Capitole, des représentants se sont baissés au sol alors que la police sécurisait une porte de la chambre avec des armes pointées. Après s’être assuré que les couloirs étaient dégagés, la police a escorté rapidement les représentants et d’autres personnes dans une série de couloirs et de tunnels jusqu’à une cafétéria dans l’un des immeubles de bureaux de la Chambre.

Décrivant la scène, le représentant démocrate Jim Himes du Connecticut a déclaré : « il y avait un moment où les officiers avaient leurs armes pointées vers la porte, ils s’attendaient manifestement à une brèche par la porte. Il était clair qu’il était assez proche d’appuyer sur la détente, alors ils nous ont tous demandé de descendre dans la chambre. »

En quittant le Capitole, Jim Himes a déclaré qu’il avait vécu en Amérique latine et « a toujours pensé que cela ne pourrait jamais arriver ici ».

« Nous savons depuis des années que notre démocratie était en péril et nous espérons qu’il s’agit du pire et du dernier moment », a déclaré Jim Himes. « Mais avec un président qui encourage ces gens, avec les républicains faisant tout ce qu’ils peuvent pour essayer de donner aux gens le sentiment que leur démocratie leur a été enlevée même si ce sont eux qui détiennent le pouvoir, c’est vraiment difficile, vraiment triste. J’ai passé toute ma carrière politique à tendre la main de l’autre côté. Et c’est vraiment difficile de voir ça. »

Le représentant démocrate de l’Illinois, Mike Quigley, était également sur le balcon. « Ce n’est pas bon d’être entouré de collègues terrifiés, avec des armes à feu dirigées vers des gens qui sont barricadés… des gens qui pleurent. Ce n’est pas ce que vous voulez voir », a-t-il dit.

« C’est ainsi qu’un coup d’État est lancé », a déclaré le représentant Jimmy Gomez, un démocrate de Californie. « C’est ainsi que la démocratie meurt. »