(Washington) La Géorgie pourrait rendre un autre verdict électoral impensable il y a à peine trois mois. Après avoir préféré en novembre un premier candidat démocrate à la Maison-Blanche depuis 1992, cet ancien bastion conservateur était le point de virer ses deux sénateurs républicains à l’issue du second tour des élections sénatoriales les plus médiatisées de l’histoire américaine.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

Le démocrate Raphael Warnock, pasteur afro-américain, a d’abord remporté son pari, en étant désigné vainqueur par l’Associated Press tard dans la nuit. Avec 97 % des voix dépouillées, il devançait la sénatrice sortante Kelly Loeffler par plus de 40 000 votes, ayant récolté 50,5 % des suffrages contre 49,5 % pour sa rivale. Il devient ainsi le premier Noir élu au Sénat des États-Unis en Géorgie, ancien État ségrégationniste.

« Que mon histoire soit une inspiration pour de jeunes gens qui veulent leur part du rêve américain », a-t-il déclaré au moment de revendiquer la victoire plus tôt en soirée.

L’autre candidat démocrate, Jon Ossoff, un producteur de documentaires, a effacé son retard au cours de la nuit dans la course l’opposant au sénateur sortant David Perdue. Au moment de publier, il avait pris une courte avance sur son rival (9527 voix).

Ce doublé démocrate en Géorgie représenterait un cadeau inestimable pour Joe Biden à moins de deux semaines de son investiture à titre de 46e président des États-Unis. Il signifierait que le vainqueur du scrutin du 3 novembre serait épaulé pendant au moins les deux premières années de son mandat par une majorité démocrate dans les deux chambres du Congrès américain.

PHOTO BRIAN SNYDER, REUTERS

Une partisane républicaine n’a pu cacher sa déception pendant l’annonce des résultats, mardi soir, à Atlanta.

Forts de leurs victoires, Raphael Warnock et Jon Ossoff porteraient de 48 à 50 le nombre des sièges contrôlés par les démocrates au Sénat (sur un total de 100). Ces derniers deviendraient majoritaires grâce au vote dont disposerait la vice-présidente Kamala Harris à titre de présidente de la Chambre haute.

Cette majorité permettrait notamment aux démocrates de dicter l’agenda législatif du Sénat et de confirmer plus facilement les membres de la future administration Biden et les juges fédéraux que choisirait le nouveau président.

Des recomptages sont possibles dans les élections en Géorgie où un écart de 0,5 % ou moins sépare les candidats.

Trump montré du doigt

Avant même la fin du dépouillement des votes, Donald Trump a soulevé le spectre de la fraude électorale.

« Tout indique qu’ils mettent en place un grand « déchargement de votes » contre les candidats républicains. Ils attendent pour voir combien de votes ils ont besoin », a-t-il tweeté alors que les responsables électoraux du comté de DeKalb, château fort démocrate situé dans la région d’Atlanta, s’apprêtaient à ajouter quelque 170 000 nouveaux votes au total des suffrages dépouillés.

Ces votes ont permis à Raphael Warnock de reprendre les devants et à Jon Ossoff d’éliminer une bonne part de son retard sur David Perdue.

Selon les analystes, ce n’est pas la fraude qui a permis aux démocrates de se placer en position de l’emporter, mais la forte participation de l’électorat démocrate, et notamment des Noirs, combinée à une plus faible participation que prévu de l’électorat républicain.

Les attaques incessantes de Donald Trump contre l’intégrité du système électoral de la Géorgie auront peut-être contribué à une défaite éventuelle des candidats républicains. Au moins une des cibles de ses critiques ne doutait pas de l’effet négatif de ses allégations.

Je vais parler en dehors de mon rôle de fonctionnaire de l’État. C’est mon opinion personnelle que cela va tomber carrément sur les épaules du président Trump et de ses actions depuis le 3 novembre [si les républicains perdent].

Gabriel Sterling, responsable de la mise en place du vote en Géorgie, sur CNN

Joe Biden a consacré une partie de la journée électorale à tenter de convaincre les électeurs de Géorgie de voter pour les candidats de son parti. « J’ai besoin de vos votes au Sénat », a-t-il déclaré lors d’une entrevue accordée à une station radiophonique d’Atlanta. « L’enjeu est tellement important. »

« Si vous votez pour Jon et le révérend, des chèques de 2000 $ seront distribués », a-t-il ajouté, faisant allusion à l’aide promise aux Américains dans le cadre du plan de soutien à l’économie.

Le chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, a refusé à deux reprises de tenir un vote sur un projet de loi déjà approuvé par la Chambre des représentants qui aurait fait passer le montant des chèques envoyés aux Américains de 600 $ à 2000 $.

Une objection vouée à l’échec

Donald Trump, de son côté, s’est intéressé davantage à la journée de mercredi qu’à celle de mardi. « Le vice-président a le pouvoir de rejeter de grands électeurs choisis de manière frauduleuse », a-t-il déclaré sur Twitter, en référence à la certification du résultat de l’élection présidentielle par le Congrès.

Lors d’une rencontre tendue à la Maison-Blanche, Mike Pence a expliqué au président qu’il n’avait pas ce pouvoir, selon le New York Times. Seuls les élus de la Chambre et du Sénat peuvent s’opposer à la certification des grands électeurs, ce que plusieurs républicains ont promis de faire.

Leur objection est cependant vouée à l’échec, n’ayant pas l’appui d’une majorité des membres du Sénat ou de la Chambre.

À la fin de la soirée, le président a nié les informations du New York Times sur sa rencontre avec le vice-président, les qualifiant de « fausses nouvelles ». « Le vice-président et moi sommes tout à fait d’accord que le vice-président a le pouvoir d’agir », a-t-il affirmé dans un communiqué.