(New York) Pour la première fois en public vendredi, le démocrate Joe Biden s’est prononcé sur l’accusation d’agression sexuelle formulée contre lui par une ancienne collaboratrice

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

« Non, ce n’est pas vrai. Je dis sans équivoque que cela n’est jamais, jamais arrivé. »

Sous la pression de groupes progressistes et féministes, Joe Biden a commenté pour la première fois en public vendredi l’accusation d’agression sexuelle formulée contre lui par une ancienne collaboratrice, la niant catégoriquement.

« Elle a le droit de dire ce qu’elle veut dire. Mais j’ai le droit de dire : “Examinez les faits” et “Ce n’est tout simplement pas vrai” », a déclaré le candidat virtuel du Parti démocrate à la présidence lors d’une entrevue accordée à l’émission matinale de MSNBC.

Le 25 mars dernier, Tara Reade a accusé Joe Biden de l’avoir poussée contre un mur et de l’avoir pénétrée avec ses doigts dans un couloir du sénat. Les faits allégués remontent à 1993, époque où son accusatrice travaillait dans le bureau de celui qui était alors sénateur du Delaware.

Aujourd’hui âgée de 56 ans, Tara Reade a figuré parmi les huit femmes qui ont reproché à Joe Biden, en avril 2019, des gestes déplacés. Elle avait alors raconté que son ancien patron avait mis ses mains sur ses épaules et sur son cou. Son accusation d’agression sexuelle a été corroborée cette semaine par une ancienne voisine, qui dit avoir reçu ses confidences à ce sujet en 1995 ou 1996.

Le témoignage de cette ancienne voisine et deux autres éléments nouveaux de moindre importance ont contribué à faire monter la pression sur Joe Biden. Lors de son entrevue sur MSNBC, l’ancien vice-président a non seulement nié les allégations de Tara Reade, mais également demandé aux Archives nationales de fouiller ses documents pour retracer toute plainte que son ancienne collaboratrice dit avoir déposée en 1993.

Deux poids, deux mesures ?

Cette semaine, Tara Reade a confirmé de nouveau à une journaliste d’ABC, hors caméra, s’être plainte au bureau du personnel du Sénat que Joe Biden « l’avait mise mal à l’aise ». Elle a précisé qu’elle n’avait pas fait état d’une « agression » dans sa plainte. Elle doit accorder dimanche une entrevue à Fox News.

Accusé par plus de 20 femmes d’attouchements non désirés ou d’agressions sexuelles, Donald Trump s’est gardé d’exploiter cette affaire.

Cela pourrait être de fausses accusations. Je sais tout quant aux fausses accusations. J’ai été faussement accusé à de nombreuses reprises.

Donald Trump, jeudi lors d’un point de presse

Invité d’une émission balado vendredi, le président a ajouté : « Je dirais juste à Joe Biden : lève-toi et bats-toi. »

Les alliés du président, dont son fils aîné, n’ont toutefois pas retenu leurs coups. Ils ont accusé les démocrates et les médias de pratiquer une politique de deux poids, deux mesures, concernant les allégations de Tara Reade.

« [Nancy] Pelosi en bref : croyez toutes les femmes, sauf quand c’est politiquement gênant ! », a tweeté Donald Trump fils jeudi après que la présidente de la Chambre des représentants eut estimé satisfaisante la façon dont Joe Biden avait répondu jusque-là à l’accusation de Tara Reade.

CAPTURE VIDÉO DE L’ÉMISSION MORNING JOE, FOURNIE PAR ASSOCIATED PRESS

Joe Biden en entrevue avec l’animatrice
de MSNBC Mika Brzezinski, vendredi

Joe Biden a lui-même dû se défendre contre l’accusation d’hypocrisie vendredi matin. L’animatrice de MSNBC Mika Brzezinski lui a rappelé qu’il avait demandé aux Américains de croire Christine Blasey Ford lorsque la professeure d’université a accusé le juge conservateur Brett Kavanaugh de l’avoir violée à l’adolescence.

« Les femmes doivent être crues, se voir accorder le bénéfice du doute », a répondu l’ancien vice-président à l’animatrice. Il a cependant affirmé que « la présomption qu’elles disent la vérité » ne devait pas dispenser d’examiner « les circonstances et les faits ». « Et les faits dans ce cas-ci n’existent pas », a-t-il ajouté en déplorant des « incohérences dans l’histoire » de Tara Reade.

Zone d’ombre

Michael Stern, ancien procureur fédéral, a signé cette semaine une tribune virale dans le USA Today sur les aspects les plus problématiques de l’histoire de Tara Reade. Ceux-ci touchent notamment aux versions changeantes de la victime présumée concernant ses allégations contre Joe Biden et aux circonstances de son départ de son emploi au Sénat.

Ils concernent également l’évolution politique de Tara Reade, qui a exprimé à maintes reprises son admiration pour Joe Biden avant de devenir l’une de ses critiques les plus féroces sur les réseaux sociaux après sa décision d’appuyer Bernie Sanders dans la course à l’investiture démocrate. Et ils incluent une explication douteuse sur un texte où elle confesse son admiration pour Vladimir Poutine.

La défense de Joe Biden comporte elle-même au moins une zone d’ombre que ses adversaires politiques ne devraient pas manquer d’exploiter.

Malgré les questions répétées de Mika Brzezinski, l’ancien vice-président a rejeté l’idée de desceller les documents de ses années au Sénat, aujourd’hui sous scellés à l’Université du Delaware.

« Il n’y a là aucun document concernant le personnel », a-t-il dit.

Son refus de rendre publics ses dossiers légués à l’Université du Delaware fait partie des moments les moins convaincants de l’entrevue accordée par Joe Biden, selon Khadijah White, professeure de journalisme à l’Université Rutgers, au New Jersey.

« Il n’y a rien dans cette entrevue qui démontre vraiment comment Joe Biden fonctionne en tant que leader, comment il traite les femmes au sein de son personnel ou comment les critères de son personnel ont changé avec la culture », a-t-elle affirmé à La Presse. « Il semblait moins préoccupé par l’importance de l’accusation, et ce qu’elle dit sur lui comme leader, que par le souci de se défendre. »