(Washington) Pour reconstituer une base industrielle abandonnée au fil des ans au profit de la Chine, le Pentagone investit des centaines de millions de dollars dans l’achat de masques, de tests et autres produits pharmaceutiques.

Sylvie LANTEAUME
Agence France-Presse

Le ministère américain de la Défense s’est vu attribuer un fonds d’un milliard de dollars au titre du « Defense Production Act » qui permet au gouvernement fédéral de mobiliser le secteur industriel privé pour les besoins de la sécurité du pays.

L’objectif est de « permettre au gouvernement américain de se doter d’une capacité industrielle à long terme destinée à répondre aux besoins de la nation », a souligné jeudi la coordinatrice des acquisitions pour le Pentagone, Ellen Lord.

« Ce que je voudrais, c’est que les États-Unis aient la capacité et le volume de production suffisants pour que nous puissions prendre soin de nous-mêmes en cas de besoin », a-t-elle précisé au cours d’une conférence de presse.

« Nous avons à ce stade des problèmes de sécurité nationale avec la Chine », a-t-elle ajouté. « Je pense que nous avons compris que notre dépendance à l’égard de la Chine était supérieure à ce qu’elle devrait être ».

Plusieurs contrats ont déjà été attribués, notamment un de 133 millions de dollars pour la production de masques chirurgicaux N95 accordé à trois sociétés américaines : 3M, Honeywell et Owens & Minor.

Ces contrats annoncés le 20 avril porteront la production américaine de masques N95 à 13 millions par mois.

Avant la crise, la Chine produisait près de la moitié des importations américaines de masques de protection, dont la pénurie est aujourd’hui criante.

« Fragilité sur plusieurs fronts »

Une société du Maine spécialisée dans la fabrication d’écouvillons, ces grands cotons-tiges nécessaires aux prélèvements nasaux qui servent aux tests, a reçu cette semaine un contrat de 75,5 millions de dollars.

La production de Puritan Medical doublera à 40 millions d’unités par mois dès mai, et la société, qui compte 500 employés, va embaucher 150 personnes de plus, a expliqué la responsable du Pentagone.

Outre le Defense Production Act, le Pentagone utilise ses fonds pour fournir des masques, des gants et des respirateurs aux hôpitaux du pays, qu’il s’agisse de cliniques privées ou d’hôpitaux de campagne.

Le ministère de la Défense a ainsi attribué un contrat de 450 millions de dollars à Battelle, un institut de recherche à but non lucratif de l’Ohio, pour 60 unités de stérilisation de masques chirurgicaux N95.

Ces unités qui désinfectent les masques par vaporisation d’eau oxygénée permettent de les réutiliser jusqu’à 20 fois.

L’idée est de répondre aux besoins immédiats, puis de reconstituer les réserves stratégiques du pays et enfin de disposer d’une production nationale suffisante pour ne plus dépendre des importations, a expliqué Ellen Lord.

« Nous avons appris que nous avions une fragilité, sur plusieurs fronts », a-t-elle noté. Nous étions trop dépendants de sources étrangères « .

Outre les tests, les États-Unis sont encore très dépendants de la Chine et de l’Inde pour les principes actifs indispensables à la production de médicaments.

Lors d’une audition parlementaire l’an dernier, il avait été signalé que plus de 80 % de ces ingrédients pharmaceutiques cruciaux étaient importés par Washington.

Cette stimulation du Pentagone n’est que temporaire, a prévenu Mme Lord.

 » Nous nous arrêterons une fois que nous aurons la capacité, la compétence et le volume de production « suffisamment robustes, a-t-elle dit.