(Washington) Le secrétaire à l’US Navy Thomas Modly, vivement critiqué pour sa gestion de la crise provoquée par la contamination au coronavirus du porte-avions nucléaire Theodore Roosevelt, a démissionné, a annoncé mardi le secrétaire américain à la Défense Mark Esper.

Sylvie LANTEAUME
Agence France-Presse

« Ce matin, j’ai accepté la démission de M. Modly. Il a démissionné de lui-même […] pour que la Navy puisse passer à autre chose », a tweeté le secrétaire, alors que des informations sur le départ de M. Modly commençaient à sortir dans la presse américaine.

M. Modly avait révoqué jeudi le commandant du porte-avions, le capitaine de vaisseau Brett Crozier, qui quelques jours plus tôt avait tiré le signal d’alarme dans une lettre aux accents dramatiques pour faire évacuer son navire immobilisé à l’île de Guam dans le Pacifique, plusieurs cas de COVID-19 ayant été enregistrés dans le bâtiment.

PHOTO ARCHIVES US NAVY, VIA REUTERS

Brett Crozier

« Nous ne sommes pas en guerre. Il n’y a aucune raison que des marins meurent », s’exclamait le capitaine Crozier dans cette missive qui a fuité et a été publiée par le quotidien californien San Francisco Chronicle.

La hiérarchie de la Navy, qui refusait initialement d’évacuer complètement les quelque 4800 membres de l’équipage, préférant ne faire partir du navire que les cas déclarés de COVID-19, a finalement accéléré les tests et évacué une grande partie des marins.

M. Modly s’est rendu lundi à Guam pour défendre sa décision de révoquer le commandant Crozier auprès de son équipage, qui avait acclamé ce dernier à son départ du bateau, filmant des vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux.  

Le secrétaire à la Navy s’est rendu à bord du Theodore Roosevelt et dans un discours qui a lui aussi immédiatement fuité dans la presse, il a critiqué le commandant Crozier.

S’il ne pensait pas que sa lettre finirait par être publiée, « il était trop stupide ou trop naïf pour commander un navire comme celui-ci », a-t-il notamment dit à l’équipage.

Il a aussi insisté dans ce discours de 15 minutes sur le fait que les militaires ne devaient pas faire confiance aux médias, trop partiaux selon lui. « Leur parti pris dépend de leur couleur politique », a ajouté M. Modly. « Ils sont là pour nous diviser ».

« Indigne »

Cette diatribe contre les médias a fait immédiatement penser aux critiques fréquentes du président Donald Trump à l’égard de la presse, ce qui a provoqué de vives réactions au Congrès, où plusieurs élus ont demandé la démission de M. Modly.

M. Esper, qui avait d’abord défendu son secrétaire à la Navy, a donc finalement accepté sa démission. Il a nommé l’actuel sous-secrétaire à l’armée de terre, Jim McPherson, secrétaire à la Navy par intérim.  

M. McPherson est un ancien amiral qui saura « rétablir la confiance et la stabilité au sein de la Navy pendant cette période difficile », a-t-il indiqué dans un communiqué.

M. Esper a souligné qu’aucune décision sur le sort du commandant Crozier ne serait prise avant les conclusions d’une enquête en cours sur l’incident.

« Il faut maintenant donner la priorité aux besoins de la Navy, y compris à l’équipage du Teddy Roosevelt, et passer à autre chose, tous ensemble », a-t-il conclu.  

Le comportement de M. Modly « n’était pas digne de celui d’un chef de l’US Navy, particulièrement en période de crise, et il a fait du tort au commandant Crozier, aux marins du Theodore Roosevelt, et à l’ensemble de l’US Navy », a commenté le démocrate Jack Reed, un membre influent de la commission des Forces armées du Sénat, se félicitant de la décision de M. Esper.

« La démission de M. Modly est justifiée et méritée », a tweeté le candidat démocrate à la présidentielle Joe Biden. « Ses remarques désobligeantes étaient totalement indignes de la fonction qu’il occupait. Nos marins, notre pays et le commandant Crozier méritent mieux ».