Avec plus de 160 000 cas confirmés et plus de 3000 morts, les États-Unis occupent la première place dans le monde pour le nombre de citoyens atteints par la COVID-19. Si trois Américains sur quatre sont aujourd’hui confinés à la maison, nombreux sont ceux qui rechignent toujours à se soumettre aux consignes des autorités.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Un pasteur de Floride qui a célébré dimanche deux messes de plusieurs heures auxquelles des centaines de personnes ont assisté malgré la crise de la COVID-19 a été arrêté lundi par les autorités de Tampa.

Rodney Howard-Browne, qui a déjà prié avec Donald Trump à la Maison-Blanche en 2017, se vantait de ne pas respecter l’ordre de confinement du comté de Hillsborough, où les rassemblements de plus de 10 personnes sont interdits.

« Je sais qu’ils essaient d’empêcher que l’église soit opérationnelle, mais nous ne sommes pas un service non essentiel », a déclaré Howard-Browne, sous les applaudissements, durant un service religieux à l’église River Church aussi diffusé sur YouTube. 

« Et nous sommes totalement couverts par la loi. Par quelle loi sommes-nous couverts ? Par le premier amendement à la Constitution. »

Il y a quelques jours, le pasteur incitait les membres de la congrégation à se serrer la main afin de montrer qu’ils n’avaient « pas peur » du coronavirus.

« Son mépris dangereux pour la vie humaine a mis en danger des centaines de personnes dans sa congrégation et des milliers de résidants qui pourraient interagir avec eux cette semaine », a déclaré le shérif du comté de Hillsborough, Chad Chronister, lors d’un point de presse.

Lundi soir, environ trois Américains sur quatre étaient soumis à un ordre de confinement à la maison. Le président Donald Trump a dit que les mesures de confinement allaient durer au moins jusqu’en mai. Des experts ont affirmé que jusqu’à 200 000 Américains pourraient être tués par le virus durant la crise de la COVID-19.

Engagé dans une course contre la montre pour faire face au pic de l’épidémie, la ville de New York a salué lundi l’arrivée du USNS Comfort, un navire-hôpital militaire de 1000 lits. Il doit permettre de décharger les hôpitaux de malades ne nécessitant pas de soins liés au coronavirus.

PHOTO MIKE SEGAR, REUTERS

Le USNS Comfort 

Rebelles et fiers de l’être

À l’image du pasteur Howard-Browne et de sa congrégation, de nombreux partisans du président Trump ont décidé que toutes les mesures de confinement et de distanciation sociale ne sont pas nécessaires, et prennent plaisir à les ignorer.

Plusieurs exemples ont été rapportés, notamment par le magazine The Atlantic, y compris des joueurs de golf d’Atlanta qui se serraient très fort la main et se donnaient l’accolade en disant que le virus était « un canular » ou des républicains du Texas qui se rendent toujours au stand de tir en groupe.

Michael LaBossiere, auteur, professeur de philosophie à la Florida A & M University et spécialiste des théories du savoir, note que cette attitude de défiance a le pouvoir d’aller en augmentant au cours des prochaines semaines.

Les partisans de Trump mènent depuis longtemps une ‟guerre contre les experts” : ils sont sceptiques de tout ce qu’ils lisent, et préfèrent se fier au président. Comme le président et Fox News ont dit pendant des semaines que le coronavirus n’était pas important, c’est ce qu’ils croient.

Michael LaBossiere, auteur, professeur de philosophie à la Florida A & M University

Dans la vie de tous les jours, ces gens ne mettent pas en pratique les règles de la santé publique. M. LaBossiere a lui-même dû éviter un groupe qui se tenait en rang serré sur la piste cyclable sur laquelle il faisait une sortie de jogging dimanche. « J’ai dû sortir de la piste et courir dans les buissons pour les éviter — ils ne laissaient aucune distance. Ils m’ont lancé : ‟On n’est pas si dangereux !” »

Ces gens risquent de causer deux problèmes : propager le virus dans leur communauté et mettre des travailleurs essentiels (commis de supermarché, professionnels de la santé, etc.) en danger, dit-il. « C’est particulièrement inquiétant, car ils vont présumément ne respecter aucune consigne et mettre la santé des gens en jeu. Ils ne vont probablement pas finir par être une menace importante dans cette pandémie, mais ils vont quand même causer des morts et des souffrances évitables. »

Gagner la bataille

Les États-Unis sont devenus au cours des derniers jours le pays avec le plus de cas confirmés — plus de 160 000 et plus de 3000 morts, selon les derniers chiffres communiqués lundi par l’Agence France-Presse. L’État le plus touché est New York, avec plus de 66 000 cas. Il est suivi du New Jersey (près de 17 000 cas), du Michigan et de la Californie (près de 7000 cas chacun).

En point de presse, le gouverneur de New York Andrew Cuomo a dit que le virus a « un temps d’avance » sur ceux qui tentent de le combattre.

« On ne gagne jamais à essayer de rattraper son retard. Il faut planifier pour dans deux, trois, quatre semaines, lorsque ce sera le pic [de l’épidémie], et être sûrs qu’on sera alors en position de gagner la bataille. »

Le maire Bill de Blasio a souligné que la Ville avait encore besoin en urgence, seulement pour tenir la semaine, de 400 respirateurs artificiels et de renforts de personnel médical. 

248 Canadiens

Par ailleurs, deux navires de croisière transportant près de 2700 passagers et membres d’équipage, dont 248 Canadiens, ont maintenant repris la mer après avoir été immobilisés au large du Panamá à la suite de la mort de quatre passagers qui présentaient des symptômes s’apparentant à la grippe, selon La Presse canadienne.

Le MS Zaandam et le MS Rotterdam, du croisiériste Holland America, ont emprunté le canal de Panamá et se dirigeaient lundi vers la Floride, qui a signalé son intention de ne pas permettre aux bateaux d’accoster. Le gouverneur de la Floride a affirmé ne pas vouloir laisser les passagers débarquer en pleine pandémie de coronavirus, tout en envisageant de faire monter des secours à bord.