Mardi, les candidats à l’investiture démocrate croiseront le fer dans 14 États, une bataille qui pourrait s’avérer décisive dans la course qui déterminera l’adversaire de Donald Trump au prochain scrutin présidentiel. Dernier à se lancer, Michael Bloomberg dépense sans compter pour l’emporter en ce « super mardi ». Mais cela suffira-t-il à freiner l’élan de Bernie Sanders ?

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

Le pari coûteux de Michael Bloomberg

PHOTO BRITTAINY NEWMAN, THE NEW YORK TIMES

Le candidat à l’investiture démocrate Michael Bloomberg

MEDFORD, Massachusetts — Ce n’est pas la cabane en bois rond qui a vu naître Abraham Lincoln. Mais la petite maison de deux étages, recouverte d’ardoises et de pierres grises, sert à illustrer les origines modestes de Michael Bloomberg dans une pub diffusée à l’approche du 3 mars, date du « super mardi », où 14 États et un territoire tiendront des primaires démocrates qui pourraient être déterminantes.

Sise au 6 Ronaele Road à Medford, dans la banlieue nord-ouest de Boston, la propriété a accueilli en 1945 ses premiers habitants, William Bloomberg, comptable dans une entreprise laitière de la région, sa femme Charlotte, adjointe administrative, et Michael, premier de leurs deux enfants, né trois ans plus tôt dans la plus grande ville du Massachusetts.

PHOTO EVAN MCGLINN, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

La maison où a grandi Michael Bloomberg, à Medford, au Massachusetts

« Dans ce quartier, je pelletais la neige durant l’hiver. […] Je tondais les pelouses durant l’été. Voilà comment je faisais de l’argent », raconte Michael Bloomberg au début de la pub montrant la maison où il a vécu jusqu’à son départ pour l’Université Johns Hopkins à Baltimore.

Plusieurs décennies plus tard, le candidat à l’investiture démocrate tente une expérience autrement plus ambitieuse. Depuis la dernière semaine de novembre 2019, il a dépensé environ 410 millions de dollars en publicités télévisées seulement, soit plus que ne l’ont fait Hillary Clinton et Donald Trump ensemble durant toute la campagne présidentielle de 2016, selon le New York Times. Ses annonces omniprésentes lui ont permis de grimper dans les sondages et de se poser en solution de rechange modérée au meneur très marqué à gauche, Bernie Sanders.

Mais suffiront-elles à effacer la mauvaise impression créée par sa performance médiocre, voire catastrophique, lors de son premier débat, le 19 février dernier à Las Vegas ? Le « super mardi », qui marquera son entrée officielle en piste, pourrait fournir une réponse définitive à cette question.

En attendant, une visite dans son patelin n’augure rien de très bon pour celui qui a fait l’impasse sur les quatre premiers rendez-vous électoraux de la course.

« Je le connais »

Bien sûr, Michael Bloomberg, fondateur d’un empire médiatique, maire de New York de 2002 à 2013 et philanthrope, a des admirateurs à Bedford. Bob Maiocco, qui a siégé au conseil municipal de cette ville pendant 30 ans, dont 13 à titre de président, est l’un d’eux. Il vante notamment le milliardaire pour ses dons à plusieurs institutions de la ville, dont 1,5 million de dollars pour la synagogue fréquentée par sa mère Charlotte jusqu’à sa mort à l’âge de 102 ans, en 2011.

Et il croit que son ancien concitoyen participera au financement de la nouvelle bibliothèque municipale de la ville, dont la construction coûtera 30 millions de dollars.

« Je ne veux pas mentionner de montant, mais nous nous attendons à un don important », dit-il.

Je le connais. Je sais ce qu’il a fait à la tête de son entreprise. Je sais ce qu’il a fait comme maire de New York. Je pense que c’est la personne la plus qualifiée pour être président des États-Unis. Et je pense aussi que ce serait merveilleux d’avoir un président de Medford !

Bob Maiocco

Et sa contre-performance à Las Vegas, où il a eu du mal à répondre aux critiques de ses rivaux sur ses politiques jugées sexistes ou racistes en tant que chef d’entreprise et maire ?

Bob Maiocco hausse les épaules. « Ne pariez jamais contre quelqu’un qui a 63 milliards de dollars en banque », finira-t-il par dire.

Rose DeLucia, également de Medford, a failli tourner le dos à Michael Bloomberg. Contrairement à Bob Maiocco, la fonctionnaire à la retraite a été ébranlée par la performance de l’ex-maire de New York à son premier débat. Elle a quand même fini par cocher la case à côté de son nom lors de la première journée du vote par anticipation au Massachusetts, lundi dernier.

« Je veux voter pour la meilleure personne qui peut sortir l’abruti actuel de la Maison-Blanche. Michael Bloomberg a fait un excellent travail comme maire de New York. Il est devenu milliardaire par ses propres moyens. Il n’a pas seulement hérité son argent. Il ne l’a pas dilapidé. Il n’a pas fait faillite à de nombreuses fois comme l’autre déchet », a-t-elle dit avec un fort accent bostonien.

Pour « une vraie démocratie »

N’empêche : Michael Bloomberg risque de faire chou blanc dans son propre État natal. Pas moins de 1357 délégués, ou 38 % du total, seront en jeu à l’occasion du « super mardi ». Le Massachusetts en distribuera 91, le nombre le plus élevé après la Californie (415), le Texas (228), la Caroline du Nord (110) et la Virginie (99). Or, pour obtenir sa part de délégués, un candidat doit obtenir au moins 15 % des voix dans un État donné.

Selon un sondage publié le 21 février dernier par l’Université du Massachusetts à Lowell, l’ancien maire de New York récolte seulement 12 % des intentions de vote dans son État natal derrière Bernie Sanders (21 %), Elizabeth Warren (20 %), Pete Buttigieg (15 %) et Joe Biden (14 %).

Le pari de Michael Bloomberg pourrait ainsi être coûteux à plus d’un titre : non seulement pourrait-il perdre l’investiture démocrate après avoir dépensé des centaines de millions de dollars, mais il pourrait aussi aider celui qu’il veut stopper – Bernie Sanders – en contribuant à diviser le vote des électeurs modérés.

Le sénateur du Vermont ne s’en plaindra pas. Car il aimerait bien porter un coup fatal à Elizabeth Warren, sa collègue du Massachusetts, dans l’État qui l’a élue au Sénat deux fois plutôt qu’une. D’où sa décision de faire campagne à Worcester, ville universitaire de l’État, vendredi soir.

PHOTO RICHARD HÉTU, COLLABORATION SPÉCIALE

Kaye Boutet et Jeffrey MacKenzie

Chose certaine, le candidat socialiste démocrate peut compter, à Medford, sur l’appui indéfectible de Jeffrey MacKenzie et Kaye Boutet, un couple dans la cinquantaine.

« Nous avons besoin d’un sérieux changement, a dit Jeffrey après avoir voté par anticipation. La direction du pays au cours des trois dernières années est cauchemardesque sur tous les plans. »

« Nous avons besoin d’une vraie démocratie », a renchéri Kaye.

Un affrontement entre Michael Bloomberg et Donald Trump serait désolant pour le pays. On se retrouverait face à deux milliardaires qui incarnent les pires inégalités aux États-Unis. La grande majorité des Américains ne seraient pas représentés.

Kaye Boutet

Des partisans noirs introuvables

Il doit sans doute y avoir des électeurs afro-américains qui soutiennent Michael Bloomberg au Massachusetts. Dans les États du Sud, certains de leurs compatriotes de couleur ont délaissé Joe Biden, du moins momentanément, pour appuyer l’ancien maire de New York, selon les sondages. À Medford ou à Boston, cependant, les partisans noirs du candidat de 78 ans étaient introuvables.

« Je ne pourrais jamais voter pour un politicien qui a mis en place ou prôné le ‘‘stop-and-frisk’’ », a déclaré Charlie Fielder, un Bostonien de 54 ans, en faisant allusion à une méthode policière controversée en vigueur à New York sous Michael Bloomberg. « C’est une pratique discriminatoire, surtout envers les jeunes Noirs. »

Juanita Smith, employée d’une compagnie d’assurances de Boston, a fait entendre le même son de cloche en parlant de Michael Bloomberg.

« Au début, je n’en savais pas beaucoup sur son compte », a-t-elle dit après avoir voté par anticipation à Roxbury, quartier populaire de Boston.

Mais maintenant, je ne voterais jamais pour lui à cause de son traitement des jeunes personnes de couleur à New York et aussi des femmes qui ont travaillé pour lui et dont il a acheté le silence après des allégations de discrimination. Que cache-t-il ?

Juanita Smith

Elijah Miller, étudiant de 24 ans à l’Université Northeastern, partage cette méfiance. Portant sur son manteau un macaron aux couleurs de Bernie Sanders, il refuse d’accorder la moindre légitimité à la candidature de Michael Bloomberg.

PHOTO RICHARD HÉTU, COLLABORATION SPÉCIALE

Elijah Miller, étudiant de 24 ans à l’Université Northeastern

« Je pense que c’est terrible », a-t-il confié à l’extérieur du bureau de scrutin de Roxbury. « Bloomberg est un républicain qui croit à l’économie du ruissellement. Il a défendu la guerre en Irak. Il a appuyé George W. Bush. Et il essaie de faire oublier son passé avec des centaines de millions de dollars en publicités. C’est de la folie. »

Les électeurs du Massachusetts et de 13 autres États auront l’occasion de livrer leur propre verdict d’ici mardi sur celui qui a fait beaucoup de chemin – et d’argent – depuis son enfance à Medford.

Biden, favori en Caroline du Sud

Depuis le début de la course à l’investiture démocrate, Joe Biden répète que la Caroline du Sud sera son « pare-feu », l’État qui lui permettra de stopper l’élan que les vainqueurs des trois premiers rendez-vous électoraux – ceux de l’Iowa, du New Hampshire et du Nevada – auront acquis. L’ancien vice-président aura l’occasion de mettre à l’épreuve samedi cette assurance. La Caroline du Sud, où les Noirs représentent environ 60 % de l’électorat démocrate, tient une primaire qui précède de trois jours les scrutins du « super mardi ». Selon la moyenne des sondages du site Real Clear Politics, Joe Biden obtient 34,3 % des intentions de vote, contre 20 % pour Bernie Sanders, 14 % pour Tom Steyer, 8 % pour Elizabeth Warren et 6,3 % pour Pete Buttigieg. Il est difficile de prévoir, pour le moment, l’impact que pourrait avoir une bonne victoire de l’ancien bras droit de Barack Obama sur les scrutins du 3 mars.

L’a b c du « super mardi »

PHOTO PATRICK SEMANSKY, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

NEW YORK — Auteure de deux livres de référence sur les primaires américaines, dont l’un porte sur le « super mardi », Barbara Norrander connaît à fond l’histoire de ce rendez-vous électoral qui marque les campagnes présidentielles depuis quatre décennies. La Presse s’est entretenue récemment avec la politologue de l’Université de l’Arizona pour explorer le sujet à l’approche des scrutins du 3 mars, qui pourraient jouer un rôle décisif dans la course à l’investiture démocrate.

Quelles sont les origines du « super mardi » ?

En 1988, les États du Sud voulaient avoir une plus grande influence sur la sélection du candidat démocrate à la présidence. Ils ont donc décidé de tenir leurs primaires le même jour.

Recherchaient-ils un résultat particulier ?

À l’époque, les Parlements des États du Sud étaient contrôlés par des démocrates conservateurs. Ceux-ci voulaient favoriser l’émergence d’un candidat présidentiel plus modéré.

Ont-ils réussi ?

Pas vraiment. Trois candidats ont plutôt bien fait lors de ce Super Tuesday – Al Gore, qui était alors sénateur du Tennessee, Jesse Jackson, qui était un des chefs de file du mouvement des droits civiques, et Michael Dukakis, qui était gouverneur du Massachusetts. Ils se sont en gros réparti les États. Dukakis, qui était perçu comme plus progressiste qu’Al Gore à l’époque, a fini par remporter l’investiture démocrate.

Le « super mardi » n’allait-il pas quand même devenir une tradition ?

Oui, mais son objectif n’était plus le même. Et même en 1988, le super mardi n’était pas seulement l’affaire des États du Sud. Des États du Nord avaient également choisi cette date pour tenir leurs primaires.

Certains font remonter la tradition du « super mardi » à 1984, lorsque neuf États ont tenu des primaires démocrates le 13 mars. Qu’en est-il ?

Ce super mardi était plus une question de circonstances. Le Comité national du Parti démocrate établit le calendrier. Il offre ce qu’on appelle une « fenêtre ». Et ce qui arrive souvent est que les États veulent être au début de cette fenêtre dans l’espoir d’avoir plus d’influence sur la course. D’ordinaire, vous avez un super mardi dès la première date disponible, généralement au début de mars ou, parfois, au début de février.

Et quelle est l’influence réelle du « super mardi » sur le reste de la course ?

Le super mardi peut être décisif. Si un candidat balaie les États qui tiennent des primaires ce jour-là, il peut sceller d’un coup l’issue de la course à l’investiture. John Kerry a réussi cet exploit en 2004. Parfois, le super mardi peut servir à réduire le nombre de candidats en lice. Mais il peut aussi se solder par un verdict partagé. C’est ce qui s’est produit en 2008 avec Hillary Clinton et Barack Obama. Ils se sont essentiellement partagé les délégués en jeu dans une vingtaine d’États, ce qui a préparé le terrain pour une longue course.

Quand les candidats font campagne en vue des scrutins de l’Iowa ou du New Hampshire, ils font quasiment du porte-à-porte. Sur le plan stratégique, comment abordent-ils le « super mardi » ?

Ils ne font certainement pas du porte-à-porte ! Parfois, les candidats vont se concentrer sur une partie d’un État où ils pensent pouvoir bien faire. Au Texas, par exemple, ils peuvent diffuser leurs publicités et tenir leurs rassemblements à Houston plutôt qu’à Dallas. Les candidats les plus riches vont diffuser des publicités dans la plupart des États, alors que les candidats dont le budget est plus modeste limiteront les États où ils feront campagne et diffuseront leurs publicités.

Que doit-on suivre en particulier le 3 mars ?

La Californie, qui met en jeu le plus grand nombre de délégués, est évidemment le principal champ de bataille. Ce qui est intéressant avec la Californie, c’est que la plupart des électeurs participeront au scrutin par la poste. Ils auront jusqu’au 3 mars pour poster leurs bulletins de vote. Il pourrait donc s’écouler trois semaines ou plus avant qu’on sache ce qui s’est passé en Californie.

Voyez-vous un des candidats sortir du « super mardi » avec une avance insurmontable ?

Pas si le groupe de candidats que nous avons en ce moment demeure inchangé. S’il y a encore cinq candidats compétitifs, ils vont probablement se diviser le vote du super mardi jusqu’à un certain point.

Est-ce qu’un candidat a déjà adopté la stratégie de Michael Bloomberg, qui a consisté à attendre le « super mardi » avant d’entrer officiellement dans la course ?

En fait, Al Gore a également dit en 1988 qu’il attendait le super mardi. Sa stratégie tenait en partie au fait qu’il n’avait aucune chance de l’emporter dans les premiers États, dont l’Iowa et le New Hampshire. En 2008, Rudy Giuliani a pour sa part annoncé qu’il attendait la primaire républicaine de la Floride. Cette stratégie n’a souri ni à Gore ni à Giuliani. Mais personne n’a jamais eu à sa disposition autant d’argent que Bloomberg. Il fait déjà campagne partout dans le pays en ce moment.

Le « super mardi » au fil des ans

13 mars 1984

PHOTO ELISE AMENDOLA, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le sénateur démocrate Gary Hart, lors de la campagne de 1984

Les électeurs de neuf États (Alabama, Floride, Géorgie, Hawaii, Massachusetts, Nevada, Oklahoma, Rhode Island et Washington) ont voté à l’occasion de ce « super mardi ». L’ancien vice-président Walter Mondale disputait alors l’investiture démocrate au sénateur du Colorado Gary Hart. Bien qu’il ait remporté sept des neuf États, Hart est devenu le premier et le dernier vainqueur d’un « super mardi » à perdre l’investiture de son parti. Le président sortant, Ronald Reagan, devait par la suite remporter 49 des 50 États contre Mondale lors de l’élection présidentielle.

8 mars 1988

PHOTO JIM GERBERICH, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Les démocrates Jesse Jackson et Michael Dukakis, lors de la campagne de 1988

Vingt et un États, situés pour la plupart dans le Sud, ont participé à ce deuxième « super mardi » organisé par les bonzes démocrates de la région pour favoriser l’investiture d’un candidat modéré. Peine perdue : le gouverneur du Massachusetts Michael Dukakis, l’un des candidats les plus progressistes en lice, a enlevé huit États, dont la Floride et le Texas, et une pluralité de délégués, éclipsant le sénateur Al Gore, le pasteur noir Jesse Jackson et le représentant du Missouri Dick Gephardt.

10 mars 1992

PHOTO TIMOTHY A. CLARY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le démocrate Bill Clinton et sa femme Hillary, lors de la campagne de 1992

Bill Clinton a fini par exaucer les vœux des démocrates du Sud lors de ce « super mardi ». Le gouverneur centriste de l’Arkansas a balayé la plupart des primaires tenues ce jour-là dans les États de la région, assénant le coup de grâce au sénateur du Massachusetts Paul Tsongas, vainqueur de la primaire du New Hampshire. Chez les républicains, le commentateur Pat Buchanan révélait la vulnérabilité du président sortant George Bush en remportant 35 % des suffrages déposés dans les urnes.

12 mars 1996

PHOTO BOB BUKATY, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le républicain Bob Dole, lors de la campagne de 1996

Sept États ont participé à cette nouvelle mouture du « super mardi », permettant au chef de la majorité au Sénat, Bob Dole, de tout rafler chez les républicains face à Pat Buchanan et à l’homme d’affaires Steve Forbes. L’investiture de Dole étant désormais assurée, Forbes s’est retiré de la course dès le lendemain. Dole devait s’incliner devant Bill Clinton lors du scrutin présidentiel.

7 mars 2000

PHOTO WIN MCNAMEE, ARCHIVES REUTERS

Le démocrate Al Gore, lors de la campagne de 2000

Les candidats favoris des deux grands partis ont dominé ce « super mardi » et scellé l’issue de leur course à l’investiture respective. Le vice-président Al Gore a remporté les 11 États en jeu, dont le Missouri, État natal de son rival le sénateur du New Jersey Bill Bradley, et New York, où ce dernier a brillé dans l’uniforme des Knicks, équipe de basketball locale. Chez les républicains, le sénateur de l’Arizona John McCain a triomphé dans quatre États, mais le gouverneur du Texas George W. Bush a remporté les prix les plus importants, dont la Californie et New York.

2 mars 2004

PHOTO JIM BOURG, ARCHIVES REUTERS

Le démocrate John Kerry, lors de la campagne 2004

Avec des victoires dans neuf États sur dix, le sénateur du Massachusetts John Kerry a profité de ce « super mardi » pour achever son rival et futur colistier, le sénateur de la Caroline du Nord John Edwards. Cette victoire rapide et décisive de Kerry devait permettre au parti d’éviter une course à l’investiture coûteuse et potentiellement dangereuse pour son unité. Mais George W. Bush allait être réélu, profitant notamment d’un message d’Oussama ben Laden diffusé à quatre jours du scrutin présidentiel.

5 février 2008

PHOTO JOHN SOMMERS II, ARCHIVES REUTERS

Le républicain John McCain, lors de la campagne de 2008

Le « super mardi » traditionnel a volé en éclats en 2008. Plusieurs États ont décidé de devancer la date de leurs primaires dans l’espoir d’exercer une plus grande influence sur les courses à l’investiture des grands partis. Plus de 20 États ont donc participé à un « super mardi » tenu au début de février. Chez les démocrates, Hillary Clinton croyait pouvoir utiliser ces multiples rendez-vous électoraux pour régler le cas de Barack Obama. Elle a remporté des primaires importantes, dont celles de la Californie, de New York et du Massachusetts. Mais son jeune rival en a gagné 13 au total et conservé son avance dans la course aux délégués. Chez les républicains, John McCain a profité de la pléthore de primaires pour éliminer son principal rival, le gouverneur du Massachusetts Mitt Romney, remportant 9 États sur 15 et 602 délégués sur 803.

6 mars 2012

PHOTO RICK WILKING, ARCHIVES REUTERS

Le républicain Mitt Romney, lors de la campagne de 2012

Quatre ans plus tard, Mitt Romney est sorti vainqueur chez les républicains d’un « super mardi » tenu en mars dans 10 États (l’investiture démocrate n’était pas contestée). Il a remporté six des primaires, contre trois pour l’ancien sénateur de Pennsylvanie Rick Santorum et une pour l’ancien président de la Chambre des représentants Newt Gingrich. Mais le suspense n’était déjà plus au rendez-vous. Romney s’était déjà assuré de l’investiture républicaine en dominant les primaires antérieures.

1er mars 2016

PHOTO NICHOLAS KAMM, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

La démocrate Hillary Clinton, lors de la campagne de 2016

Chez les démocrates, le plus récent « Super Tuesday » s’est soldé par des victoires d’Hillary Clinton dans sept États – Alabama, Arkansas, Géorgie, Massachusetts, Tennessee, Texas et Virginie – et par des gains de Bernie Sanders dans quatre États – Colorado, Minnesota, Oklahoma et Vermont. Clinton a fini la soirée électorale avec 486 délégués contre 321 pour son rival. Chez les républicains, Donald Trump a triomphé dans 7 des 11 États qui tenaient des scrutins, les sénateurs Ted Cruz et Marco Rubio se divisant les autres. Le promoteur immobilier de New York a cependant dû attendre encore deux mois de plus avant de pouvoir revendiquer la victoire dans la course à l’investiture républicaine.