(Manchester) Multipliant les rencontres à travers le New Hampshire, les favoris Bernie Sanders et Pete Buttigieg ont jeté lundi leurs dernières forces dans la bataille à la veille d’un vote crucial dans les primaires démocrates qui pourrait les propulser vers l’investiture du parti pour défier Donald Trump en novembre.

Michael Mathes avec Elodie CUZIN à Washington
Agence France-Presse

Pendant que les candidats échangeaient des piques acerbes dans cet État du Nord-Est américain glacial en cette saison, un autre prétendant à l’investiture démocrate, Michael Bloomberg, a enregistré un bond spectaculaire dans les intentions de vote à l’échelle nationale, grimpant à la troisième place d’une enquête d’opinion de l’université Quinnipiac.

La hausse est d’autant plus remarquable que cet ex-républicain et ex indépendant ne se présente pas dans les premiers États qui votent pour les primaires en février. Il compense en arrosant copieusement de publicités autofinancées les États qui voteront à partir du « Super Tuesday », le 3 mars, lorsqu’il entrera en lice.

Un autre milliardaire a décidé de s’inviter dans le New Hampshire : le président républicain Donald Trump, qui a tenu une réunion de campagne lundi soir dans la ville de Manchester après avoir expliqué vouloir « secouer un peu » l’opposition.  

« Les démocrates n’ont jamais été aussi extrêmes, en s’inspirant de Bernie le fou », a-t-il déclaré sur scène. « J’essaie de savoir lequel de leurs candidats est le plus faible, mais ils sont tous faibles », a-t-il encore taclé.  

Sanders, favori

Les dix rivaux en lice dans le New Hampshire pour l’investiture démocrate avaient eux prévu une trentaine de réunions de campagne lundi.  

A la gauche du parti, le sénateur indépendant Bernie Sanders, 78 ans, prône une « révolution » politique afin de parvenir à une société plus égalitaire, et domine confortablement les sondages dans cet État, voisin de son fief du Vermont.  

Il est suivi par l’ex-maire de la ville de South Bend Pete Buttigieg, 38 ans, qui a surpris en remportant, d’un cheveu, un premier scrutin chaotique organisé il y a une semaine dans l’Iowa.

PHOTO MATT ROURKE, AP

Pete Buttigieg

« Ce qui va se passer ici aura d’énormes conséquences », a lancé Bernie Sanders à ses électeurs dans le New Hampshire.  

Sans les citer, il a éreinté ses rivaux plus modérés qui acceptent, contrairement à lui, des financements de campagne venant de « milliardaires ».

Même s’il ne compte que sur les petits versements de ses partisans, le septuagénaire affiche des montants record de levées de dons.  

Ancien militaire, premier candidat ouvertement homosexuel et également bien placé dans la course à la Maison-Blanche, Pete Buttigieg plaide lui pour une politique « réaliste » et de rassemblement.

Et dénonce, à propos de la profonde réforme du système de santé proposée par son rival socialiste, « un projet tellement cher que le sénateur Sanders lui-même admet qu’il n’a aucune idée de comment le financer ».  

Dans les intentions de vote du New Hampshire, les deux hommes sont loin devant les autres principaux prétendants : la sénatrice modérée Amy Klobuchar, la sénatrice progressiste Elizabeth Warren et l’ancien vice-président Joe Biden.  

PHOTO BRENDAN MCDERMID, REUTERS

Amy Klobuchar

La pression est forte sur le modéré Joe Biden, qui a déçu dans l’Iowa avec une modeste quatrième place. Agé de 77 ans, il était pourtant le grand favori des sondages nationaux, se présentant en meilleur atout pour battre Donald Trump.

Bernie Sanders lui est même passé devant pour la première fois lundi dans le sondage Quinnipiac mené à travers les États-Unis.

Martelant qu’il n’abandonnera pas la course « quoiqu’il arrive mardi », l’équipe de Biden semble bien envisager un nouveau revers dans le New Hampshire.  

Mais elle table, pour le relancer vers les sommets, sur une bonne performance en Caroline du Sud, qui votera fin février. Là-bas, la population noire est très importante et devrait rester acquise à l’ancien vice-président de Barack Obama.  

Problème avec cette stratégie : deux ou trois mauvais résultats pourraient faire rapidement s’assécher ses sources de financement… et provoquer l’effondrement de sa campagne.

« Plus d’expérience »

Dans la lutte pour sa survie, Joe Biden attaque son grand rival au centre Pete Buttigieg, en épinglant le manque d’expérience en politique nationale de l’ex-maire d’une ville de 100 000 habitants.  

Un message qui semble toucher certains électeurs. Venue écouter M. Buttigieg lors d’un réunion à Nashua, dans le New Hampshire lundi, Katie Morgan, 20 ans, a confié à l’AFP qu’elle l’avait trouvé « intéressant et intelligent ». Mais, a-t-elle ajouté, « je préfère un candidat avec un peu plus d’expérience ».  

Joe Biden n’épargne pas non plus Bernie Sanders, affirmant qu’il serait « difficile » de faire campagne « pour une candidature démocrate socialiste ».  

L’autre grande candidate de l’aile gauche du parti démocrate, Elizabeth Warren, arrive troisième dans la moyenne des sondages portant sur le New Hampshire, devant Joe Biden et Amy Klobuchar.  

Cette dernière a toutefois le vent en poupe depuis l’Iowa, coiffant même au poteau Mme Warren et M. Biden dans deux sondages publiés coup sur coup ce week-end.