Tous les regards étaient tournés vers Bernie Sanders et Elizabeth Warren, les deux candidats les plus progressistes de la course à l’investiture démocrate.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

Dans les jours qui ont précédé le dernier débat avant les caucus d’Iowa, premier test électoral de cette course imprévisible, la sénatrice du Massachusetts avait accusé son rival d’envoyer « ses volontaires [la] salir » en la dépeignant comme la candidate de l’élite. Elle avait même confirmé une rumeur démentie par le sénateur du Vermont : ce dernier lui aurait bel et bien dit en décembre 2018 qu’une femme ne pourrait battre Donald Trump en 2020.

Or, lors de ce débat tenu mardi soir à Des Moines, capitale de l’Iowa, Elizabeth Warren et Bernie Sanders ont tenté de calmer le jeu.

« En fait, je n’ai jamais dit ça », a déclaré le sénateur du Vermont. « Et je ne veux pas perdre beaucoup de temps sur ce sujet, car c’est ce que Donald Trump et peut-être une partie des médias veulent », a-t-il ajouté, avant de préciser qu’il avait toujours cru qu’une femme pourrait être présidente.

PHOTO PATRICK SEMANSKY, ASSOCIATED PRESS

Elizabeth Warren

« J’étais en désaccord », a répliqué la sénatrice du Massachusetts en faisant référence aux propos de son rival. Elle a cependant ajouté qu’elle n’était pas là pour se battre avec Bernie.

« Mais cette question de savoir si une femme peut être présidente a été soulevée et il est temps de l’attaquer de front. Regardez les hommes sur cette scène. Collectivement, ils ont perdu dix élections. Les seules personnes sur cette scène qui ont remporté chacune des élections auxquelles elles ont participé sont des femmes : Amy et moi. Et la seule personne qui a battu un républicain sortant au cours des 30 dernières années, c’est moi. »

Elizabeth Warren venait probablement de signer le moment le plus marquant de la soirée.

De l’Irak à l’Iran

Le débat se déroulait à 20 jours des caucus organisés dans le petit État rural du Midwest qui devient, pendant quelques semaines, le centre de la politique américaine, une fois tous les quatre ans. Selon un sondage réputé publié le week-end dernier, Bernie Sanders y détient une mince avance sur Elizabeth Warren, Pete Buttigieg et Joe Biden.

Amy Klobuchar et Tom Steyer, les deux autres candidats sur le plateau, suivent à une plus grande distance.

L’affrontement, pour lequel aucun candidat de couleur ne s’était qualifié, s’est ouvert sur un sujet qui est souvent relégué au second plan en pareilles circonstances : la politique étrangère. Chaque candidat a d’abord dû expliquer pourquoi il ferait un meilleur commandant en chef que ses rivaux.

Bernie Sanders a profité de l’occasion pour se différencier de Joe Biden en rappelant son opposition à la guerre en Irak.

Joe et moi avons écouté ce que Dick Cheney, George Bush et [Donald] Rumsfeld avaient à dire. Je pensais qu’ils mentaient. Joe a vu les choses différemment.

Bernie Sanders

L’ancien vice-président ne l’a pas contredit.

« J’ai dit il y a 13 ans que c’était une erreur de donner au président l’autorité de déclarer la guerre. C’était une erreur. Je l’ai reconnue », a-t-il déclaré, ajoutant rapidement que Barack Obama, un opposant de la guerre en Irak, l’avait choisi comme colistier en 2008.

L’assassinat ciblé du général iranien Qassem Soleimani a également été débattu par les candidats, de même que la présence de troupes américaines en Irak. Elizabeth Warren a réitéré sa volonté de mettre fin à la présence militaire de son pays au Moyen-Orient.

Pete Buttigieg, le seul candidat sur la scène à avoir combattu sous les drapeaux, a défendu une position mitoyenne.

« Nous pouvons rester engagés sans avoir une implication sans fin de nos troupes au sol. Mais ce qui arrive maintenant [à cause de la crise iranienne], c’est que le président déploie encore plus de soldats », a déclaré l’ancien maire de South Bend, en Indiana.

La chasse aux délégués

Les caucus d’Iowa inaugureront une nouvelle phase de la course à l’investiture démocrate. Jusqu’en juin, celle-ci sera ponctuée d’une série de caucus et primaires tenus dans tous les États et territoires américains.

Après le rendez-vous électoral d’Iowa, des scrutins seront ainsi tenus au New Hampshire (11 février), au Nevada (22 février) et en Caroline du Sud (29 février). Viendra ensuite le 3 mars, date du « super mardi » où pas moins de 1345 des 2268 délégués nécessaires pour remporter l’investiture démocrate seront en jeu dans 14 États et 1 territoire.

Parmi les États importants qui tiendront des primaires ce jour-là : la Californie, le Texas, le Massachusetts et la Virginie. Chaque État distribuera ses délégués parmi les candidats selon le pourcentage des voix qu’ils auront récoltées.

Absent de tous les débats et des quatre premiers scrutins démocrates, Michael Bloomberg fera son entrée officielle dans la course à l’occasion du « super mardi ». Au début de la semaine, l’ancien maire de New York, qui finance lui-même sa campagne, avait déjà dépensé plus de 200 millions US en publicités diffusées à la télévision et sur les réseaux sociaux.

L’arrivée du candidat milliardaire suivra le départ d’au moins trois candidats de couleur. Lundi, c’était au tour du sénateur du New Jersey Cory Booker de tirer sa révérence. Il emboîtait notamment le pas à la sénatrice de Californie Kamala Harris et à l’ancien secrétaire au Logement et au Développement urbain Julian Castro.

À 20 jours des caucus d’Iowa, Joe Biden domine les sondages nationaux avec 27,2 % des intentions de vote chez les démocrates (selon RealClearPolitics), suivi de Bernie Sanders (19,2 %), d’Elizabeth Warren (16,6 %), de Pete Buttigieg (7,2 %), de Michael Bloomberg (6,2 %) et d’Andrew Yang (3,6 %), entre autres.

L’ancien vice-président est également en tête dans les quatre premiers États qui tiendront des scrutins, toujours selon RealClearPolitics. Son avance est cependant infime en Iowa et au New Hampshire.