Donald Trump avait jusqu’à 23 h 59 ce lundi pour signer un projet de loi qui devait assurer le financement du gouvernement fédéral jusqu’en septembre 2021 et injecter 900 milliards de dollars dans l’économie américaine.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

Les conséquences de ce compte à rebours avaient déjà commencé à se faire sentir. Samedi, 10 millions d’Américains avaient perdu, au moins temporairement, leurs prestations d’assurance chômage à cause du refus du président de promulguer l’accord budgétaire approuvé la semaine dernière par le Congrès à une majorité écrasante. Et à minuit, si ce refus avait persisté, l’ensemble du pays aurait vu les fonds publics expirer. Dès lors, des services vitaux auraient été compromis. En pleine pandémie de coronavirus.

Or, sous pression, Donald Trump a mis fin dimanche à ce compte à rebours en ratifiant l’entente qu’il avait qualifiée de « honte » cinq jours plus tôt. Il avait notamment réclamé l’augmentation du montant des chèques envoyés aux Américains.

« Lundi, la Chambre [des représentants] votera pour augmenter les paiements aux individus de 600 $ à 2000 $ », a-t-il indiqué dans un communiqué, faisant fi du fait qu’une telle mesure n’a quasiment aucune chance d’être adoptée par le Sénat.

N’empêche, le coup de théâtre du président lève les inquiétudes qui pesaient sur de nombreux individus qui risquaient d’être évincés de leur domicile ou privés de leurs prestations d’assurance chômage. Mais ce n’est pas le seul compte à rebours qui affole les Américains ces jours-ci. Depuis la confirmation de l’élection de Joe Biden, une majorité d’entre eux font également le décompte des jours qui séparent leur pays du 20 janvier, date de la passation des pouvoirs. L’estomac noué, ils se demandent ce que leur réserve Donald Trump d’ici son départ de la Maison-Blanche.

Les dernières journées ne sont pas rassurantes. « C’est pourri jusqu’à la moelle », a dit le sénateur républicain du Nebraska Ben Sasse le 23 décembre, après les grâces présidentielles accordées à Roger Stone et à Paul Manafort, dont le refus de collaborer à l’enquête russe du procureur spécial Robert Mueller venait d’être récompensé.

« Les grâces de ce président sont ce que vous vous attendriez à obtenir si vous accordiez le pouvoir de grâce à un chef de la mafia », a renchéri Andrew Weissmann, membre de l’équipe de procureurs de Robert Mueller.

À ces grâces présidentielles, il faut notamment ajouter celles accordées le même jour à Charles Kushner, père du gendre et conseiller de Donald Trump, et à quatre ex-employés de la société de sécurité Blackwater condamnés pour le massacre de 17 civils à Bagdad en 2007, dont deux garçons âgés de 8 et 11 ans.

Pour le plan du 6 janvier

À en juger par son fil Twitter, Donald Trump n’a pas trouvé l’apaisement en accordant ces grâces présidentielles. En fait, il a semblé sombrer plus profondément dans le déni.

« Le département de la “Justice” et le FBI n’ont rien fait concernant la fraude électorale de 2020, la plus grande ARNAQUE de l’histoire de notre nation, malgré les preuves irréfutables. Ils devraient avoir honte. L’histoire s’en souviendra. N’abandonnez jamais. On se revoit tous le 6 janvier à Washington », a-t-il tweeté le lendemain de Noël.

PHOTO JACQUELYN MARTIN, ASSOCIATED PRESS

Le Capitole, siège du Congrès, à Washington

Donald Trump a ainsi fait sien le projet de certains représentants républicains extrémistes ou opportunistes. Le 6 janvier, ceux-ci entendent s’opposer à la certification par le Congrès des grands électeurs de certains États, comme le leur permet la loi. Ils ont présenté leur projet au président lors d’une rencontre à la Maison-Blanche la semaine dernière. Ils suivaient au même endroit l’avocate complotiste Sidney Powell, pressentie pour un poste de procureur spécial chargé d’enquêter sur la fraude électorale, et le général retraité Michael Flynn, partisan de l’imposition de la loi martiale pour « refaire » l’élection présidentielle dans les États-clés.

Le plan républicain du 6 janvier pourrait retarder de plusieurs heures la certification des grands électeurs, dernière étape avant l’investiture de Joe Biden. Mais il est voué à l’échec. Qu’à cela ne tienne : samedi soir, Donald Trump a imploré les sénateurs républicains de l’appuyer.

« Il est temps que les sénateurs républicains se lèvent et se battent pour la présidence comme les démocrates le feraient s’ils avaient vraiment gagné l’élection », a-t-il tweeté avant de comparer le système électoral des États-Unis à celui d’« un pays du tiers-monde ».

Quelques minutes plus tard, il a ajouté : « Mais quand tout cela sera fini, et que cette période ne sera plus qu’un sombre chapitre dans l’histoire de notre pays, NOUS GAGNERONS ! »

L’avertissement d’une Trump

Deux jours après l’élection présidentielle du 3 novembre, Mary Trump, nièce du président et psychologue professionnelle, avait lancé cet avertissement aux Américains au sujet de l’état d’esprit du protagoniste de son best-seller, Too Much and Never Enough : « Il panique. Une des choses dont vous devez vous rappeler à son sujet : s’il pense qu’il va tomber, il va tenter de nous entraîner dans sa chute. »

Donald Trump ne semble pas vouloir la contredire.

Dans ses tweets des derniers jours, il n’a épargné aucune institution, dénonçant tour à tour le FBI, le département de la Justice, les tribunaux et les médias, bref, tous les piliers de la démocratie américaine qui ont contrecarré ses velléités autoritaires.

Il a continué à propager des informations mensongères concernant l’épidémie de coronavirus, affirmant notamment que la Floride « se porte bien » alors que cet État dirigé par l’un de ses alliés connaît une recrudescence de cas de contamination et de morts.

Et il a mis en péril un accord budgétaire en prenant de court son propre camp.

Après avoir attiré sur lui tous les projecteurs, Donald Trump a fini par approuver cet accord à la dernière heure. Un tel revirement servira non seulement la cause des Américains les plus vulnérables, mais également celle de son successeur, qui n’aura pas à consacrer, au début de sa présidence, du temps, de l’énergie et des faveurs politiques à l’adoption d’un plan de soutien à l’économie de 900 milliards de dollars.

Donald Trump a justifié ce revirement en évoquant la future adoption par le Congrès de certaines de ses demandes, dont l’augmentation du montant des chèques envoyés aux Américains et l’examen de la fraude électorale dont il dit avoir été victime.

Mais le président ne peut tromper que ses plus grands admirateurs. Les autres, qui viennent d’assister à une autre de ses défaites, craignent le pire de cet homme à l’ego fragile. Pour eux, les jours qui les séparent du 20 janvier 2021 seront interminables.