(Washington) Alors que plusieurs responsables américains s’alarment de la portée de la gigantesque cyberattaque qui a visé les États-Unis, le président Donald Trump a minimisé samedi l’opération ainsi que le rôle supposé de la Russie.

Inès BEL AIBA
Agence France-Presse

« La cyberattaque est bien plus importante dans les médias “ Fake News ” qu’en réalité », a tweeté M. Trump. « Tout est sous contrôle. Russie, Russie, Russie, c’est le slogan prioritaire quand n’importe quelle chose arrive », même si, a assuré le président américain, « ça pourrait être la Chine (c’est possible !) ».

La veille pourtant, son propre secrétaire d'État, Mike Pompeo, avait officialisé les soupçons des experts pointant Moscou du doigt.

« C’était une entreprise très importante, et je crois que nous pouvons maintenant dire assez clairement que ce sont les Russes qui se sont engagés dans cette activité », a-t-il dit.

Selon CNN, des responsables de la Maison-Blanche avaient rédigé un communiqué attribuant l’attaque à la Russie, qui devait être publié vendredi, mais ils ont reçu l’ordre de suspendre sa diffusion.  

Le piratage a été annoncé au moment où le président élu démocrate Joe Biden se prépare à prendre les rênes du pays le 20 janvier.

Le directeur exécutif de son équipe de transition, Yohannes Abraham, a affirmé que l’attaque était source de « grande inquiétude » et que l’administration Biden répondrait à ce type d’intrusions en infligeant des « coûts considérables » aux responsables.  

« Scandaleuse trahison »

L’étendue estimée de la cyberattaque ne cesse de s’élargir à mesure que l’on découvre de nouvelles victimes, au-delà des États-Unis.

Les pirates ont réussi à compromettre le logiciel Orion de la firme américaine SolarWinds, utilisé pour la gestion et la supervision de réseaux informatiques de grandes entreprises ou d’administrations.

La Russie a démenti être impliquée dans cette affaire. « La Russie ne mène pas d’opérations offensives dans le cyberespace », a déclaré l’ambassade russe à Washington.

Le démocrate Adam Schiff, chef de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants — et l’une des bêtes noires du chef de l’État depuis qu’il a supervisé l’équipe de procureurs à son procès en destitution — a fustigé les propos de M. Trump.

« Encore une scandaleuse trahison de notre sécurité nationale par ce président », a tweeté M. Schiff. « Encore un tweet malhonnête qui aurait pu être écrit par le Kremlin. Encore une marque de déférence envers Poutine », a-t-il lancé.

Les soupçons sur une éventuelle collusion entre la Russie et l’équipe de campagne de Donald Trump en 2016 avaient fait l’objet d’une enquête d’un procureur spécial, qui s’est conclue par une absence de preuves.

Côté républicain, sans mentionner la réaction de M. Trump, le sénateur Marco Rubio a estimé « de plus en plus clair que le renseignement russe a mené la cyberintrusion la plus grave de notre histoire ».  

« Notre réponse doit être proportionnelle, mais conséquente », a-t-il tweeté.

L’affaire intervient alors que l’administration Trump a indiqué qu’elle allait fermer les deux derniers consulats des États-Unis en Russie pour « optimiser le travail de la mission américaine en Russie », selon le département d’État américain, qui en a informé le Congrès plus tôt ce mois-ci.

Le président américain, qui n’a toujours pas reconnu sa défaite lors de la présidentielle du 3 novembre, en a profité samedi pour réaffirmer sans preuve que des fraudes avaient pu affecter le scrutin.

« Il aurait aussi pu y avoir une attaque contre nos machines de vote ridicules pendant l’élection, que j’ai remportée haut la main, c’est clair maintenant, ce qui en fait encore plus une honte pour les États-Unis », a-t-il écrit dans un tweet aussitôt assorti d’un avertissement de Twitter sur le résultat de la présidentielle remportée par Joe Biden.