(Washington) Le ministère américain de la Justice compte prochainement inculper un Libyen soupçonné d’avoir participé à l’attentat de Lockerbie en Écosse en 1988, selon des médias américains, relançant l’espoir de proches des victimes de progresser sur le chemin de la vérité.

Agence France-Presse

Membre des services de renseignement de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, Abou Agila Mohammad Massoud est soupçonné d’avoir assemblé la bombe qui a explosé à bord du Boeing 747 de la compagnie américaine Pan Am au-dessus de la petite ville écossaise de Lockerbie, le 21 décembre 1988.

L’attentat avait tué les 259 passagers et membres d’équipage, dont 190 ressortissants américains, et 11 personnes au sol.  Il s’agit de l’attentat le plus meurtrier jamais commis sur le territoire du Royaume-Uni.

Abou Agila Mohammad Massoud est actuellement détenu en Libye, selon le Wall Street Journal, et les États-Unis tentent d’obtenir son extradition pour le juger.  

Pour le New York Times en revanche, sa localisation précise est inconnue.

Selon les deux quotidiens, les soupçons contre Massoud sont basés sur des confessions qu’il aurait faites aux autorités libyennes en 2012, ainsi que des informations sur ses voyages.

Le FBI n’a pas souhaité commenter l’annonce, soulignant dans un communiqué que la police fédérale travaillait « avec ténacité depuis 32 ans pour enquêter sur cet horrible attentat terroriste » et « identifier ceux qui (en) étaient responsables ».

« Je ne vois pas le lien entre ces nouvelles allégations et l’affaire de Lockerbie, mais s’ils ont vraiment des preuves valables contre cet homme, personne ne serait plus heureux que moi de voir la question devant la justice », a déclaré à l’AFP Jim Swire, qui a perdu sa fille dans l’attentat. « Je veux voir la vérité émerger », a-t-il déclaré à quelques jours du 32e anniversaire de l’attentat.

« Un peu de vérité »

« C’est toujours important de se battre pour un peu de vérité, si cela peut être établi au-delà de tout véritable doute », a aussi confié à la BBC le journaliste Ken Dornstein dont le frère David est mort dans l’attentat.

En 1991, les justices américaine et écossaise avaient annoncé l’inculpation de deux agents de renseignement libyens, Abdelbaset Ali Mohamed al-Megrahi et Amine Khalifa Fhimah, pour leur participation à l’attentat.

Les deux accusés libyens avaient été jugés en 2000 par un tribunal spécial écossais établi en terrain neutre, aux Pays-Bas. L’année suivante, Fhimah avait été acquitté et Megrahi, reconnu coupable de meurtre, condamné à la prison à vie avant de voir sa peine être commuée en 27 ans de prison minimum.

Il avait été libéré en 2009 pour raisons médicales et est mort trois ans plus tard dans son pays.

Cinq juges écossais délibèrent actuellement sur le cas de Megrahi, dont la famille a fait appel contre sa condamnation à vie, à titre posthume.

Aamer Anwar, avocat de la famille Megrahi, a déclaré à Sky News « douter de la motivation des autorités américaines ». « Pourquoi le faire quelques jours avant l’anniversaire ? » s’est interrogé l’avocat.

Le régime de Mouammar Kadhafi avait reconnu officiellement sa responsabilité dans l’attentat de Lockerbie en 2003 et payé 2,7 milliards de dollars de dédommagement aux familles des victimes.  

Après la chute de Kadhafi en 2011, des enquêteurs américains et écossais s’étaient rendus en Libye pour explorer de nouvelles pistes et éventuellement identifier de nouveaux suspects.

Les médias britanniques avaient alors évoqué le nom de Massoud et celui d’Abdallah Senoussi, ex-chef des services de renseignement libyen et beau-frère de Kadhafi.