(Washington) Reconnaissant qu’il doit sa victoire aux électeurs noirs, Joe Biden a promis de former le cabinet affichant « la plus large diversité » de l’histoire américaine. En coulisses, les grandes voix afro-américaines maintiennent la pression pour se voir représentées à des postes-clés, et jurent de rester vigilantes.

Elodie CUZIN
Agence France-Presse

« Lorsque ma candidature était au plus bas, la communauté afro-américaine a encore été là pour moi. Vous m’avez toujours soutenu et je vous soutiendrai », avait lancé le démocrate au soir de l’annonce de sa victoire, le 7 novembre, en promettant une administration qui « ressemble à l'Amérique ».  

En rappelant cette phrase, le pasteur Al Sharpton, figure de la lutte pour les droits civiques, a confié mardi soir : « Nous voulons nous assurer que les promesses faites seront tenues ».  

Il sortait d’une réunion de près de deux heures avec Joe Biden, sa future vice-présidente Kamala Harris, et d’autres représentants d’organisations afro-américaines.  

Le président désigné a réaffirmé son engagement « historique » en faveur « de la justice raciale », s’est félicité Marc Morial, président de la National Urban League, lors d’une conférence de presse en ligne.  

« Et nous avons souligné que notre rôle en tant que dirigeants historiques de la lutte pour les droits civiques était d’une part de l’aider, mais aussi de le tenir responsable des engagements qu’il a pris. » Un défi accepté par l’ex-vice-président de Barack Obama, lors de leur conversation, selon M. Morial.

Les nominations de Joe Biden, qui arrivera à la Maison-Blanche le 20 janvier, reflètent jusqu’ici sa promesse. Avec en point culminant, à ce jour, le choix de Lloyd Austin comme secrétaire à la Défense.  

Si le Sénat l’accepte, le général à la retraite de 67 ans deviendra le premier chef noir du Pentagone.  

De nombreux futurs membres de son cabinet pourront se targuer d’être des pionniers, s’ils sont confirmés : Janet Yellen serait la première femme à la tête du Trésor, Xavier Becerra le premier ministre de la Santé hispanique, Alejandro Mayorkas le premier Hispanique à diriger la Sécurité intérieure, Cecilia Rouse la première Afro-Américaine à diriger le Conseil des conseillers économiques…  

Le président élu a aussi nommé l’Afro-Américaine Linda Thomas-Greenfield, une diplomate chevronnée, comme ambassadrice à l’ONU.  

Et sa future vice-présidente Kamala Harris sera, elle, la première femme, première personne noire et d’origine indienne à occuper cette fonction.

Mises en garde

« Il semble déjà qu’il s’agira du cabinet le plus divers de toutes les présidences », souligne Jordan Tama, professeur à l’American University.  

Et les nommés issus de minorités « sont à des positions qui sont très importantes, le ministère de la Défense étant sans doute le plus important de tous les postes au cabinet si l’on considère sa taille » et le poids de son budget.  

Le contraste « est assez frappant » avec l’équipe du président sortant Donald Trump, dont l’équipe « ne reflétait pas l’Amérique », note-t-il. Sur le plan de la diversité des origines mais aussi du bagage professionnel, avec des hommes et femmes d’affaires « surreprésentés » à l’époque du milliardaire.  

Les nominations de Joe Biden sont jusqu’ici « des pas positifs dans la bonne direction mais nous avons hâte de découvrir d’autres nominations significatives », a toutefois mis en garde Marc Morial, après l’annonce de la nomination de Lloyd Austin à la Défense. Avec en tête l’un des derniers grands postes à pourvoir : ministre de la Justice.  

Ils en ont parlé à Joe Biden mardi.  

« Je lui ai dit que ma préférence était d’avoir un ministre noir de la Justice », a renchéri Al Sharpton. Si ce n’était pas le cas, « le moins que nous puissions avoir est quelqu’un avec un parcours établi dans les droits civiques ».

Doutes sur Austin

Les choix du vétéran de la politique « n’ont, pour la vaste majorité, pas été polémiques » jusqu’ici, note Kyle Kondik, de l’université de Virginie. Avec de rares exceptions :

Neera Tanden, première femme d’origine indienne désignée pour diriger le Budget à la Maison-Blanche et cible d’un feu croisé des républicains et de progressistes.  

Mais aussi Lloyd Austin.

Pour que ce général retraité depuis 2016 prenne les rênes du Pentagone, le Congrès doit lui accorder une dispense car une règle stipule qu’un ancien militaire doit avoir quitté l’armée depuis plus de sept ans pour devenir ministre de la Défense.  

Seules deux dispenses ont été approuvées, en 1950 et 2016. Or plusieurs démocrates ont déjà annoncé qu’ils voteraient contre celle du général Austin, comme ils l’avaient fait il y a quatre ans.

Al Sharpton s’en est indigné mardi auprès du président désigné : « Nous n’accepterons pas que nous arrivions au tour du gars noir et que tout à coup, nous changions ce qu’on a déjà fait deux fois. »