(Wilmington) Pour Donald Trump, des gratte-ciel à son nom tout autour de la planète. Pour Joe Biden ? Une piscine municipale dans le Delaware.

Sebastian Smith
Agence France-Presse

Une visite à Wilmington, la modeste – d’aucuns diraient morne – ville d’adoption du président élu, suffit à illustrer le profond changement d’ambiance qui attend la Maison-Blanche avec l’arrivée de son nouveau locataire en janvier.  

Après quatre années de Donald Trump, aficionado de robinetterie en or et autoproclamé « le meilleur » dans pratiquement tous les domaines, arrive un homme proche des habitants de cette ville du Delaware, réputés pour avoir les pieds sur terre.

« Tout le monde ici l’appelle Joe. “Joe le Normal” », affirme avec une certaine admiration Shelly Baker, âgée de 63 ans, tandis qu’elle attend d’entrapercevoir le président élu dans le centre-ville après un évènement quotidien de son équipe de transition.  

Donald Trump voit son nom affiché en lettres capitales – souvent en or, pour faire bonne mesure – sur ses immeubles et ses propriétés huppées de Las Vegas à l’Écosse.

Rien qu’à New York, on peut recenser la Trump Tower, la Trump World Tower, le Trump Plaza, le Trump Building, le Trump Parc, le Trump Park Avenue et le Trump International Hotel and Tower.

Et c’est sans compter sur les livres Trump, comme « Comment devenir riche », les parcours de golf Trump, les casinos Trump et bien plus.

Le républicain est en telle admiration devant son propre nom qu’il a pris l’habitude dans ses discours d’évoquer « Trump » pour se désigner, en utilisant la troisième personne.

Quid de Joe Biden ?

Le président élu a été sénateur pendant quatre décennies et vice-président sous Barack Obama. C’est donc loin d’être un anonyme. Mais dans la course à l’autocongratulation, les signaux lancés ne pourraient pas être plus différents.

Dans le Delaware, trois sites portent le nom de Joe Biden :

- le centre aquatique Joseph R. Biden Jr., où le prochain 46e président des États-Unis a travaillé comme maître-nageur dans sa jeunesse ;

- la gare Joseph R. Biden Jr., qu’il utilisait pour ses trajets quotidiens entre le Sénat à Washington et sa maison de Wilmington afin de retrouver sa famille tous les soirs ;

- enfin, et non des moindres, le Biden Welcome Center, une aire d’autoroute avec restaurants-minute et toilettes pour les automobilistes de l’I95.

Une ville à son image

Wilmington, qui compte moins de 71 000 habitants, reflète bien l’homme qui a promis l’apaisement après quatre années de turbulences politiques.

La ville n’est pas connue pour grand-chose. La plupart des gens n’y font que passer par l’autoroute sur leur chemin entre Washington et New York.  

D’un point de vue économique, le Delaware a beau être connu pour sa fiscalité avantageuse pour les entreprises, on est très loin d’y retrouver l’effervescence de Wall Street.  

Des travaux pour redonner vie au centre-ville sont en cours, mais l’endroit reste majoritairement sinistre et dangereux.  

Le côté plus cossu de Wilmington comprend une succession presque interminable d’églises, de feux de circulation et de concessionnaires automobiles, avant de laisser place à des quartiers résidentiels boisés aux rues sinueuses, où se situe la résidence de Joe Biden.

« Ce n’est pas comme Miami ou New York », affirme Toya Darcey, responsable d’un magasin de vêtements dans le centre-ville, mais « ça fait du bien qu’il vienne d’ici ».

Dire que Joe Biden est enraciné à Wilmington ne relève pas de l’hyperbole.

Son fils Beau, décédé d’une tumeur au cerveau en 2015, est enterré dans le cimetière Saint-Joseph, près de l’église catholique de Brandywine. Sa première femme Neilia, et leur bébé Naomi, décédés en 1972 dans un accident de voiture, y reposent également.

À l’inverse de Donald Trump, qui n’a pas voulu prendre en compte les restrictions liées à la COVID-19 afin de tenir des meetings d’envergure à travers le pays, Joe Biden a mené une grande partie de sa campagne depuis le sous-sol de sa maison.

Donald Trump n’a eu de cesse de moquer cette stratégie, mais les photos de famille, les livres et les drapeaux américains comme objets souvenirs utilisés en arrière-plan de ses vidéos ont contribué à entretenir l’image d’un Joe Biden auquel les gens pouvaient s’identifier, un gars du coin fiable qui a réussi.

« Même s’il a été un homme politique toute sa vie, je pourrais vouer une confiance aveugle à Biden », résume Shelly Baker.