Lisa Montgomery, une Américaine de 52 ans souffrant de graves problèmes de santé mentale, vient d’obtenir un sursis en justice et ne pourra être exécutée le 8 décembre comme le souhaitaient les autorités fédérales.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Ce sursis s’annonce cependant de courte durée puisque les services correctionnels prévoient maintenant de procéder le 12 janvier, une semaine avant que le président désigné, Joe Biden, qui s’oppose à la peine de mort, ne prenne formellement le pouvoir.

Les avocats de la détenue de 52 ans, qui a été condamnée à mort pour avoir tué en pleine crise psychotique une jeune femme enceinte et extirpé le bébé de son ventre, déplorent que l’administration sortante s’entête à vouloir aller de l’avant.

« Exécuter Lisa Montgomery reviendrait à infliger une nouvelle injustice à une femme qui a connu une vie de sévices », indique Sandra Babcock, une professeure de droit de l’Université Cornell qui soutient l’équipe juridique engagée dans sa défense.

Le ministre de la Justice des États-Unis, William Barr, a relancé cette année les exécutions fédérales après un hiatus qui a duré près de 20 ans, en faisant valoir qu’il est nécessaire d’agir pour les familles des victimes.

Le gouvernement a parallèlement entrepris une réforme réglementaire visant à faire en sorte que les exécutions fédérales puissent être menées au besoin par d’autres méthodes que l’injection létale dans les États qui les permettent. Selon le site ProPublica, le peloton d’exécution ou l’électrocution pourraient parfois être utilisés, mais la mesure risque de devenir caduque à l’arrivée du successeur du président sortant Donald Trump.

« Conditions difficiles » et COVID-19

Huit personnes ont été exécutées cette année sur ordre du gouvernement fédéral, qui peut requérir la peine de mort pour une série de crimes limités figurant généralement parmi les plus graves. Toutes les exécutions ont été faites par injection létale.

Quatre de plus sont prévues, aussi par injection létale, avant la passation de pouvoir attendue le 20 janvier, dont celle de Mme Montgomery qui pourrait devenir la première femme en 70 ans exécutée par les autorités fédérales.

Ses défenseurs ont précisé que sa santé mentale s’était encore détériorée depuis l’annonce de la date initiale de son exécution et qu’elle est détenue « dans des conditions difficiles » dans une prison du Texas où des centaines de cas de COVID-19 ont été recensés.

Deux avocates qui étaient allées la rencontrer au début du mois de novembre pour préparer une demande de sursis adressée au président sortant Donald Trump et réclamer la transformation de sa condamnation à mort en peine d’emprisonnement à vie sont tombées gravement malades après avoir contracté le coronavirus.

Dans une requête présentée devant un tribunal du district de Columbia pour obtenir un sursis, l’équipe de défense de Lisa Montgomery a fait valoir que la détérioration de leur état de santé ne leur permettait pas de préparer assez rapidement la demande de clémence au président.

La requête précisait par ailleurs que les experts en santé mentale qui connaissent son dossier et sont en mesure d’évaluer sa situation actuelle ne pouvaient se rendre à court terme à la prison sans mettre leur santé en jeu.

Fenêtre de 20 jours

Le juge responsable a ordonné il y a une semaine que les autorités fédérales reportent l’exécution au-delà du 31 décembre, laissant au ministère de la Justice une fenêtre potentielle de 20 jours pour procéder avant la prestation de serment de M. Biden.

Malgré la détérioration de la santé mentale de Lisa et une connaissance approfondie des traumatismes qu’elle a connus, le gouvernement planifie sa mort.

Sandra Babcock, professeure de droit à l’Université Cornell

« Aucune autre femme n’a été exécutée pour un crime de cette nature parce que les procureurs savent qu’il s’agit nécessairement des conséquences de traumatismes et de troubles de santé mentale », déplore Mme Babcock.

Lisa Montgomery a été agressée sexuellement à plusieurs reprises par son beau-père à partir de 11 ans et forcée de se prostituer par sa mère, qui laissait des hommes la violer pendant des heures. Elle a ensuite été mariée à un demi-frère qui l’a agressée sexuellement et brutalisée pendant des années.

Ces sévices ont entraîné de graves problèmes de santé mentale qui font en sorte qu’elle requiert encore aujourd’hui, selon Mme Babcock, « un cocktail complexe de médicaments pour demeurer en contact avec la réalité ».