(Washington) L’administration Trump s’est attiré les rares foudres de la Banque centrale américaine en refusant de prolonger certains programmes d’aide économique, une manœuvre destinée, selon le camp démocrate, à savonner la planche pour la future administration Biden.

Julie CHABANAS
Agence France-Presse

L’histoire commence au cœur du pouvoir économique des États-Unis, jeudi.

Le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin envoie un courrier à Jerome Powell, le président de la Banque centrale américaine (Fed).

Sa requête : ne pas prolonger au-delà du 31 décembre certaines aides mises sur pied au printemps face à la crise économique naissante.

Dans sa lettre, Steven Mnuchin demande aussi à la Réserve fédérale de retourner les fonds non utilisés, ce qui « permettra au Congrès de réaffecter 455 milliards de dollars », pour les prêter aux petites entreprises qui souffrent particulièrement de la situation, par exemple.

Déshabiller Pierre pour habiller Paul, en quelque sorte.

Cette demande a fait bondir la Fed, qui a rapidement répondu par communiqué de presse, fait rare.

Elle y soulignait d’un ton diplomate qu’elle « préférerait que l’ensemble des mesures d’urgence mises en place pendant la pandémie de coronavirus continue de jouer son rôle important de soutien pour notre économie encore tendue et vulnérable ».

Un autre responsable de la Fed, Charles Evans, président de l’antenne de Chicago, a même jugé vendredi matin la demande du Trésor « décevante ».

Jerome Powell a néanmoins consenti vendredi à répondre favorablement à la demande de Steven Mnuchin : « Nous travaillerons avec vous au retour des sommes inutilisées », a-t-il dit dans une lettre.

La décision du Trésor « représente un risque pour l’économie », estime Gregory Daco, analyste pour Oxford Economics, dans une note.

Car ce courrier tombe au moment où les États-Unis font face à une recrudescence de la COVID-19, un coup dur pour les petits commerces, restaurants et bars, qui doivent de nouveau réduire leurs activités.

Pour que la crise économique ne s’accompagne pas d’une crise financière, le Trésor et la Fed avaient mis sur pied des systèmes de prêts aux entreprises de taille moyenne, aux collectivités locales, ou de garantie, pour que le crédit continue de fonctionner, en assurant les banques commerciales que l’argent qu’elles prêtent leur serait rendu même si les clients ne peuvent plus rembourser leur emprunt.

« Ils ont été peu utilisés, mais leur existence a été essentielle pour offrir un filet de protection fiable contre les tensions sur les marchés financiers », relève encore Gregory Daco.

« Politique de la terre brûlée »

Pour les démocrates, la décision est plus politique qu’économique, en pleine transition trouble entre Donald Trump et Joe Biden.

Pour eux, aucun doute, l’administration en place cherche à réduire la marge de manœuvre de la future administration Biden lorsqu’elle prendra ses fonctions en janvier, et devra à son tour relever la première économie du monde.

Steven Mnuchin « pratique la politique de la terre brûlée pour mettre Joe Biden en difficulté politique », a dénoncé dans le New York Times le sénateur Ron Wyden.

« Ils veulent limiter la capacité de la prochaine administration à avoir [tous ces outils] disponibles », a déploré la démocrate Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, citée dans le même journal.