(New York) Des dizaines de milliers de partisans de Donald Trump se détournent de la référence conservatrice Fox News pour se réfugier vers les petites chaînes OAN et Newsmax, qui refusent encore de donner Joe Biden vainqueur de l’élection présidentielle.

Thomas URBAIN
Agence France-Presse

« Les démocrates ont préparé un coup d’État contre le président des États-Unis », a assuré lundi la présentatrice d’OAN Christina Bobb. « Et Biden a quand même perdu ! […] Trump va faire un nouveau mandat ».

Dix jours après la proclamation de la victoire de Joe Biden par toutes les grandes chaînes d’information, One America News Network (OAN), refuse de capituler.

« Nous n’avons pas déclaré Biden vainqueur parce que nous pensons qu’il s’agit d’une élection très serrée », justifie, pour sa part, à l’AFP, Chris Ruddy, créateur et directeur général de Newsmax, l’autre chaîne américaine conservatrice qui monte.

Le discours fait mouche auprès de partisans de Donald Trump déçus par Fox News, qui a eu le tort, selon eux, d’officialiser la défaite du président sortant, voire de ne pas l’avoir suffisamment soutenu.

Le président d’OAN, Charles Herring, affirme à l’AFP que sa chaîne pointe, depuis plusieurs semaines, parmi les dix meilleures audiences du câble américain, tous programmes confondus.

Newsmax, quant à elle, a franchi la barre du million de téléspectateurs pour la première fois de son histoire la semaine dernière.

Dans le même temps, Fox News a été plusieurs fois battu par sa rivale CNN depuis le soir de l’élection, une rareté, même si ses audiences demeurent solides.

« D’anciens téléspectateurs de Fox News nous ont écrit pour nous dire leur frustration de voir Fox News prendre un virage à gauche », assure Charles Herring.

Donald Trump lui-même a invité ses supporteurs à se tourner vers OAN et Newsmax, estimant que la « plus grande différence » entre les scrutins de 2016 et 2020 a été le positionnement de Fox News.

De plus en plus de personnalités républicaines de premier plan acceptent des invitations sur ces deux antennes, jusqu’au président lui-même, qui leur a déjà donné des interviews.

Bientôt Trump TV ?

Professeur de sciences politiques à l’université Temple, Kevin Arceneaux fait une distinction entre Newsmax et OAN.

Newsmax est plus proche de Fox News sur le plan éditorial, selon lui. « Ils semblent prêts à prendre quelques libertés avec la vérité, mais ils ont un sens journalistique ».

Chris Ruddy affirme qu’une fois les résultats certifiés et les recours de l’équipe Trump purgés, si Joe Biden est déclaré gagnant, ce qui ne semble guère faire de doute, « nous pensons que Trump devra reconnaître sa défaite ».

En revanche, « je ne suis pas certain que je classerais OAN parmi les chaînes d’information », dit Kevin Arceneaux, même si elle se présente comme telle. Il la voit comme « un endroit pour les théories complotistes d’extrême droite, une caisse de résonance ».

« A dessein, (OAN) a créé une réalité totalement alternative pour les conservateurs qui n’arrivent pas à accepter que Trump a perdu », explique Chris Pocock, ancien producteur au sein de la chaîne.

Pour Kevin Arceneaux, le problème ne tient pas tant au contenu de la chaîne qu’au fait que les élus républicains y adhèrent, ce qui donne de la légitimité à OAN.

Dès lors, le risque existe, selon lui, de voir les deux grands partis américains « avoir des discussions complètement différentes sur la base de faits divergents. Il est très difficile d’imaginer une démocratie saine dans un tel contexte ».

« La clé, c’est de savoir si (les deux chaînes) vont pouvoir s’installer » dans le paysage audiovisuel, passé le coup de fouet de l’élection, analyse Jeffrey McCall, professeur de communication à l’université DePauw. « Cela reste à voir ».

Newsmax et OAN, qui sont peu sur le terrain aujourd’hui, vont devoir investir, prévient Jeffrey McCall, face à Fox, au budget de plusieurs centaines de millions de dollars.

Selon plusieurs médias américains, Chris Ruddy a récemment été approché par la société d’investissement Hicks Equity Partners, proche du parti républicain, en vue d’un possible rachat.

« Il n’y a pas eu d’approche formelle », précise le créateur de Newsmax, lui-même proche du président américain.

En toile de fond, le désir de Donald Trump, plusieurs fois évoqué, de posséder sa propre chaîne, en la créant ou en rachetant un organe déjà existant.

« Je serais ravi de proposer au président sa propre émission », commente Chris Ruddy, « mais je ne voudrais pas que la chaîne porte son nom ou repose sur lui ».

Trump TV verra-t-elle le jour ? Citizen Media, une petite société de l’Illinois a, en tout cas, déjà déposé le nom, en juin.