Joe Biden l’a dit et répété en campagne : il compte être le président de « tous les Américains » et proposera un cabinet qui « ressemble à l’Amérique ». Et c’est en rappelant cette volonté de diversité qu’il a annoncé, mardi, la nomination des personnes qui constitueront son cercle de proches conseillers à la Maison-Blanche.

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

Autour du tandem Biden-Harris à la Maison-Blanche, une équipe de neuf conseillers et coordonnateurs a été constituée. Parmi eux, cinq sont des femmes, trois sont latino-américains, un est afro-américain. Ils se joignent au chef de cabinet Ron Klain, dont la nomination a été annoncée la semaine dernière.

Les nominations sont-elles, jusqu’ici, à la hauteur des attentes ? Oui, estime Kelly Dittmar, politologue à l’Université Rutgers, au New Jersey, qui étudie justement la présence des femmes dans les cercles du pouvoir politique. Les démocrates, observe-t-elle, donnent l’exemple en haut lieu. « En général, il n’y a pas de pénurie de femmes talentueuses, qualifiées et intéressées », dit-elle, ajoutant que c’est la même chose pour les minorités ethniques et raciales. « Il est vrai qu’il y a une sous-représentation de ces groupes parmi les élus et les employés, mais ce n’est pas en raison d’un manque de qualifications des personnes concernées.

« Ce qui doit être fait pour changer cette situation, c’est de s’assurer qu’aux plus hauts niveaux, on fasse de la diversité une priorité. Parce que ça influencera tout le reste, autant le processus d’embauche que l’intérêt des gens de postuler pour un emploi au gouvernement. »

PHOTO CHARLES REX ARBOGAST, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Jen O’Malley Dillon

Jen O’Malley Dillon, 44 ans, qui s’est distinguée en devenant la première femme à diriger une campagne démocrate victorieuse, devient ainsi cheffe de cabinet adjointe. Dana Remus, ancienne professeure de droit, s’occupera des services juridiques de la présidence. Annie Tomasini, qui a aussi occupé d’importantes fonctions durant la campagne, coordonnera les opérations du bureau Ovale.

Trois nouveaux conseillers sont issus de la communauté latino-américaine. Julie Chavez Rodriguez, une ancienne de l’administration Obama qui s’était jointe à l’équipe de campagne de Kamala Harris, est la petite-fille du militant des droits civiques César Chavez, qui s’est notamment battu dans les années 1960 pour obtenir de meilleures conditions de vie pour les ouvriers agricoles aux États-Unis. Anthony Bernal, qui a travaillé avec l’administration Clinton-Gore, et Julissa Reynoso Pantaleón, ancienne ambassadrice des États-Unis en Uruguay, dirigeront le bureau de la première dame, Jill Biden.

PHOTO CHRIS GRANGER, ASSOCIATED PRESS

Cedric Richmond

Le représentant de la Louisiane au Congrès, Cedric Richmond, est quant à lui décrit comme l’un des principaux alliés afro-américains de Joe Biden. L’homme de 47 ans deviendra conseiller chargé des relations avec la société civile. Il quittera donc son siège de représentant du deuxième district de la Louisiane (qui englobe notamment la ville de La Nouvelle-Orléans) qu’il venait de remporter avec 64 % d’appuis.

Ces nominations, contrairement à d’autres postes-clés du gouvernement, n’ont pas à être confirmées par le Sénat, encore contrôlé par une majorité républicaine. « Joe Biden ne manquera d’ailleurs pas de faire remarquer le contraste entre son personnel et celui de Donald Trump, qui était peu diversifié », note Kelly Dittmar.

Des progressistes insatisfaits

Joe Biden a également nommé son ancien chef de cabinet Steve Ricchetti comme conseiller. Cette nomination a fait sourciller l’aile progressiste de son parti — Ricchetti, ancien chef de cabinet de Bill Clinton, a été lobbyiste dans le domaine pharmaceutique pendant les années de George W. Bush, avant de revenir en politique aux côtés d’Obama et de Biden.

Justice Democrats, un regroupement de progressistes démocrates, a publié mardi une déclaration dans laquelle sa porte-parole, Alexandra Rojas, critique le choix de Steve Ricchetti, « qui a représenté des groupes vociférant » contre l’accès universel aux soins de santé et aux médicaments génériques. « En cette ère post-COVID, Biden a la chance de faire des réformes majeures à notre système de soins de santé cruel, mais il lui faudra se tenir debout » devant les intérêts privés, a déclaré Mme Rojas.

Le groupe dénonce aussi la nomination de Cedric Richmond, « l’un des principaux bénéficiaires démocrates de l’argent des énergies fossiles », dit-il, rappelant les dons reçus par le représentant louisianais de compagnies gazières et pétrolières.

Au moins un autre groupe environnementaliste associé à la lutte contre le réchauffement climatique a qualifié cette nomination de « trahison ».

Ces nominations de personnes proches de l’entreprise privée « risquent de rapidement fracturer la bonne volonté durement gagnée que [Joe Biden] a établie avec les progressistes pour défaire Donald Trump », conclut Alexandra Rojas.