(Washington) Donald Trump n’a toujours pas reconnu sa défaite. Mais, par petites touches, ou lapsus successifs, il l’évoque de plus en plus.

Jerome CARTILLIER
Agence France-Presse

Dimanche matin, au milieu d’une longue série de tweets et de retweets colériques, il a, pour la première fois, mentionné explicitement la victoire de Joe Biden.

« Il a gagné parce que l’élection était truquée », a-t-il écrit, huit jours après l’annonce des résultats de l’élection.

Certes, le président américain a une nouvelle fois mis en avant l’hypothèse de fraudes massives, qu’aucun élément concret ne vient accréditer.

Mais les deux premiers mots de son tweet (« He won ») ont retenu l’attention car c’était la première fois qu’il les utilisait.

Un peu plus d’une heure plus tard, face à l’avalanche de réactions suscitées par son message, il a, comme il le fait souvent, donné un grand coup de barre dans l’autre sens.

« Il a seulement gagné aux yeux des MÉDIAS FAKE NEWS », a-t-il lancé.  

« Je ne concède RIEN ! La route est encore longue. L’élection était TRUQUÉE ! », a ajouté le 45e président des États-Unis, qui a échoué à se faire réélire, contrairement à ses trois prédécesseurs directs Barack Obama, George W. Bush et Bill Clinton.

Interrogé sur ce tweet matinal, Ron Klain, qui deviendra secrétaire général de la Maison-Blanche le 20 janvier, jour de la prise de fonction de Joe Biden,  a appelé à mettre les choses en perspective.

« Si le président est prêt à commencer à reconnaître la réalité, c’est positif », a-t-il déclaré sur NBC.  

Cependant, a-t-il ajouté, « ce n’est pas le compte Twitter de Donald Trump qui fait de Joe Biden le président. Ce sont les Américains qui en ont décidé ainsi ».

Obama donne de la voix

Donald Trump a, dès le jour de l’élection, alors que tous les résultats n’étaient pas encore connus, adopté une posture très belliqueuse, promettant une véritable guérilla judiciaire.  

Depuis l’annonce, le 8 novembre, de la victoire de Joe Biden, la plupart des dirigeants de la planète l’ont félicité, renforçant l’idée que personne — ni aux États-Unis, ni ailleurs — ne prenait véritablement au sérieux les actions en justice engagées par l’équipe Trump.  

En l’absence d’éléments probants accréditant l’hypothèse de fraudes électorales massives, la plupart de ces recours ont d’ailleurs depuis été rejetés par les tribunaux.  

Les résultats de tous les États ont désormais été annoncés par les grandes chaînes de télévision américaines : Joe Biden a remporté 306 grands électeurs, contre 232 au président sortant.

Plusieurs autorités électorales locales et nationales, dont l’agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA), ont par ailleurs frontalement contredit le président sur ses accusations de fraude.  

« L’élection du 3 novembre a été la plus sûre de l’histoire des États-Unis », ont-elles affirmé dans un communiqué commun. « Il n’existe aucune preuve d’un système de vote ayant effacé, perdu ou changé des bulletins, ou ayant été piraté de quelque façon que ce soit ».

Si personne, à Washington, n’envisage de véritable crise (rien, dans la Constitution, n’oblige un président à reconnaître sa défaite), des voix s’élèvent pour déplorer le climat que crée Donald Trump en refusant obstinément de reconnaître le verdict des urnes.

Son prédécesseur démocrate Barack Obama est ainsi monté au créneau pour dénoncer son attitude, sans équivalent dans l’histoire politique américaine moderne.

« Quand Donald Trump a gagné [en 2016], je suis resté debout jusqu’à 2 h 30 du matin et je l’ai appelé pour le féliciter », a-t-il rappelé dimanche sur CBS.  

S’il a réaffirmé n’avoir aucun doute sur l’issue de l’étrange séquence politique en cours — « Joe Biden sera le prochain président des États-Unis » — Barack Obama a aussi lancé une mise en garde.

« Cela fait des dégâts », a-t-il martelé, se disant déçu par le silence assourdissant des élus républicains. « Il y a des millions de personnes qui pensent : “Il doit y avoir de la triche parce que le président l’a dit” ».

Pour Bernie Sanders, rival de Joe Biden lors des primaires démocrates, l’actuel locataire de la Maison-Blanche pourra se vanter d’avoir « fait plus que quiconque dans l’histoire pour affaiblir la démocratie américaine ».

« C’est une véritable honte », a-t-il dénoncé sur CNN.