(San Francisco) Après Twitter et YouTube, Facebook a aussi sévi contre Steve Bannon, un ancien conseiller de Donald Trump, dont les pages promouvaient les efforts républicains pour faire croire à des fraudes massives organisées par les démocrates contre l’élection présidentielle américaine.

Agence France-Presse

D’après l’ONG Avaaz, le géant des réseaux sociaux a retiré sept pages directement liées à Steve Bannon, qui avaient 2,45 millions d’abonnés en tout et que l’organisation avait signalé à la plateforme vendredi.

« Notre équipe avait identifié certaines de ces pages plus tôt cette année, qui partageaient de la désinformation sur de prétendues fraudes — ces contenus ont potentiellement atteint les 10 millions de vues rien que la semaine dernière », a indiqué un porte-parole de l’ONG de défense des droits humains.

« Nous avons retiré des foyers d’activité qui utilisaient des tactiques non-authentiques pour amplifier artificiellement leur portée », a déclaré un porte-parole de Facebook.

Le réseau social a appliqué ses règles sur les comportements abusifs, trompeurs et les spams, utilisés pour faire apparaître des contenus comme plus populaires et indépendants qu’ils ne le sont en réalité, y compris venant de la page de Steve Bannon.

« Trump en guerre »

Les pages retirées s’appelaient notamment Conservative Values (« valeurs conservatrices ») The Undefeated (« les invaincus ») We Build the Wall Inc (« nous construisons le mur »), Citizens of the American Republic (« citoyens de la république américaine »), ou encore Trump at War (« Trump en guerre »).

« En 2016, Steve Bannon a été maintenu à flot par l’algorithme de Facebook et a participé à définir le débat politique pour des millions d’Américains. Pendant les mois écoulés, des pages et groupes liés à lui ont promu ces idées de “fraudes électorales” », a commenté Fadi Quran, directeur de campagne chez Avaaz.

« Maintenant il cherche à diviser encore plus l’Amérique et à répandre le chaos dans cette période post-électorale, encore via Facebook. La plateforme a finalement agi après l’intervention d’Avaaz, mais la question est : pourquoi l’entreprise n’a-t-elle pas agi avant ? ».

Le groupe californien avait largement durci, avant le scrutin, ses règles contre la désinformation et les tentatives de perturbation du processus démocratique.  

Dans la foulée de l’élection, le réseau social a notamment fermé la page « Stop The Steal » (« Stop au vol »), qui comptait quelque 350 000 membres jeudi et énumérait une série d’évènements-surtout des manifestations dans les États-clés-accompagnés parfois d’allusions violentes.

Le président Donald Trump, suivi par ses partisans, alimente depuis des mois la thèse sans fondement selon laquelle le vote par correspondance facilite l’organisation de fraudes.  

Il n’en démord pas depuis mardi soir, à la télévision et sur les réseaux sociaux, accusant les démocrates de lui avoir « volé » l’élection et refusant de concéder la défaite, alors que Joe Biden a été proclamé vainqueur samedi.

Appels au meurtre

Twitter et YouTube ont de leur côté pris des mesures contre Steve Bannon après des appels au meurtre proférés à l’encontre de plusieurs hauts responsables américains.

Le compte @WarRoomPandemic, du nom de l’émission en ligne de M. Bannon, a été « suspendu de manière permanente pour avoir enfreint les règles de Twitter, en particulier notre politique relative à la glorification de la violence », a indiqué Twitter dans un communiqué vendredi.

YouTube a retiré pour les mêmes raisons l’épisode de la chaîne « Steve Bannon’s War Room », qui est cependant toujours active et compte plus de 200 000 abonnés.

M. Bannon s’en était pris à M. Fauci, directeur de l’Institut des maladies infectieuses, ainsi qu’au patron du FBI Christopher Wray, affirmant vouloir « embrocher leur têtes au bout de piques » et les placer « de chaque côté de la Maison-Blanche en signe d’avertissement aux bureaucrates fédéraux. »

M. Bannon, 66 ans, avait été l’un des artisans de la campagne présidentielle victorieuse de Donald Trump en 2016 avant d’être poussé vers la sortie par le milliardaire républicain.

Soupçonné avec trois autres personnes d’avoir détourné des fonds prétendument destinés à la construction d’un mur à la frontière États-Unis–Mexique, M. Bannon avait été inculpé et arrêté fin août. Il rejette ces accusations.