À peine déclaré vainqueur, il prévoit des réformes. Le président désigné des États-Unis, Joe Biden, entend signer de nombreux décrets pour contrer les politiques de Donald Trump, notamment en matière d’environnement et d’immigration. Il devra toutefois attendre d’être officiellement entré en fonction, le 20 janvier prochain.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Des médias américains ont en effet rapporté samedi que l’administration Biden ne perdrait pas de temps avant de se mettre au travail. Parmi les priorités : réintégrer rapidement l’accord de Paris sur le climat, que les États-Unis ont officiellement quitté il y a quelques jours à peine, devenant ainsi la première nation au monde à le faire.

Selon le Washington Post, entre autres, M. Biden entend également annuler le retrait symbolique, mais surtout financier, des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé, qui avait été ordonné au printemps par Donald Trump. Ce dernier avait notamment accusé l’agence des Nations unies de manquer d’indépendance et d’être « pleinement contrôlée » par la Chine.

Par ailleurs, l’équipe du démocrate viserait aussi à abroger l’interdiction de « presque tous les voyages » en provenance de certains pays à majorité musulmane, une mesure qui avait déjà été jugée foncièrement islamophobe par plusieurs opposants au gouvernement Trump.

Elle aurait en outre l’intention de créer une loi contre les crimes racistes et de rétablir le DACA, programme gouvernemental permettant aux Américains ayant été amenés illégalement au pays durant leur enfance d’y rester (les « dreamers »).

PHOTO SAM HODGSON, ARCHIVES NEW YORK TIMES

Joe Biden souhaite rétablir le programme gouvernemental (DACA) permettant aux Américains ayant été amenés illégalement aux États-Unis durant leur enfance d’y rester. Sur notre photo, une manifestation des « Dreamers » contre les positions de Donald Trump, le 24 juin 2016.

Les troupes de l’ancien vice-président comptent également s’attaquer aux mesures de rétention des demandeurs d’asile et au « scandale » de la séparation des familles de migrants à la frontière américano-mexicaine.

Un groupe de travail sur la COVID-19

Dans son discours de victoire, samedi soir, Joe Biden s’est engagé à mettre en place dès lundi un groupe de travail sur le coronavirus, composé de scientifiques, d’élus et de travailleurs sociaux. Il a promis de ne ménager « aucun effort » pour mettre un terme, une fois pour toutes, à la propagation de la COVID-19, qui est encore particulièrement active sur le sol américain.

Concrètement, le démocrate souhaite mettre en place une stratégie nationale pour déjouer la transmission du virus, qui passera vraisemblablement par une loi d’envergure au Congrès pour financer une campagne nationale de tests « dont les résultats seront disponibles immédiatement ».

Il est prévu de financer la fabrication aux États-Unis de produits et d’équipements médicaux, et de rendre obligatoire le port du masque dans les bâtiments fédéraux ainsi que dans les transports entre États.

Militaires transgenres et économie

Pour respecter ses engagements, l’administration Biden devrait aussi rapidement permettre aux militaires transgenres de servir ouvertement dans l’armée, selon le magazine américain Politico. D’après ce dernier, le nouveau gouvernement examinera aussi de très près une révision de plusieurs politiques liées aux armes nucléaires, tant sur le sol américain qu’ailleurs dans le monde.

En matière de finances – l’économie américaine est plus que jamais fragilisée par la pandémie –, Joe Biden prépare un ambitieux plan de relance de la production américaine après la crise, évalué à 700 milliards. Pour ce faire, il compte augmenter les impôts des Américains les plus riches et des grandes entreprises, notamment en doublant l’impôt sur les revenus réalisés à l’étranger. L’ex-bras droit de Barack Obama s’est aussi déjà engagé à investir davantage dans les énergies renouvelables, et à investir les recettes fiscales de ces investissements dans l’éducation et des programmes sociaux. Avant de mettre en branle ce plan d’action, la future administration Biden devra toutefois obtenir le feu vert du Congrès.

Pour réformer le système de justice américain, le président désigné compte également mettre sur pied une commission nationale composée de membres des deux partis qui devra proposer des réformes du système judiciaire, devenu selon lui « hors de contrôle », et ce, dans un délai maximal de 180 jours.

Après l’élection de Joe Biden, la campagne de Donald Trump l’a immédiatement accusé de se « précipiter pour se présenter faussement » en vainqueur de la présidentielle, malgré l’annonce de sa victoire par les grands médias américains. Pour l’équipe républicaine, l’élection est « loin d’être terminée ».

« Nous savons tous pourquoi Joe Biden se précipite pour se présenter faussement en vainqueur et pourquoi ses alliés dans les médias tentent avec autant d’efforts de l’aider : ils ne veulent pas que la vérité éclate », a écrit le président américain sortant dans un communiqué. Il a également promis que dès lundi, son groupe poursuivra son travail devant les tribunaux pour s’assurer que le « gagnant légitime » soit connu.

– Avec le Washington Post, Politico et l’Agence France-Presse