(Washington) Pendant quatre ans, Donald Trump s’est targué d’être un dirigeant atypique, mais la victoire du démocrate Joe Biden annoncée samedi l’a fait entrer dans le cercle très fermé, et peu enviable, des présidents américains d’un seul mandat.

Shaun TANDON
Agence France-Presse

Depuis la Seconde Guerre mondiale, seuls deux hôtes de la Maison-Blanche n’ont pas été réélus par les électeurs américains : Jimmy Carter et George H. W. Bush.

Donald Trump a pourtant mené une campagne effrénée, sillonnant le pays pour des rassemblements devant l’avion présidentiel. Il a apposé sa signature sur les 150 millions de chèques envoyés aux Américains dans le cadre du plan d’aide économique face à la pandémie de coronavirus.

« Il y a une raison pour laquelle c’est inhabituel que les présidents sortants soient battus. Ils peuvent utiliser leur position privilégiée à leur avantage ; ils peuvent changer la narration », dit Matt Dallek, professeur d’histoire politique à l’Université George Washington.

« Ils ont tous les bénéfices de la Maison-Blanche : le pouvoir exécutif, le bureau Ovale, l’avion présidentiel Air Force One. Ce sont des symboles puissants », ajoute-t-il.

Pour Donald Trump, premier président élu sans avoir eu de fonctions politiques ou militaires, la Maison-Blanche a contribué à normaliser son attitude d’homme versatile, surtout connu pour sa célébrité dans la téléréalité.

Le milliardaire est aussi le premier président dont la cote de popularité n’a jamais passé la barre des 50 % dans les sondages de l’institut Gallup.

Avec sa gestion très critiquée de la pandémie de coronavirus, son discours provocateur et les nombreux scandales qui ont éclaté, il est devenu en quatre ans un président au style instantanément reconnaissable.

Les présidents américains jouissent d’une grande autonomie en matière de diplomatie et Donald Trump, comme ses prédécesseurs, a multiplié les rencontres avec des dirigeants étrangers devant les caméras.

Un parti pourtant soudé

Selon Matt Dallek, tous les présidents non-réélus avaient le même problème : leur parti n’était pas soudé derrière eux.

Le démocrate Jimmy Carter et le républicain George H. W. Bush ont subi des attaques de la gauche et la droite de leur parti, qui les ont affaiblis avant l’élection.

Lyndon Johnson, qui n’a techniquement pas perdu sa réélection en choisissant de ne pas briguer un second mandat en 1968, faisait face à une révolte de l’aile progressiste du parti démocrate contre la guerre du Vietnam.

Et Gerald Ford, nommé après la démission de Richard Nixon en 1974, avait subi la concurrence du très populaire Ronald Reagan deux ans plus tard.

Donald Trump, au contraire, s’est emparé du parti républicain dont le programme reflétait entièrement celui du président.

« Pour défier Trump, il fallait être hors du parti républicain », souligne Matt Dallek.

Alors que le dépouillement de milliers de bulletins était encore en cours dans plusieurs États-clés, et que le président américain lançait des accusations de fraude infondées, la plupart des élus républicains ont gardé leurs distances, jouant la prudence pour ne pas s’aliéner l’homme qui sera président jusqu’au 20 janvier, et pourrait garder sur le mouvement conservateur une influence considérable.  

Donald Trump pourrait même retenter sa chance en 2024. S’il gagnait, il entrerait alors dans l’autre club encore plus fermé des présidents aux deux mandats non-consécutifs. Il rejoindrait le démocrate Grover Cleveland, élu en 1884 puis en 1892.