(DETROIT) Les espoirs du camp pro-Trump s’évaporaient, jeudi au Michigan, alors qu’une juge écartait une requête des avocats du président pour faire cesser le dépouillement des bulletins de vote, pourtant terminé.

Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

À moins d’un revirement, les résultats électoraux qui donnent une avance relativement confortable à Joe Biden dans cet État du Midwest devraient donc être officialisés. Au grand dam de militants républicains, qui ne décoléraient pas.

Devant le centre des congrès de Detroit, transformé en salle de dépouillement électoral jusqu’au petit matin jeudi, Rob Cortis accusait les démocrates de s’être livrés à une fraude électorale massive.

« Je crois qu’ils devraient vérifier les votes et les compter. Mais ce n’est pas ce qui s’est produit là-dedans », a dit M. Cortis en pointant l’édifice. « Je connais des gens qui n’ont pas pu entrer pour observer le dépouillement. […] Je connais des gens qui sont entrés et qui ont dit que c’était un horrible désastre là-dedans. »

Depuis mercredi, plusieurs militants pro-Trump évoquent diverses théories selon lesquelles l’élection aurait été viciée par une fraude à grande échelle. Aucun média sérieux n’a accordé de crédibilité à ces allégations, qui ne sont pas appuyées par des témoignages directs ou des faits tangibles.

  • Les rues de Detroit étaient animées, jeudi soir, alors que des policiers tentaient de faire régner l’ordre entre des partisans de Donald Trump et des contre-manifestants.

    PHOTO DAVID GOLDMAN, ASSOCIATED PRESS

    Les rues de Detroit étaient animées, jeudi soir, alors que des policiers tentaient de faire régner l’ordre entre des partisans de Donald Trump et des contre-manifestants.

  • Manifestation de militants du mouvement Black Lives Matter, à Detroit, jeudi soir. L’un des manifestants porte une arme à feu.

    PHOTO SHANNON STAPLETON, REUTERS

    Manifestation de militants du mouvement Black Lives Matter, à Detroit, jeudi soir. L’un des manifestants porte une arme à feu.

  • Un partisan de Donald Trump prend part à une manifestation en soutien au président sortant dans les rues de Detroit.

    PHOTO SHANNON STAPLETON, REUTERS

    Un partisan de Donald Trump prend part à une manifestation en soutien au président sortant dans les rues de Detroit.

  • Dans la journée, des militants pro-Trump ont fait sentir leur présence à l’extérieur du centre des congrès de Detroit, transformé en salle de dépouillement électoral jusqu’au petit matin jeudi.

    PHOTO SETH HERALD, AGENCE FRANCE-PRESSE

    Dans la journée, des militants pro-Trump ont fait sentir leur présence à l’extérieur du centre des congrès de Detroit, transformé en salle de dépouillement électoral jusqu’au petit matin jeudi.

  • Le ton a monté entre des partisans de Donald Trump et des contre-manifestants à l’extérieur du centre des congrès de Detroit.

    PHOTO SETH HERALD, AGENCE FRANCE-PRESSE

    Le ton a monté entre des partisans de Donald Trump et des contre-manifestants à l’extérieur du centre des congrès de Detroit.

  • Affrontement verbal entre une partisane de Donald Trump et un contre-manifestant lors d’un rassemblement pro-Trump, à Detroit

    PHOTO DAVID GOLDMAN, ASSOCIATED PRESS

    Affrontement verbal entre une partisane de Donald Trump et un contre-manifestant lors d’un rassemblement pro-Trump, à Detroit

  • Dempsey Smith, militant d’extrême gauche au sein d’un groupe baptisé Rise Up Lansing, s’est présenté jeudi à une manifestation anti-Trump avec une arme à feu.

    PHOTO PHILIPPE TEISCEIRA-LESSARD, LA PRESSE

    Dempsey Smith, militant d’extrême gauche au sein d’un groupe baptisé Rise Up Lansing, s’est présenté jeudi à une manifestation anti-Trump avec une arme à feu.

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Detroit « corrompu », dit Trump

Le président Trump leur a toutefois donné de l’oxygène en les relayant sur les réseaux sociaux.

« Detroit et Philadelphie, facilement deux des endroits les plus corrompus au pays, ne peuvent pas être chargés de manipuler les résultats d’une course aussi importante », a-t-il ajouté jeudi soir, lors de sa conférence de presse à la Maison-Blanche. « Notre campagne n’a pas pu surveiller le dépouillement à Detroit », a affirmé le président, alors que des dizaines d’observateurs républicains étaient pourtant dans la salle de dépouillement, mercredi.

Les travailleurs électoraux au Michigan ont dédoublé des bulletins. […] Il y a eu des délais très longs et inexplicables pour calculer les votes.

Donald Trump, lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche, jeudi

Visiblement à la source de la colère de plusieurs républicains : le bon début de soirée qu’a connu Donald Trump dans l’État, mardi, avant que le vote postal des zones urbaines — très démocrates — ne soit comptabilisé et ne fasse fondre son avance. Plusieurs manifestants rencontrés par La Presse depuis deux jours estiment que cette situation est louche.

Rob Cortis possède un impressionnant char allégorique à la gloire du président Trump qu’il accroche derrière sa camionnette pour chanter ses louages aux quatre coins du pays. Il réside toutefois dans la région de Detroit. Sous son t-shirt, l’homme porte un gilet pare-balles, en raison de « menaces contre sa vie », affirme-t-il.

Un manifestant d’extrême gauche armé

À quelques dizaines de mètres de lui, un militant d’extrême gauche tenait entre ses mains un fusil à pompe « chargé », a-t-il précisé. Dempsey Smith, membre d’un groupe baptisé Rise Up Lansing (la capitale du Michigan), a expliqué que sa présence pouvait « avoir un effet dissuasif » sur d’éventuelles milices d’extrême droite qui voudraient attaquer les militants anti-Trump. Porter ouvertement une arme d’épaule en public est légal — quoique extrêmement inhabituel — au Michigan.

PHOTO PHILIPPE TEISCEIRA-LESSARD, LA PRESSE

Dempsey Smith, militant d’extrême gauche au sein d’un groupe baptisé Rise Up Lansing, s’est présenté jeudi à une manifestation anti-Trump avec une arme à feu.

« Je n’apporte pas d’armes à un évènement si je crois que ce n’est pas nécessaire. Nous ne voulons pas tirer sur quiconque, mais nous voulons être prudents », a-t-il dit à La Presse. Le jeune homme de 25 ans a cité le complot pour kidnapper la gouverneure démocrate de l’État qui aurait été ourdi plus tôt cet automne. Quatorze hommes font face à des accusations criminelles dans ce dossier.

M. Dempsey est le seul manifestant armé que La Presse a pu observer à Detroit.

À ses côtés, un assemblage disparate de militants démocrates et de groupes de gauche manifestaient leur soutien au dépouillement et leur hostilité au président.

Échec judiciaire

Christopher Thompson, militant démocrate et propriétaire d’une firme comptable, tenait une affiche qui invitait plutôt les citoyens à se rassembler.

Cet objectif semble toutefois lointain. À la radio, jeudi après-midi, les automobilistes de Detroit avaient le choix entre la retransmission de l’animateur conservateur Rush Limbaugh, qui soulevait des doutes quant à la validité du vote, et la chaîne publique NPR, qui relayait le témoignage de travailleurs d’élection de Detroit assurant avoir respecté scrupuleusement les règles.

Après quelques minutes de discussion, M. Thompson a avoué être d’abord motivé par son opposition aux manœuvres judiciaires du camp Trump. « Ce sont les demandes farfelues des républicains qui m’ont incité à venir ici, a-t-il dit. Tout est déjà compté, pourquoi voudriez-vous arrêter le dépouillement ? »

Il faisait référence à une requête des avocats de Donald Trump qui se sont adressés à la justice afin de faire cesser le dépouillement des votes à Detroit : la campagne estimait que les autorités électorales locales de Detroit n’avaient pas fourni un accès adéquat à leurs observateurs et voulait que la situation soit corrigée. Leurs procédures invoquaient le témoignage d’un citoyen qui aurait lui-même recueilli un témoignage selon lequel des travailleurs électoraux auraient commis des fraudes.

« Tout ce que je vois ici, c’est du ouï-dire », a commenté la juge Cynthia Stephens au cours de l’audience tenue par vidéoconférence à l’issue de laquelle elle a débouté la campagne Trump.

Les procureurs de l’État leur ont d’ailleurs signalé que le décompte était terminé et qu’il n’y avait plus de dépouillement à observer. « Ce navire a déjà quitté le port », a dit Heather Meingast, l’avocate du gouvernement du Michigan.