(Atlanta) Les mines étaient bien basses à la Manuel’s Tavern, lieu de rendez-vous historique des démocrates d’Atlanta, mardi soir. Au fur et à mesure que la soirée progressait, l’endroit se vidait alors qu’il semblait de plus en plus clair que la Géorgie ne virerait pas au bleu.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Assis devant l’écran géant qui avait été installé à l’extérieur du débit de boisson, où une cinquantaine de personnes étaient réunies, Amish Patel, 45 ans, est résigné. « Le temps n’est peut-être pas venu », laisse-t-il tomber.

« Mais il viendra, ajoute-t-il aussitôt. Je suis né ici, et les choses ont réellement changé. Il y a beaucoup plus de diversité, et pas seulement à Atlanta, mais aussi dans beaucoup de comtés ailleurs dans l’État. »

À quelques chaises – espacées – de là, Mitch Wall juge que la candidature de Joe Biden n’était pas idéale. « C’était choisir entre qui serait le moins mauvais », lâche l’homme de 33 ans, qui ne voyait pas son État changer d’allégeance pour la première fois depuis 1992.

« Que la Géorgie ait été considérée comme un terrain de bataille a été une surprise pour tous ceux qui habitent en Géorgie. Je voulais bien entretenir de l’espoir, mais pour moi, la Caroline du Nord avait plus de chances de voter démocrate », affirme-t-il.

Il y a quatre ans, presque jour pour jour, Kristina Garcia était posée au même endroit, à la Manuel’s Tavern.

J’étais convaincue, au début de l’année, que Donald Trump serait réélu. Mais ces dernières semaines, j’ai eu espoir que Joe Biden l’emporte. Mais si la Géorgie ne vote pas démocrate en 2020, je ne serai pas si fâchée. Je pense qu’on va y arriver, un jour.

Kristina Garcia, 36 ans

Au début de la soirée, la lutte était serrée entre Donald Trump et Joe Biden, mais le président sortant a fini par prendre les devants. Au moment de publier ces lignes, il avait obtenu 53 % des voix contre près de 46 % pour l’ancien vice-président de Barack Obama.

À Atlanta, sans surprise, on a voté démocrate.

Pas de casse

Le centre-ville d’Atlanta était complètement désert, mardi soir, vers 23 h. La métropole, qui a été le théâtre de violentes émeutes au printemps dernier, s’était préparée au pire.

En après-midi, dans plusieurs grandes artères, on entendait le son des marteaux et des scies mécaniques. Le placardage de vitrines était concentré autour du Centennial Olympic Park, l’épicentre des manifestations printanières à la mémoire de George Floyd.

Bon nombre de commerces du quartier central ne voulaient pas courir le risque de voir à nouveau leurs vitres voler en éclats. « On y a déjà goûté, il est hors de question qu’on revive ça », a lancé la gérante d’un café qui a refusé d’être nommée.

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Sherilyen Moore, employée du restaurant Waffle House

À l’inverse, au Waffle House, on avait fait le pari que cette fois, on y échapperait. « Nos vitres ont été fracassées au mois de mai. Je croise les doigts pour que ça n’arrive pas ce soir », rigolait mardi après-midi l’employée Sherilyen Moore.

La présence policière était assez discrète dans les rues de la ville. « Actuellement, aucune menace crédible ne porte à croire que des évènements violents se préparent », a écrit le service de police d’Atlanta sur Twitter, mardi après-midi.

Les rues du centre-ville étaient d’ailleurs pratiquement désertes. Et la plupart des gens à qui La Presse demandait s’il y avait des risques d’émeutes faisaient non de la tête. « Les gens sont chez eux, il ne se passera rien ici ce soir », a avancé un commis de dépanneur.

Le vote, un succès

Les Géorgiens ont massivement voté par anticipation. Avec environ 3,9 millions de suffrages exprimés entre le 12 et le 30 octobre, on flirtait déjà avec le nombre total de votes enregistrés en 2016, soit 4,1 millions de voix.

Dans les bureaux de scrutin d’Atlanta visités par La Presse en milieu d’après-midi, il n’y avait d’ailleurs pas foule.

« Je n’ai jamais vu ça ! Ç’a été la chose la plus smooth du monde. Je n’ai pas attendu du tout », se réjouit Shaula Chambliss, 49 ans, à sa sortie du local du Ponce City Market, un bâtiment historique reconverti en centre commercial hip.

À environ 15 kilomètres de là, dans un secteur moins cossu et majoritairement noir, même fluidité. « On a ouvert à 7 h, et c’est le seul moment où il y a eu une file d’attente », assure une employée électorale à la porte de la bibliothèque Washington Park, avenue Martin Luther King.

Shantelle Daniels, 30 ans, en sort. Elle vient de voter pour la toute première fois de sa vie. « Je sentais cette fois que j’avais l’obligation, comme Noire, de voter. J’ai voté Biden, sans hésitation. Et je me sens bien », laisse-t-elle tomber.

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Shantelle Daniels, 30 ans, vient de voter pour la première fois.

Victoire d’une QAnon

Ailleurs en Géorgie, dans le nord-ouest, une adepte du mouvement conspirationniste QAnon, Marjorie Taylor Greene, a été élue à la Chambre des représentants. Elle avait été appuyée par le président Donald Trump. « Ce sera un honneur de servir », a réagi la nouvelle représentante républicaine sur Twitter.