Si les sondages donnaient Joe Biden favori dans la course présidentielle – avec près de 9 points d’avance – dans les semaines ayant précédé le scrutin, la lutte contre Donald Trump s’est avérée beaucoup plus serrée. Les sondeurs ont-ils répété les erreurs de 2016 ?

Stéphanie Vallet Stéphanie Vallet
La Presse

Aucun candidat à la maison blanche depuis Bill Clinton en 1996 n’avait une telle avance dans les sondages. La moyenne des études d’opinion établie par le site RealClearPolitics attribuait à Joe Biden 6,8 points de plus que son rival Donald Trump dans la course à la Maison-Blanche sur l’ensemble de la campagne. Une tendance qui s’est avérée stable à travers les différents sondages, atteignant même des pics à 10 %. Pourtant, mardi soir, Joe Biden et Donald Trump ont été au coude à coude dans de nombreux États.

Comment expliquer une fois encore un tel décalage entre les sondages et les résultats du scrutin ? Pour Claire Durand, professeure au département de sociologie de l’Université de Montréal, spécialiste de l’analyse des sondages, c’est surtout du côté des sondages par internet que le bât blesse.

« J’avoue que pour le moment, je suis très surprise. J’ai publié un blogue pas plus tard qu’hier pour dire que je pensais que Biden allait gagner. J’aimerais mieux ne pas me tromper. Mais il ne gagnera certainement pas par la marge prévue par les sondeurs. Ce qui signifie avant tout un grand questionnement autour des sondages web », note Claire Durand.

La sociologue observe tout de même que les sondeurs se sont faits plus prudents au cours de la dernière ligne droite.

Lundi, après 11 h, il y a eu 16 sondages publiés et on voyait assez clairement un rapprochement entre Biden et Trump.

Claire Durand, spécialiste de l’analyse des sondages

Tout comme en 2016, les sondages téléphoniques automatisés semblent avoir été plus précis. « J’avais de la difficulté à croire les sondages automatisés alors qu’ils mettaient Biden et Trump à égalité à l’intérieur de la marge d’erreur. On parle d’un ou deux sondeurs sur 55 », explique Claire Durand.

Les sondages web représentent 80 % de l’ensemble des sondages. Ils joignent des répondants plus engagés politiquement, et représentent un groupe plus homogène malgré les tentatives des sondeurs pour varier leurs échantillons.

« Les sondages automatisés ont des échantillons plus probabilistes et plus représentatifs. Si ça continue, ça serait une victoire des sondeurs plus traditionnels. Les sondeurs téléphoniques ont mieux fait que les sondeurs web », lance Claire Durand.

C’est le cas de Trafalgar, un des seuls organismes de sondage à avoir prédit une lutte serrée entre Joe Biden et Donald Trump (et la défaite d’Hillary Clinton en 2016). L’organisme ouvertement républicain est accusé d’être partisan et d’utiliser une méthodologie douteuse par certains observateurs et sondeurs.

La faute aux électeurs timides ?

Pour Charles-Philippe David, président de l’Observatoire sur les États-Unis et fondateur de la Chaire Raoul-Dandurand, les sondeurs ont encore une fois eu du mal à extirper le point de vue des républicains. « Je pense qu’il y a encore beaucoup de républicains timides, qui n’osent pas exprimer leur point de vue. C’est en partie ce qui s’est passé en 2016. Les sondages nationaux donnaient Biden en avance d’environ 10 points. C’est tôt encore pour conclure que les sondeurs se sont trompés, mais ça se peut. On n’a pas encore tous les votes dépouillés, ça pourrait encore jouer. »

Une théorie que Claire Durand ne trouve pas concluante. « Les ‟shy voters” seraient apparus dans les sondages téléphoniques qui auraient alors dû donner un moins fort support à Trump », précise la sociologue.