À quoi s’attendre à l’occasion de la soirée électorale du 3 novembre ? Les scénarios possibles sont multiples, tout comme les rebondissements qui ont secoué la campagne présidentielle.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

Scénario 1 : une victoire nette de Biden

PHOTO BRIAN SNYDER, REUTERS

Le candidat démocrate à la présidence, Joe Biden, prononce un discours dans son fief de Wilmington, au Delaware, le 28 octobre.

Et si, cette fois-ci, les résultats de l’élection présidentielle concordaient avec les sondages réalisés en fin de campagne dans les États-clés ?

Une telle hypothèse, qui semble audacieuse après la surprise de 2016, pourrait mener à une victoire nette de Joe Biden et à l’annonce de son élection dans la soirée du 3 novembre ou au petit matin, le lendemain. Ce scénario suppose un triomphe du candidat démocrate en Floride, où les bureaux de scrutin ferment à 19 h. Le dépouillement des bulletins de vote par correspondance ne devrait pas représenter un problème particulier dans cet État, pas plus que la divulgation des résultats. Or, de l’avis général, Donald Trump ne peut sérieusement espérer être réélu sans les 29 voix au collège électoral de la Floride.

Qui plus est, une défaite du président dans cet État pourrait annoncer d’autres revers dans le sud des États-Unis, y compris en Géorgie et en Caroline du Nord, deux États où les bureaux de scrutin ferment respectivement à 19 h et à 19 h 30, heure de Montréal.

La Floride, la Géorgie et la Caroline du Nord font partie des États-clés qui ont commencé à traiter les bulletins de vote par correspondance au moins une semaine avant la date du scrutin présidentiel ou dès leur réception. Tombent dans la même catégorie le Texas, l’Ohio, l’Arizona, le Nevada et le Minnesota. On peut donc imaginer un scénario où la victoire de Joe Biden se dessinerait ou se confirmerait plus tôt qu’on l’aurait cru possible.

Scénario 2 : un verdict en suspens

PHOTO RAJANISH KAKADE, ASSOCIATED PRESS

Deux portraits de Joe Biden et de Donald Trump, à Bombay, en Inde, le 29 octobre

Aucun média n’est en mesure d’annoncer le vainqueur de l’élection présidentielle, ni le 3 novembre ni le lendemain.

Les yeux de la nation américaine et ceux d’une bonne partie du monde se tournent vers les trois États qui pourraient trancher la question : la Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan. Drôle de hasard : ces trois États sont les mêmes qui avaient permis à Donald Trump de surprendre Hillary Clinton et d’accéder à la Maison-Blanche en 2016. Fait rassurant, le président ne se déclare pas réélu de façon prématurée.

Un tel scénario, qui suppose de la part de Donald Trump une retenue inhabituelle, laisserait donc en suspens le verdict électoral pour une période indéterminée.

Mais pourquoi donc ces trois États tarderaient-ils plus que les autres à achever le dépouillement de leurs suffrages ? La Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan figurent parmi les États-clés les plus importants à ne pas autoriser le traitement des bulletins de vote par correspondance avant le jour du scrutin ou la fermeture des bureaux de vote.

Avant même de compter ces votes, leurs préposés au scrutin devront donc confirmer la validité des bulletins, processus que la plupart des États entament plusieurs jours avant la date du scrutin. Mais il y a plus : la Pennsylvanie peut accepter les bulletins de vote par correspondance jusqu’au 6 novembre, à condition qu’ils aient été postés avant le 3 novembre. Dans une course très serrée, ces votes pourraient faire pencher la balance.

D’une façon ou d’une autre, ce scénario mettrait à l’épreuve la patience des Américains.

Scénario 3 : une déclaration de victoire prématurée

PHOTO MANDEL NGAN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le président Trump arrive à l’aéroport régional Manchester-Boston, dans le New Hampshire pour s’adresser à ses partisans, le 25 octobre.

Si les médias refusent de déclarer rapidement l’élection de Donald Trump ou de Joe Biden lors de la soirée électorale, l’un d’eux pourrait bien être tenté de le faire à leur place. Mais lequel ? Tout le monde semble tenir pour acquis que Donald Trump est le candidat le plus susceptible de faire une déclaration de victoire prématurée. N’a-t-il pas déjà mis en cause la validité des bulletins de vote par correspondance ? Or, si le verdict du scrutin est en suspens, ceux-ci pourraient fort bien en être la cause.

En attendant, Donald Trump a trouvé un nouvel allié de grande envergure et une influence dans sa campagne contre le vote par courrier. Il s’agit du juge conservateur de la Cour suprême Brett Kavanaugh.

En faisant allusion au Wisconsin et à d’autres États qui refusent d’accepter des bulletins de vote par correspondance après le 3 novembre, et ce même, s’ils ont été postés avant cette date, le magistrat a écrit, lundi dernier : « Ces États veulent éviter le chaos et les soupçons d’irrégularités qui peuvent s’ensuivre si des milliers de bulletins de vote par correspondance arrivent après le jour du scrutin et inversent potentiellement les résultats d’une élection. Et ces États veulent également pouvoir annoncer définitivement les résultats de l’élection le soir même de l’élection, ou le plus tôt possible après celle-ci. » Donald Trump n’aurait pas changé une virgule à ce texte.

Mais Joe Biden s’empêcherait-il de se déclarer vainqueur à son tour si son rival le faisait avant le dépouillement de votes cruciaux ?